Fondation Jean Piaget


Articles de 1917 à 1923


1918.
La biologie et la guerre
Feuille centrale de la Société suisse de Zofingue, 58, n. 5, pp. 374-380.
Texte PDF mis à disposition le 23.10.2007
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"La biologie et la guerre" est un très court article rédigé par Piaget en janvier 1918 à la demande des éditeurs de la revue de la Société d'étudiants Zofingue. Piaget prend appui sur une nouvelle interprétation de la notion d'assimilation empruntée à Le Dantec, pour défendre la thèse selon laquelle la guerre ne repose pas sur l'essence du vivant. Outre la prise de position du jeune Piaget par rapport au conflit qui déchire alors l'Europe, ce texte contient de précieuses indications sur la conception que son auteur se fait des thèses darwiniennes et lamarckiennes qui opposent alors les biologistes quant à l'explication de l'origine des formes biologiques. Selon la conception qu'il s'en fait alors, le darwinisme, en niant toute influence du milieu, ne pourrait expliquer la variation des formes biologiques. C'est donc au lamarckisme qu'il se rallie alors, mais pour quelques mois ou années seulement. Un tel ralliement révèle que, en 1918, Piaget rejette la thèse bergsonienne de la vie comme source inépuisable de création, thèse qui l'avait séduite quelques années auparavant.

1918.
Introduction à la malacologie valaisanne
Bulletin de la Murithienne (Sion), Fasc. 40(1916/18), pp. 86-186. (Suite de ce travail voir sous le titre "Malacologie valaisanne" in: Bulletin de la Murithienne, 1921-1924, fasc. 42, pp. 82-112. )
Texte PDF mis à disposition le 06.01.2012
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[Texte de présentation — version du 6 janvier 2012.]

Copie numérisée, mais sans reconnaissance optique de caractères, de cet article dont l’avant-propos est daté de 1918 (année lors de laquelle Piaget obtient son doctorat en sciences naturelles) et dont les dernières pages ne seront imprimées qu’après la guerre (dans le n. 42, daté de 1921, du Bulletin de la Murithienne 1921/1924 paru en 1925).

En 1921, l’article de 1918 sera l’objet d’un tiré-à-part de 101p. publié en 1921 à l’Imprimerie F. Aymon, à Sion. Ce tiré-à-part aura comme sous titre l’intitulé suivant: «Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l'Université de Neuchâtel pour l’obtention du grade de docteur en sciences». Sur le verso de la page de couverture, on peut y lire la déclaration, signée en décembre 1920 par le Doyen Argand, selon laquelle «La Faculté des Sciences de l’Université de Neuchâtel, sur le rapport de M. le professeur Fuhrmann, autorise l’impression de la présente thèse, sans exprimer d'opinion sur les propositions qui y sont contenues».

1920.
Corrélation entre la répartition verticale des mollusques du Valais et les indices de variations spécifiques
Revue suisse de zoologie (Genève), 28, fasc. 7, pp. 125-133. (Un résumé est publié in: Actes de la Société helvétique des sciences naturelles, 101e session annuelle du 29 août au 1er septembre 1920 à Neuchâtel, 2e partie, pp. 224-225.)

