Fondation Jean Piaget - Présentation de l'œuvre
Fondation Jean Piaget

Les conditions d'une épistémologie scientifique

Présentation
Citations


Présentation

Piaget considère que l'épistémologie, pour être scientifique, doit délimiter son objet et poser les problèmes de façon telle qu'ils puissent donner lieu à des analyses de nature scientifique, qu'elles soient déductives ou expérimentales. Elle ne doit donc pas demander ce qu'est la connaissance, envisagée globalement, puisqu'il existe plusieurs formes de connaissance dont chacune soulève des questions particulières, mais plutôt comment s'accroissent les connaissances. S'appuyant sur la distinction entre science et philosophie, il propose donc de justifier le caractère scientifique de l'épistémologie en montrant l'insuffisance de la réflexion philosophique dans l'analyse de la connaissance et du sujet connaissant et la nécessité d'avoir recours à diverses sciences. En effet, la connaissance pose des problèmes de faits, qui relèvent de science expérimentales (en particulier la psychologie scientifique), et des questions de normes ou de validité, qui requièrent une analyse logique. Par ailleurs, la réflexion épistémologique prenant naissance à propos des crises de telle ou telle science, tend à s'intégrer au système des sciences, c'est-à-dire à intégrer ses résultats au corps de la science considérée (voir épistémologie interne).

Piaget assigne donc trois conditions à l'épistémologie scientifique, conditions liées à la nature même des problèmes qu'elle soulève :
1. Connaître l'état actuel des connaissances dans chacune des disciplines scientifiques, et donc analyser la signification des connaissances, des structures opératoires ou des notions du sujet dans les différentes sciences.
2. Analyser l'aspect logique ou de validité formelle propre à différents niveaux de leur développement.
3. Étudier la formation psychogénétique et historique des connaissances de façon à déterminer le rôle et les activités du sujet dans la connaissance.
Ce sont précisément à ces trois conditions que répondent les méthodes de l'épistémologie génétique (voir chapitre 2.3).

©Marie-Françoise Legendre

Toute extrait de la présente présentation doit mentionner la source: Fondation Jean Piaget, Piaget et l'épistémologie par M.-F. Legendre
Les remarques, questions ou suggestons peuvent être envoyées à l'adresse: Marie-Françoise Legendre.

Haut de page

Citations

Problèmes d'une épistémologie scientifique

Si nous voulons constituer une épistémologie réellement scientifique, il s'agit au contraire de poser les problèmes sous une forme telle qu'ils puissent être résolus de la même manière par des équipes de chercheurs divers, indépendamment de leur philosophie personnelle. Or, cela est possible : il suffit de se demander non pas ce qu'est définitivement la connaissance scientifique envisagée en bloc, mais «comment s'accroissent les connaissances» considérées dans leur multiplicité, et surtout dans la diversité de leurs développements respectifs. P.E., pp.120-121
Une épistémologie scientifique, comme tout autre discipline à la fois inductive et déductive, ne saurait procéder que pas à pas, grâce à l'accumulation de résultats partiels et sans ambitions prématurées. P.E., p. 122.
(…)
L'épistémologie scientifique ne saurait être que le résultat d'un travail collectif de longue haleine, opposant dès le départ des diversités possibles. (...) La notion d'accroissement des connaissances implique d'emblée une pluralité d'hypothèses, et exige la collaboration de chercheurs multiples dont l'opposition même des attitudes intellectuelles ne saurait qu'être fructueuse. P.E., pp. 122-123.

Conditions d'une épistémologie scientifique
Il est clair, en effet que pour traiter ultimement de tel ou tel aspect de la connaissance mathématique, ou physique, etc., trois conditions sont requises avec nécessité:
I - Il est d'abord naturellement impossible de rien dire de valable sur la nature des principes, notions ou méthodes dont on parle sans connaître leur emploi effectif dans la discipline considérée et sans les discuter directement sur ce terrain même.
II - Une seconde condition est
(... que) toute question de validité formelle soulevée au cours de l'analyse épistémologique relève, non pas d'une simple intuition, mais de la technique logistique (...). En d'autres termes, on ne saurait se passer de la logique, même pour la dépasser (...) ce qui signifie simplement qu'on a plus le droit d'ignorer les techniques ni les méthodes communément admises comme spécifiques des questions de validation formelle.
III - Toute épistémologie rencontre, en plus des questions de validité formelle, un nombre plus ou moins grand de problèmes de fait concernant le rôle et les activités du sujet dans la connaissance.
(...) En fait, toute épistémologie parle sans cesse du sujet dès qu'il ne s'agit plus de logique pure (sans II) ni du détail des connaissances spécialisées (I : et encore, en ce dernier cas, le sujet est-il souvent invoqué à titre d'observateur). Or, il est essentiel de noter que les mêmes raisons imposant le recours à des techniques spéciales de vérification, lorsqu'il s'agit de validité formelle, exigent un recours parallèle à des technique de contrôle lorsqu'il s'agit de questions de fait : la seule différence est que, dans le premier cas, le contrôle est d'ordre déductif et dans le second d'ordre expérimental (...). L.C.S., pp. 62-63.

Haut de page







Si paradoxal que cela paraisse, la durée relative et les temps propres de la théorie einsteinienne sont ainsi au temps absolu ce qu’est celui-ci aux temps propres ou locaux de l’intuition enfantine (ainsi qu’au temps propre dont Aristote a fait l’hypothèse en des passages que l’on interprète parfois bien à tort comme annonçant la relativité moderne). Dans les deux cas, en effet, le temps apparaît comme une coordination des vitesses…