Jean Piaget – L'œuvre
Fondation Jean Piaget

Stades 5 et 6

Stade 5: Causalité objective
Stade 6: Début de la causalité représentative


Stade 5: Causalité objective

A ce stade l’enfant atteint la notion de causalité que nous trouvons normalement chez l’adulte, lorsque celui-ci considère les relations causales sur le plan de l’action actuelle (étant entendu que les notions plus primitives, en particulier la causalité magico-phénoméniste, subsistent chez nous, comme le montrent les comportements, que nous savons étranges, par lesquels nous recherchons parfois des objets égarés).

Cette notion se caractérise par une indépendance et une extériorité complètes attribuées par le sujet aux choses, en tant que centres de causalité objective, par rapport à ses actions, celles-ci étant alors placées sur le même plan que les actions extérieures.

Le progrès dans l’objectivation de la causalité est lié aux nouveaux comportements intelligents que l’on peut constater au cinquième stade:
    – L’enfant cherche explicitement à découvrir les relations de causalité qui peuvent exister au sein des réalités qu’il perçoit et qu’il ne connaît pas encore (de même qu’il étudie les relations spatiales qui existent entre les objets).

    – L’objet comme centre d’activité n’est plus seulement conçu comme un moyen de satisfaire un schème primaire ou comme un moyen de (re)produire un spectacle intéressant; il devient en soi intéressant.

    – Le sujet cherche à comprendre pourquoi les choses se passent de telle ou telle façon (obs. 150[CR], JP37, p. 239), ou encore pourquoi telle action réalisée avec un objet réussit, et pourquoi telle autre action ne réussit pas.
En inventant par ailleurs des instruments lui permettant d’atteindre un certain objectif (par exemple en se servant d’un bâton pour atteindre et saisir un objet se trouvant hors de son parc), l’enfant de ce stade tient compte de plusieurs contraintes spatiales exigées pour que le bâton réalise l’action attendue. De même parvient-il à coordonner l’action de multiples intermédiaires en vue d’atteindre une fin. Enfin, il sait aussi que l’adulte parvient à réaliser des actions que lui-même n’a pas le pouvoir d’accomplir (obs. 152[CR], JP37, p. 240).

Causalité physique et "causalité psychologique"

L’objectivation complète de la causalité à laquelle parvient l’enfant de ce stade, lorsqu’il considère les rapports de cause à effet entre les choses, conduit ainsi à la différenciation chez lui de deux types de causalité:
    «une causalité objectivée et spatialisée intéressant les rapports des choses entre elles, et, d’autre part, une causalité par efficace ou psychologique unissant l’intention aux actes» (JP37, p. 253).
Piaget observe à ce sujet que l’enfant est maintenant capable de se considérer comme un objet parmi les autres en ce qui concerne ce rapport de causalité, comme en ce qui concerne les rapports spatiaux. Il conçoit son corps comme «soumis à l’action des choses autant que comme source d’actions s’exerçant sur elles» (JP37, p. 256).

Piaget donne l’exemple de Jacqueline qui se laisse sciemment chuter en sachant bien qu’elle va tomber de la même façon qu’un objet (obs. 155[CR], JP37, p. 254).

Haut de page

Stade 6: Début de la causalité représentative

Au cinquième stade, le bébé n’intégrait pas les relations inhabituelles, ou ne tombant pas dans le champ de la perception, dans ses essais de coordinations des actions des objets ou de compréhension des rapports de causalité. Ses combinaisons d’action restaient donc empiriques et sa compréhension des phénomènes forcément incomplète, car limitée aux seules actions perçues entre les objets (dont celles concernant son corps propre et ses membres).

Le sixième stade se caractérise au contraire par la capacité nouvelle d’évoquer mentalement des causes et des actions non perçues pour rendre compte du comportement des objets.

L’enfant sait alors que tout effet a une cause, et, constatant un événement inattendu, il cherche la cause qui l’a provoqué en guidant cette recherche par une représentation des causes matériellement possibles (ce qui ne l’empêche pas à l’occasion de recourir à des procédés magico-phénoménistes propres aux premiers stades, ou de ne pas tenir compte des contraintes spatiales des relations causales entre les objets considérés).

Un bel exemple de cette recherche des causes est celui de Jacqueline qui, voyant le brouillard se former, croit pouvoir l’expliquer de manière artificialiste, en évoquant la capacité de son père de produire de la fumée lorsqu’il fume sa pipe (obs. 158[CR], JP37, p. 258; l’apparition d’une explication artificialiste s’explique par la complexité du phénomène considéré, qui dépasse les capacités d’explication de l’enfant du 6e stade).

Inversement, l’enfant de ce stade voyant un certain phénomène se produire, peut manifestement en "pré-voir" (en s’appuyant sur des représentations mentales) ou en déduire les effets possibles, en fonction de ce qu’il sait déjà sur les contraintes spatiales qui relient les causes aux effets (<obs. 159[CR], JP37, p. 259).

Haut de page







La pensée biologique est aussi réaliste que la pensée mathématique est idéaliste. La déduction ne joue, en effet, qu’un rôle minimum dans la construction des connaissances biologiques, et cela dans la mesure où la réalité vivante est liée à une histoire. L’observation et l’expérimentation constituent ainsi les sources essentielles du savoir biologique et il ne vient à l’esprit d’aucun biologiste de considérer l’objet de ses recherches comme le produit de ses propres opérations mentales (sauf en ce qui concerne les coupures en partie conventionnelles de la classification).