1920.
La psychanalyse dans ses rapports avec la psychologie de l'enfant (I)
Bulletin mensuel de la Société Alfred Binet, année 20, n. 1, pp. 18-34.
Texte PDF mis à disposition le 04.11.2007
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Très certainement rédigé à Paris et daté du 15 déc. 1919, ce texte permet de se faire une idée relativement précise de la progression de la pensée psychologique de Piaget quelques mois à peine après qu'il a décidé de se tourner vers l'étude de la psychologie. Être appelé par le Docteur T. Simon, alors président de la Société Alfred Binet, à donner une conférence sur les rapports de la psychanalyse avec la pédagogie est un indice très fort du niveau déjà atteint par celui qui n'est encore qu'un débutant en psychologie! Certes, avant de parfaire ses études de psychologie mais aussi de philosophie des sciences et de logique lors d'un séjour de près d'une année dans la capitale française lors duquel il a donné cet exposé sur la psychanalyse, le jeune Piaget avait passé quelques mois à Zürich, où il s'était enregistré à l'université de cette ville et où il avait suivi des conférences de Carl Gustav Jung et de OskarPfister, ainsi que de Eugen Bleuler. Ce séjour lui avait permis d'acquérir une bonne connaissance de la psychanalyse freudienne, ainsi que des compléments qu'ont cherché à lui apporter Alfred Adler puis C. Jung. C'est du moins ce que suggère l'article en deux parties publié dans le Bulletin de la Société Alfred Binet, n. 1 puis 2-3. Non seulement son auteur y présente d'excellents résumés et synthèses des principales thèses de Freud et d'Adler (Jung est traité de manière plus sommaire), mais il nous apprend également qu'il a lui-même pratiqué sur plusieurs patients l'analyse des rêves et la méthode freudienne d'association des idées qui s'y rattache et permet d'accéder aux significations cachées du rêve. Cette pratique lui a permis de reconnaître l'ancrage empirique des thèses du fondateur de la psychanalyse, en particulier l'importance du complexe d'Œdipe ou encore des mécanismes du refoulement et de la censure dans "l'embryologie mentale" des individus.

1920.
La psychanalyse dans ses rapports avec la psychologie de l'enfant (II)
Bulletin mensuel de la Société Alfred Binet, année 20, n. 1, n. 2-3, pp. 41-58.
Texte PDF mis à disposition le 03.12.2007
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La deuxième partie de cet article sur la psychanalyse dans ses rapports avec la psychologie de l'enfant contient un examen des thèses d'Adler et de Jung, ainsi qu'une conclusion proposant certaines applications pédagogiques possibles des conceptions psychanalytiques.

On détecte cependant dans cet article en deux parties et dans ses conclusions non seulement une réserve à l'encontre des explications trop exclusives ou réductionnistes dans l'explication des conduites humaines et en particulier de celles des enfants (par exemple, l'agressivité envers le père qui se développe chez le jeune garçon peut certes être due au développement de la triangulation œdipienne mère-enfant-père, mais elle peut aussi être due à un instinct de conservation), mais aussi et surtout une tentative de compléter la théorie freudienne des rapports entre conscient et inconscient de manière à rendre compréhensibles des processus tels que la sublimation ou la catharsis, et plus profondément l'origine et la réalité des valeurs intellectuelles et morales. Pour ce faire, Piaget esquisse une théorie ou une psychologie générale des mécanismes mentaux dans laquelle l'inconscient et le conscient ne sont plus conçus comme des forces nécessairement antagonistes mais comme des étapes successives du fonctionnement mental, sans que l'étape la plus avancée (la pensée rationnelle) se substitue complètement à la pensée autistique qui la précède. Dès ce premier écrit de psychologie, il apparaît ainsi que Piaget, bien que sympathisant fortement avec la psychanalyse comme méthode et comme théorie, tend à prendre un tout autre chemin, celui de la psychologie génétique.

Dans cet article daté de décembre 1919, on ne trouve cependant encore aucun indice de ce que l'on peut appeler la "synthèse parisienne" de Piaget, au cours de laquelle il fondera, dès le premier semestre 1920, la psychologie génétique de l'intelligence qui le rendra célèbre et lui fournira la clé de l'épistémologie génétique.

