Fondation Jean Piaget

Auteurs

Les auteurs décrits dans ce glossaire appartiennent à l’environnement intellectuel proche ou lointain en interaction avec lequel Jean Piaget s’est formé et a progressivement construit son oeuvre. Les biographies exposéees ici sont susceptibles d’être modifiées et complétées. Tout feed-back susceptible d’en corriger les erreurs ou d’en enrichir le contenu est le bienvenu. Il peut être adressé directement à J.-J. Ducret, ou en déposant un message sur le Forum du site.

A B C D E F G 


A

Agassiz Louis
( 1807 - 1873 )
Naturaliste suisse
Professeur d’histoire naturelle à Neuchâtel entre 1832 et 1846, date où il part pour les Etats-Unis où il sera chargé de la chaire de zoologie et de géologie de l’université de Cambridge, Agassiz fut l’un des naturalistes les plus importants du dix-neuvième siècle. L’un des derniers grands savants à soutenir la thèse du fixisme en biologie, il est aujourd’hui surtout connu pour ses études sur les glaciers, du moins sur un plan strictement scientifique (son fixisme en histoire naturelle l'a au contraire conduit à adopter des thèses raciales non seulement erronées, mais qui ont pu amplifier l'essor du racisme dans tout un pan de la pensée occidentale).
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Louis Agassiz (1807-1873). Naturaliste suisse

Professeur d’histoire naturelle à Neuchâtel entre 1832 et 1846, date où il part pour les Etats-Unis où il sera chargé de la chaire de zoologie et de géologie de l’université de Cambridge, Agassiz fut l’un des naturalistes les plus importants du dix-neuvième siècle. L’un des derniers grands savants à soutenir la thèse du fixisme en biologie, il est aujourd’hui surtout connu pour ses études sur les glaciers, du moins sur un plan strictement scientifique (son fixisme en histoire naturelle l'a au contraire conduit à adopter des thèses raciales non seulement erronées, mais qui ont pu amplifier l'essor du racisme dans tout un pan de la pensée occidentale).

Comme peut-être encore son disciple Paul Godet (qui fut lui-même le protecteur du jeune Piaget entre 1907 et 1909), Agassiz avait la ferme conviction que l’étude de la nature était la meilleure façon de prouver l’existence de Dieu et de connaître le plan de création de cette nature. C’est dans cet esprit alliant croyance religieuse et science que le jeune Piaget a effectué ses premiers travaux de classification des mollusques. On comprend dès lors le choc qu’il a pu subir lorsqu’à quinze ou seize ans il a découvert que l’ancienne histoire naturelle avait cédé sa place à une biologie nouvelle, basée sur la conception transformiste de Darwin, et dans laquelle la notion de création divine n’avait plus sa place (en tant que facteur explicatif de l'origine des espèces). Une partie de l’effort de recherche du jeune chercheur consistera alors à transposer au sein de la vie l’essentiel de ce qu’offrait la science ancienne, et cela de manière à ne pas sortir des limites alors admises de l’explication scientifique de la nature.

Parmi les publications d’Agassiz citons ses "Recherches sur les poissons fossiles" (1833-1842), ses "Etudes sur les glaciers" et enfin son essai sur "L’espèce et les classifications", traduit en français en 1869.


Ampère André-Marie
( 1775 - 1836 )
Philosophe, mathématicien et physicien français
Professeur d’analyse mathématique et de mécanique à l’Ecole polytechnique puis professeur de physique générale au Collège de France, essentiellement connu aujourd’hui pour ses travaux sur l’électricité et l’électromagnétisme, Ampère était par ailleurs un esprit encyclopédique et s’intéressait à toutes les disciplines de l’esprit, de la littérature à la botanique. Cette connaissance encyclopédique des sciences lui a permis, dans la dernière période de sa vie, d’établir une classification de la totalité des sciences entendue au sens le plus large du terme.
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André-Marie Ampère (1775-1836). Philosophe, mathématicien et physicien français
Professeur d’analyse mathématique et de mécanique à l’Ecole polytechnique puis professeur de physique générale au Collège de France, essentiellement connu aujourd’hui pour ses travaux sur l’électricité et l’électromagnétisme, Ampère était par ailleurs un esprit encyclopédique et s’intéressait à toutes les disciplines de l’esprit, de la littérature à la botanique. Cette connaissance encyclopédique des sciences lui a permis, dans la dernière période de sa vie, d’établir une classification de la totalité des sciences entendue au sens le plus large du terme. Cette classification offre l’intérêt de correspondre en partie, dans son principe, à la classification des êtres vivants. Piaget la commentera lorsqu’il cherchera à son tour à proposer une classification et un système des sciences qui ne soit pas linéaire. Ampère mourra avant de pouvoir achever "l’Essai sur la philosophie des sciences ou exposition analytique d’une classification naturelle de toutes les connaissances humaines".


