Fondation Jean Piaget - Contexte - Environnement cognitif
Fondation Jean Piaget

Environnement cognitif


La psychologie et l’épistémologie génétiques de Piaget s’affirment non seulement constructivistes, mais aussi interactionnistes. Piaget n’a sur ce point jamais oublié l’héritage de sa formation en biologie et l’insistance mise par les néo-lamarckiens du début du vingtième siècle sur l’importance des interactions entre les organismes et leur milieu dans l’explication de l’adaptation des espèces.

Une chose pourtant frappe si l’on compare les travaux de Piaget en zoologie et en psychologie génétique. Alors que sur le premier terrain l’auteur n’a jamais cessé de prêter une attention égale aux biotopes et aux organismes qui les peuplent, sur le terrain de l’intelligence et de la connaissance, il n’a pas, au contraire, cherché à décrire ces milieux (physiques, biologiques et sociaux) avec lesquels les sujets sont supposés interagir.

Les raisons d’une telle mise entre parenthèses méthodologique du facteur du milieu sont évidentes. Alors qu’il est relativement aisé de décrire le biotope d’un organisme, il est beaucoup plus délicat de caractériser l’environnement cognitif en interaction avec lequel un sujet construit son intelligence et ses connaissances. Ce milieu doit en effet être découpé selon le cadre notionnel qui, chez un sujet, lui donne sens.

Afin de pouvoir reconstruire de manière un tant soit peu adéquate cet environnement intellectuel, il est nécessaire de connaître préalablement ce cadre. Or ce qui permet d’y parvenir, c’est précisément la méthode génétique et logique (ou structurale, ou axiomatique) utilisée par Piaget pour dégager les cadres apriori de la pensée humaine en différentes étapes de son développement, et pour en saisir la signification. C’est seulement dans une étape ultérieure de la recherche, laquelle devrait relever non seulement de la psychologie génétique, mais aussi de disciplines portant sur l’étude des milieux sociaux, physiques et biologiques, qu’il devient possible de suivre dans le détail comment l’intelligence individuelle s’appuie sur les acquis sociaux pour s’auto-construire (à condition naturellement de ne pas perdre de vue les acquis de l’analyse génétique et structurale).

C’est ce schéma de pensée que nous avons utilisé ici pour tenter de clarifier de façon la plus complète possible le sens de l’oeuvre de Piaget. A côté de la description des domaines et des étapes de construction, nous avons cherché à atteindre une connaissance aussi exhaustive que possible de ces "environnements cognitifs" en partie grâce auxquels "Piaget est devenu Piaget".

Sans prétendre à l’exhaustivité, les quelques sections consacrées à la description de cet environnement devraient suffire à donner une première idée des thèses que Piaget a pu découvrir à travers ses échanges avec ses maîtres (Reymond, Brunschvicg, Janet, etc.) et à travers ses nombreuses lectures de jeunesse.

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[…] en son point de départ, l’égocentrisme exprime essentiellement l’irréversibilité des actions : une action est en effet incomposable avec d’autres et inapte à être déroulée dans les deux sens, dans la mesure même où elle est « centrée » et c’est cette centration initiale qui explique simultanément le fait de comportement qu’est son irréversibilité, et cette illusion de point de vue qu’est l’égocentrisme ou assimilation à l’activité propre.

J. Piaget, Le langage et la pensée chez l'enfant, 1923, 3e éd. 1948, p. 76