1921.
Essai sur quelques aspects du développement de la notion de partie chez l'enfant
Journal de psychologie normale et pathologique, 18, n. 6, pp. 449-480.
Texte PDF mis à disposition le 06.03.2007
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Cet article de 1921 constitue l’un des deux premiers écrits de psychologie génétique de l’intelligence rédigés de main de maître par Piaget, qui n’a alors que 25 ans. S’y trouvent déjà réunis ce qui fera la force de l’œuvre scientifique de l’auteur en psychologie : l’emploi d’une méthode clinique-critique spécialement créée pour faire ressortir les caractéristiques fonctionnelles et structurales de la pensée de l’enfant, l’appui sur une culture et une réflexion épistémologique de premier ordre. À ce double titre, ce texte marque une rupture par rapport aux écrits antérieurs de psychologie de l’enfant. Piaget y montre que les difficultés de l’enfant d’âge scolaire de s’approprier des expressions telles que « une partie de » ou « quelques-unes de » (mes fleurs par exemple) découlent des caractéristiques même de sa pensée, alors identifiées à un champ d’attention insuffisamment dilaté pour pouvoir mettre en relation tous les éléments en jeu dans de telles expressions. C’est là, notons-je, une explication recourant à un facteur – le champ d’attention – qui sera très vite supplantée par la recherche des spécificités proprement intellectuelles ou logiques de la pensée de l’enfant.

1921.
Une forme verbale de la comparaison chez lʼenfant: un cas de transition entre le jugement prédicatif et le jugement de relation
Archives de psychologie, 18, n. 69/70, pp. 141-172.
Texte PDF mis à disposition le 20.11.2014

1921.
Malacologie valaisanne
(suite de l'Introduction à la malacologie valaisanne)
Bulletin de la Murithienne, vol. 42, 1921/1924, pp. 82-112. (Cet article constitue la suite de celui publié en 1918 dans le vol. 40 (1916/18, pp. 86-186) du Bulletin de la Murithienne.)
Texte PDF mis à disposition le 06.01.2012
 - Présentation
[Texte de présentation — version du 6 janvier 2012.]

Copie numérisée, mais sans reconnaissance optique de caractères, de la fin du texte d'Introduction à la malacologie valaisanne publié dans le n. 40 du Bulletin de la Murithienne et dont l'avant-propos était daté de 1918 (année de la soutenance de thèse en sciences naturelles).

1922.
Essai sur la multiplication logique et les débuts de la pensée formelle chez l'enfant
Journal de psychologie normale et pathologique, 19, pp. 222-261.
Texte PDF mis à disposition le 27.01.2012
 - Présentation
[Texte de présentation: version du 2 décembre 2011.]

Cet article, le troisième des touts premiers écrits de Piaget en psychologie génétique, contient une très fine analyse de la capacité de raisonnement formel chez les sujets chez lesquels on l’observe à partir de 11-12 ans environ (capacité liée à la présence et à la maîtrise d’une opération telle que la multiplication ou le produit logique), ainsi qu’une analyse tout aussi fine des étapes lors desquelles ce raisonnement est soit un pseudo-raisonnement qui se réduit à la réalité sensible suggérée par les formulations verbales (les conclusions ne reposant donc pas sur des données verbales), soit de type syncrétique (avec notamment une indissociation ou des liaisons indues entre les conditions formulées dans les prémisses, c’est-à-dire soit un transfert ou au contraire une opposition factices des caractéristiques d’une des conditions à l’autre). Les extraits de protocoles rapportant les réponses d’enfants confrontés à des tests de raisonnement logique sont très clairs au sujet de ces liaisons syncrétiques (et donc prélogiques) établies entre les contenus des propositions en jeu.

On découvre également dans ce texte qui se veut un essai la substitution d’une nouvelle explication moins psychologisante que celle précédemment donnée dans les deux articles qui l’ont précédé, dans lesquels la progression de la pensée logique de l’enfant était conçue comme résultant avant tout d’un accroissement des capacité d’attention et de mémorisation. Dans ce nouvel article, c’est au contraire 1. la réflexion croissante des sujets sur les propositions verbales ou prémisses dont ils doivent tirer la conséquence, 2. leur capacité de dissocier les trois plans de la réalité sensible, de la pensée verbale et des conditions et conséquences de la pensée formelle, ou encore leur capacité de dissocier les plans du réel, du possible et du nécessaire, enfin 3. L’acquisition d’une opération telle que la multiplication ou le produit logique permettant de coordonner le contenu logique de chacune des propositions qui rend compte du passage des raisonnements de type syncrétiques ou même plus élémentaires vers le raisonnement formel propre à la dernière étape de la genèse du raisonnement formel tel qu’il se manifeste à partir de 11-12 ans environ.

