Fondation Jean Piaget - Philosophie - Introduction
Fondation Jean Piaget

La philosophie: Introduction


De toute l’histoire de la pensée occidentale, rares sont les auteurs que l’on peut qualifier de "savants et de philosophes", en prenant ces deux termes dans le sens le plus compréhensif qui soit. Piaget appartient à cette "république des esprits" qui a su traduire avec la plus grande justesse toute une part de l’expérience humaine.
    Savant, il l’est à la fois par le nombre de disciplines scientifiques dont il maîtrisait les notions et les problèmes les plus fondamentaux, par la qualité de ses recherches théoriques et empiriques en biologie, en psychologie, en épistémologie, en logique et en sociologie, et par la valeur des thèses qu’il a été amené à proposer en ces différents domaines.

    Philosophe, Piaget l’est par ses réflexions sur la science et la philosophie, et aussi par les choix qui ont présidé au destin de l’homme et de son oeuvre. Mais, philosophe, il l’est aussi par la grande maîtrise qu’il avait des affirmations formulées dans chacun de ses écrits ou presque.
Quelque part l’auteur affirme que "la logique est la morale de la pensée", et la "morale, la logique de l’action". Mais écrire c’est penser et agir, et le sentiment s’impose à la lecture de ses écrits que, complétés par une excellente connaissance des limites de la raison et de la science, les deux idéaux de la morale et de la logique n’ont cessé de guider sa plume. L’ombre de Piaget philosophe n’a ainsi pas cessé d’accompagner un auteur qui s’est voulu homme de science, de telle sorte que bon nombre des jugements qu’il formule ont simultanément une valeur scientifique et philosophique.

Piaget philosophe malgré lui?

Ce lien entre Piaget savant et Piaget philosophe, comment le concilier avec la propre affirmation d’un auteur qui, par ailleurs, parle en termes de déconversion à propos de ses rapports avec la philosophie (JP65b, p. 9)? Seul l’examen des étapes de ces rapports apporte une réponse complète. Contentons-nous ici de résumer quelques-unes des thèses ou des réflexions que l’auteur a proposées au sujet d’une discipline qui a profondément nourri son oeuvre.

Dans ses réflexions sur la philosophie Piaget a été conduit, d’une part à se prononcer sur la philosophie elle-même, sur ses rapports avec la science, et d’autre part à adopter des choix proprement philosophiques, qui ont trait au sens de la vie. Il est probable que l’interrogation sur le sens de la vie a perdu au fil des décennies l’acuité qu’elle avait chez le jeune Piaget, mais sans jamais quitter complètement l’horizon de ses réflexions, comme le montrent ces premières lignes de "Sagesse et illusion de la philosophie" dans lesquelles il affirme que cet ouvrage s’est imposé à lui comme un "devoir", ou «tout au moins en vertu d’une exigence de plus en plus contraignante» (JP65b, p.1).

L’auteur s’est battu dans ce livre pour une certaine idée de la connaissance et de la science, et pour une certaine idée de la philosophie; et ceci relève, au moins partiellement, d’un engagement personnel, du besoin de défendre un certain nombre de valeurs qui traversent toute son oeuvre et que l’on peut considérer comme l’aboutissement de la philosophie critique et plus généralement d’une philosophie de la raison, même si cet aboutissement implique la négation de la philosophie comme science.

Ses prises de position se laissent résumer dans les thèses de l’immanentisme, de la philosophie comme matrice à partir de laquelle sont nées les sciences, de la philosophie comme réflexion interne aux sciences, et enfin de la philosophie comme sagesse ou comme coordination raisonnée des valeurs. Cette activité de coordination, l’auteur l’a poussée très loin dans ses "années de formation" (JJD84), et c’est probablement elle qui donne à la plupart de ses affirmations psychologiques, épistémologiques, logiques et biologiques une résonance philosophique.

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[…] le principe de l’explication psychologique, que la distinction et l’isomorphisme des implications et des causes contribuent à légitimer et à différencier du principe de l’explication physiologique, loin de faire figure de notion secondaire et superfétatoire comme les organicistes voudraient nous le faire croire, est de nature à conditionner un jour la physiologie elle-même.