Jean Piaget – L'œuvre
Fondation Jean Piaget

Stade 1 et 2

Stade 1: Absence de l’imitation et du jeu psychologiques
Stade 2: Imitation et jeu liés à la réaction circulaire primaire


Stade 1: Absence de l’imitation et du jeu psychologiques

A proprement parler, il ne saurait y avoir d’activités psychologiques (au sens de conscientes) d’imitation lors du premier stade de l’intelligence sensori-motrice. Les seules activités observées sont des activités "réflexes" ou innées, et leurs prolongements que permet l’exercice des réflexes.

Dès ce niveau pourtant le fonctionnement d’un schème peut être renforcé ou déclenché par des éléments "extérieurs" ou des signaux, dont ce fonctionnement paraît alors parfois fournir une imitation du point de vue de l’observateur.

C’est le cas du phénomène de contagion des pleurs, du moins si l’interprétation suivante est la bonne: un bébé entendant les pleurs d’autres bébés pleurera à son tour non pas seulement en raison des désagréments que provoquent ces pleurs, mais par confusion ou indifférenciation entre ses propres pleurs et ceux des autres.

De même qu’il n’y a pas d’imitation psychologique lors du premier stade, il n’y a pas non plus d’activités de jeu, bien que l’on constate déjà un fonctionnement “à vide” des schèmes, et notamment de celui de la succion, dans des situations où l’assimilation se produit sans qu’il y ait nécessité d’accommodation. Et quand bien même ce fonctionnement à vide est source de plaisir et qu’il annonce en cela l’une des caractéristiques principales du jeu, pour l’essentiel on reste encore ici dans le registre du biologique.

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Stade 2: Imitation et jeu liés à la réaction circulaire primaire

Premières imitations

Elles apparaissent avec la réaction circulaire primaire.

Lorsque le bébé accommode le schème de la phonation et de l’ouïe (résultat de la fusion des schèmes élémentaires) à un certain son qu’il produit, il a la possibilité de reproduire un son identique provenant de l’extérieur (obs. 4[FS], JP45, p. 17).

De même l’enfant qui bouge sa tête juste après avoir vu bouger un "objet extérieur" active la réaction circulaire acquise qui relie le mouvement de sa tête et le mouvement apparent des tableaux sensoriels.

Pourtant, à ce stade il y a encore confusion totale entre ce qui vient de l’extérieur et ce qui est le produit des propres schèmes du sujet.

Les schèmes en question nétant plus réflexes, mais acquis, le mouvement ou la production sonore du sujet imitant le mouvement ou le son extérieur n’est certes plus seulement un phénomène de contagion automatique. Il y a là une spontanéité de l’action qui tranche avec les contagions du premier stade.

Il n’en reste pas moins que l’enfant n’a pas du tout conscience d’imiter et qu’il n’y a donc pas encore à ce stade d’activités spécialisées d’imitation. L’imitation constatée par l’observateur est le produit direct de l’assimilation de la réalité du mouvement vu ou du son perçu que l’enfant sait déjà produire de lui-même (et auquel l’ouïe s’accommode).

Sporadiquement un début d’imitation psychologique apparaît cependant à ce stade lorsque l’enfant, ayant déjà perçu un son ou un mouvement "extérieur", peut chercher à le répéter de lui-même lorsqu’il l’entend une nouvelle fois, et alors même qu’il ne semble jamais lavoir produit de lui-même auparavant (cf. le cas de Laurent mentionné au bas de la page dix-sept de JP45).

Mais de façon générale, et à ses débuts, l’imitation n’est pas autre chose que «le prolongement de l’accommodation au sein des réactions circulaires déjà en fonction, c’est-à-dire des activités complexes d’assimilation et d’accommodation» toujours indifférenciées du point de vue du sujet (JP45, p. 19).

Premiers jeux

Aussitôt acquises, les réactions circulaires primaires, caractéristiques du second stade de développement de l’intelligence sensori-motrice, donnent lieu, comme les schèmes réflexes, à des exercices à vide dans lesquels l’assimilation n’est pas accompagnée par leur accommodation (obs. 59[FS], JP45, p. 96).

Il y a alors fonctionnement "autotélique" du schème primaire, dans lequel le réel se voit assimilé «sans effort ni limitation» (JP45, p. 95; par "autotélique" on peut ici entendre le fait qu’un schème ou une activité est engagée à seule fin de fonctionner), un fonctionnement qui peut être considéré comme le germe de la future activité psychologique du jeu.

A la différence de ce qui se passe pour les schèmes réflexes, l’enfant est en effet alors suffisamment maître de sa propre activité pour que celle-ci soit considérée non plus comme essentiellement biologique, mais comme psychologique. Il paraît pour la première fois faire preuve d’"amusement", ce qui, si ce terme est pris au sérieux, signifie l’existence d’un début de liberté ou de spontanéité que le sujet acquiert par rapport au déterminisme biologique.

Si le deuxième stade voit l’apparition des premiers germes de l’imitation et du jeu, il serait pourtant abusif d’identifier ces germes à de véritables activités d’imitation et de jeu. L’assimilation et l’accommodation qui sont constitutives de ces germes ne sont alors en effet rien d’autre que l’assimilation et l’accommodation générales, liées au fonctionnement de tout schème, qu’il soit biologique ou psychologique.

Ce n’est qu’au troisième stade qu’un début de différenciation de ces deux composantes du fonctionnement d’un schème s’esquissera, donnant lieu du même coup à la naissance de l’imitation et du jeu psychologiques.

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[…] la croissance intellectuelle comporte son rythme et ses «créodes» comme la croissance physique, ce qui ne signifie naturellement pas que de meilleures méthodes pédagogiques (au sens de plus «actives») n’accéléreraient pas quelque peu les âges critiques relevés jusqu’ici, mais cette accélération ne saurait être indéfinie.

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