Jean Piaget – L'œuvre
Fondation Jean Piaget

Stades 3 et 4


Stade 3 : Les séries temporelles subjectives

Au troisième stade de l’intelligence sensori-motrice, l’enfant commence à s’intéresser aux choses pour elles-mêmes lorsque celles-ci sont en rapport direct avec l’action propre. De la même façon, «le temps commence à s’appliquer à la succession des phénomènes, [...] dans la mesure où cette succession est due à l’intervention de l’enfant lui-même» (JP37, p. 286).

Lors d’une réaction circulaire secondaire telle que s’agiter pour faire bouger un objet, l’enfant n’a pourtant pas forcément conscience de la relation temporelle "avant-après" qui existe entre son action et le mouvement d’un objet. Pour que cette relation soit à coup sûr consciente pour l’enfant, il faut qu’une complexité minimale de l’acte contraigne celui-ci à cette prise de conscience.

Pour Piaget, un tel cas se présente vraisemblablement dans des situations telles que la suivante:
    «Soit, par exemple, un hochet (R), dont l’enfant sait qu’il peut le balancer moyennant l’ébranlement de la chaîne (C) qui lui est fixée. En un tel cas [l’enfant] est probablement conduit à percevoir la sériation de ses propres démarches» (obs. 169[CR], JP37, p. 289).
En d’autres termes, c’est d’abord dans les successions des articulations de ses actions, portant sur plusieurs objets et exigeant une accommodation ou une recherche intentionnelle minimale, que l’enfant est conduit à prendre conscience de l’avant et de l’après et qu’il devient sensible à l’ordre des actions composant une conduite de reproduction d’un événement intéressant.

Mais alors, dans le cas où la temporalité est pour la première fois psychologiquement perçue, la succession des réalités perçues en laquelle consiste cette temporalité est engendrée par le sujet lui-mme. D’où la notion de série subjective utilisée par Piaget pour désigner les séquences temporelles perçues par l’enfant du troisième stade.

Stade 4 : Début de l’objectivation du temps

Au quatrième stade, l’enfant devient capable de combiner des schèmes connus en vue d’un but qu’il s’est fixé. Dès lors, si dès le troisième stade les difficultés d’une action complexe contraignaient le sujet à prendre conscience d’une certaine succession des phénomènes liés à ses actions (par exemple, prendre et secouer pour entendre), la combinaison intentionnelle de moyens en vue d’atteindre la fin recherchée se traduit par la prise de conscience de la succession de ces moyens, considérés en eux-mêmes.

Ce stade est aussi celui du début du souvenir, en ce sens que lorsqu’un objet vu devient caché par un écran, l’enfant se remémore l’objet vu, la place où celui-ci se trouve et qui n’est plus perçue.

Si, dès les premiers stades, un "objet", un "pôle" se dessinait en quelque sorte en négatif par rapport à un schème d’action activé, ce schème et l’action engagée étaient premiers, producteurs de ce qui ne pouvait alors s’appréhender que comme manque. Il ne pouvait y avoir ici de souvenir et de temporalité.

Par contre, lors du quatrième stade la situation s’inverse en ce sens que l’enfant a maintenant les capacités de porter son attention première à l’objet. Le schème d’action devient le moyen non encore conscient de représenter l’objet qui a été précédemment vu.

Mais comme l’indique l’action de l’enfant réalisant une action passée inappropriée pour retrouver un objet caché (aller par exemple chercher l’objet qui disparaît à nouveau là où il l’a vu disparaître une première fois), la série des événements dépend encore foncièrement de l’intrusion toute subjective d’actions qui ont russi dans le passé.

L’objectivité de la série d’événements n’est donc que très imparfaitement réalisée lors de ce stade. Le bébé n’a pas encore la notion d’un temps objectif par rapport auquel il est impossible d’annihiler des événements qui se sont produits (obs. 44[CR], JP37, p. 49).

Haut de page







[…] toute sociologie se prolonge naturellement en une sociologie de la connaissance (de même que toute psychologie aboutit de son côté à une psychologie de la connaissance), et cette sociologie de la connaissance conditionne l’épistémologie génétique elle-même.