Jean Piaget. Présentation de l'oeuvre
Fondation Jean Piaget

Le Centre International d’Épistémologie Génétique


Il n’y a pas de doute que l’auto-formation de Piaget en épistémologie s’est déroulée de 1916 environ, jusqu’au début des années cinquante, d’abord de la manière la plus classique, puis, dès 1925, en raison des obligations qu’imposent la préparation des cours de philosophie et d’histoire des sciences. Cette auto-formation était pour une bonne part faite de la lecture d’ouvrages tels que ceux de Brunschvicg et de Meyerson, de Poincaré, et de bien d’autres encore (comme l’illustrent les nombreuses discussions théoriques que l’on peut découvrir dans "l’Introduction à l’épistémologie génétique", JP50).

Dès 1950, les choses vont au contraire rapidement se transformer en ce qui concerne les relations entre Piaget et le contexte intellectuel dans lequel il réalise ses travaux. Avec la création du centre d’épistémologie génétique, les recours à la lecture sont de plus en plus ciblés autour des projets adoptés, et les collaborateurs psychologues, logiciens, physiciens, biologistes, etc., dont il s’entoure, vont devenir la principale source extérieure d’enrichissement du bagage intellectuel qui lui permet à la fois de tracer des programmes de recherche et d’interpréter les réponses des enfants.

Pourtant, sauf cas rares, comme les travaux sur les catégories ou sur la logique des significations, on peut admettre que, dès 1955 environ, les progressions de l’épistémologie génétique tiendront pour l’essentiel aux lacunes inévitables que comporte chaque étape de développement de cette discipline. Si l’on prend l’exemple de l’étude, dans les années septante, des mécanismes de l’équilibration majorante, c’est moins par interaction avec un environnement cognitif nouveau que Piaget pouvait tracer les lignes d’un programme de recherche portant sur ce thème, qu’en étant orienté par les lacunes de ses anciens travaux. En d’autres termes, dès 1950 et la publication de l’introduction à l’épistémologie génétique, celle-ci est suffisamment développée pour trouver en elle-même le ressort principal de ses futurs développements ().

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On dit en général que la pensée est tantôt pure, tantôt gouvernée par les sentiments. Ce sont là expressions impropres, car le sentiment accompagne toujours la pensée. Mais tantôt les sentiments, comme la pensée, s’attachent à des règles (à la fois morales et logiques) d’objectivité et de cohérence, et alors la pensée est rationnelle, tantôt les sentiments comme l’intellect demeurent égocentrique, c’est-à-dire préfèrent la satisfaction du moi à la vérité, et alors la pensée est pré-ou illogique.