Il faudra cependant attendre les recherches sur la pensée logique de l’adolescent conduites par B. Inhelder à la fin des années 1940 ou au début des années 1950, ainsi que les travaux de modélisation logico-algébrique parallèlement effectués par Piaget sur la logique des propositions et surtout des opérations interpropositionnelles, pour découvrir la raison la plus profonde qui explique l’absence de maîtrise logique du raisonnement formel chez les enfants ne pouvant pas encore résoudre certains tests de raisonnement logique. Seule la construction d’un certain nombre de structures opératoires, telles que le groupe INRC, agissant non plus directement sur des objets telles que les classes logiques, mais sur les systèmes d’opérations logiques préablablement construits entre 7 et 9-10 ans (par exemple le groupement additif des classes assurant la maîtrise de la quantification propre à l’inclusion logique) permettra aux sujets confrontés à des problèmes de raisonnement formel d’aboutir à des conclusions correctes et logiquement justifiées.

Quant à l’articulation du possible et du nécessaire qui, ici, conditionne la pleine maîtrise du raisonnement formel, elle sera explicitement reprise dans les recherches entreprises dans les années 1970 au CIEG sur l’évolution du possible (JP81a et l’évolution du nécessaire JP83a, et sur leur rôle dans la construction des structures logico-mathématiques (voir aussi JP76c, texte disponible sur le site de la Fondation Jean Piaget). (Notons la présence, déjà, de la notion de « pseudo-nécessité » dans l’interprétation que donne Piaget en 1922 des difficultés que rencontrent les enfants de 10-11 ans environ confrontés à des problèmes de raisonnement propositionnel.)

1922 (avec P. Rossellò).
Note sur les types de description d'images chez l'enfant
Archives de psychologie, 18, n. 71, pp. 208-234.

1922.
Pour l'étude des explications d'enfants
L'éducateur (organe de la Société pédagogique de la Suisse romande), année 58, n. 3, pp. 33-39.
Présentation
Publié en février 2002, Piaget présente une première synthèse d'explications proposées par des enfants interrogés à Paris et à Genève —donc en 1921 ou peut-être même avant— sur le fonctionnement des bicyclettes. L'objectif de ce bref texte de 6 pages est d'inciter d'autres personnes à "collectionner des dessins et des explications de bicyclettes recueillis conformément à la technique" utilisée exposée par l'auteur (on retrouve dans cet appel à collaboration le même type d'appel que le jeune Piaget formulait dans ses travaux de malacologie.

Les résultats finaux de cette recherche sont exposés dans le chapitre 9 de JP27.


1922 (avec S. Escher).
Qu'est-ce qu'un frère? une épreuve de logique des relations pour enfants de 4 à 10 ans
L'éducateur: organe de la Société pédagogique de la Suisse romande, 58, n. 20, pp. 305-310.

1923 (avec V. Chatenay).
Sur un caractère frappant du langage enfantin
L'éducateur: organe de la Société pédagogique de la Suisse romande, 59, n. 7, pp. 97-104.

1923.
La pensée symbolique et la pensée de l'enfant
Archives de psychologie, 18, n. 72, pp. 273-304.

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[…] si la phénoménologie de Granger est celle de Husserl, je suis phénoménologiste, puisque j’ai toujours soutenu qu’une structure peut devenir normative en tant que « nécessaire », et ne le devient qu’au terme de son développement, une fois atteinte la fermeture due à son équilibre final. Mais il n’en demeure pas moins alors que la valeur de la norme intemporelle terminale dépend de son mode de construction. Ce n’est qu’en examinant celui-ci que l’on comprend, par exemple, pourquoi la notion de nombre acquiert une nécessité intrinsèque […]. L’évolution des « évidences » en mathématique est éloquente quant à ce rôle du mode de construction.

J. Piaget, Études sociologiques, 1965, p. 9