Apostel Léo
( 1925 - 1995 )
Philosophe et logicien belge
Logicien renommé, élève de Carnap et grand connaisseur du pragmatisme de Perelman, Léo Apostel appartient, avec Bresson, Gréco, Grize et Papert, à ce petit groupe de collaborateurs non genevois qui ont accompagné Piaget tout au long de l’aventure du Centre international d’épistémologie.
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Léo Apostel (1925-1995). Philosophe et logicien belge

Logicien renommé, élève de Carnap et grand connaisseur du pragmatisme de Perelman, Léo Apostel appartient, avec Bresson, Gréco, Grize et Papert, à ce petit groupe de collaborateurs non genevois qui ont accompagné Piaget tout au long de l’aventure du Centre international d’épistémologie. Chacun de ces auteurs a contribué par sa propre personnalité scientifique et ses intérêts particuliers de recherche, non pas à modifier les conceptions du fondateur de l’épistémologie génétique, mais à en explorer les conséquences dans des directions non toujours aperçues par lui.

De toute l’équipe des compagnons de Piaget, Apostel est certainement celui qui, au départ, était le plus éloigné des thèses constructivistes. Sa formation en logique, en théorie de l’argumentation et en philosophie analytique ne l’aurait peut-être jamais conduit à croiser le chemin de Piaget si celui-ci n’avait eu besoin d’un bon connaisseur de cette philosophie pour donner au Centre une dimension réellement scientifique, c’est-à-dire ouverte à toutes les hypothèses possibles en ce qui concerne la nature des connaissances, pour autant que leurs défenseurs s’engagent à les soumettre à l’épreuve des faits. Dans les recherches qu’il réalisera dans ce cadre, Apostel se distinguera par l’insistance mise sur des définitions les plus claires possibles des notions utilisées, ainsi que par des études critiques approfondies sur les travaux théoriques les plus avancés en rapport avec les différentes sciences de la connaissance (la logique, la sémiologie, l’intelligence artificielle, etc.).

En ce qui concerne le premier type d’apports, la façon dont il poussait son interlocuteur, Piaget compris, dans ses derniers retranchements afin que celui-ci précise de manière maximale sa pensée avait quelque chose à la fois de socratique et de pathétique: de socratique, parce qu’Apostel traquait de façon redoutable les lacunes ou les imprécisions de la pensée; mais aussi de pathétique, parce qu’il semblait conserver de ses premières amours intellectuelles la croyance en l’existence de définitions absolument claires et distinctes. Pourtant c’est avant tout par ses études critiques et par sa grande connaissance des théories formelles en logique et en épistémologie qu’Apostel a contribué aux efforts collectifs du centre. Sa grande curiosité intellectuelle lui a permis de réaliser dès la fin des années cinquante des études théoriques incluant des notions d’avant-garde, comme celle de système ouvert ou celle d’auto-organisation. Une première étude sur "Equilibre, logique et théorie des graphes" fut ainsi publiée dans le volume deux des Etudes d’épistémologie génétique; une seconde, sur "Structure et genèse", le fut dans le volume quinze des mêmes études. Un dessein commun les sous-tend: tirer des théories formelles les plus avancées des instruments pour l’élaboration d’une logique dialectique ou d’une théorie formelle d’où puisse se déduire tout processus évolutif, et plus particulièrement la genèse des systèmes cognitifs.

Film :
Léo Apostel, interrogé par Jean-Claude Bringuier lors de la fête organisée en 1976 pour les 80 ans de Piaget ( Apostel 1976 )

Liens URL:
http://logica.ugent.be/
http://www.vub.ac.be/CLEA/


Aristote
( -384 - -322 )
Elève pendant près d’une vingtaine d’années de Platon, puis fondateur du Lycée, Aristote occupe une place important dans l’histoire des sciences naturelles et de la logique. Sa théorie de la connaissance prend le contre-pied de celle de son maître, dans la mesure où il accorde un rôle important à l’expérience et aux sensations dans l’acquisition des connaissances. Parmi les conceptions présentes dans le traité "De Memoria et Reminiscentia", on découvre la thèse selon laquelle l’association empirique des données des sens serait la cause de leur réminiscence ultérieure. A ce titre Aristote peut être considéré comme à l’origine du courant qui a dominé la psychologie moderne à la fin du dix-neuvième siècle, à savoir l’associationnisme.
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Aristote (-384-322). Philosophe grec

Elève pendant près d’une vingtaine d’années de Platon, puis fondateur du Lycée, Aristote occupe une place important dans l’histoire des sciences naturelles et de la logique. Sa théorie de la connaissance prend le contre-pied de celle de son maître, dans la mesure où il accorde un rôle important à l’expérience et aux sensations dans l’acquisition des connaissances. Parmi les conceptions présentes dans le traité "De Memoria et Reminiscentia", on découvre la thèse selon laquelle l’association empirique des données des sens serait la cause de leur réminiscence ultérieure. A ce titre Aristote peut être considéré comme à l’origine du courant qui a dominé la psychologie moderne à la fin du dix-neuvième siècle, à savoir l’associationnisme.

Aristote est en outre le premier auteur à avoir proposé une classification des espèces vivantes et à avoir élaboré une logique du raisonnement exprimant pour une large part cette activité de classification (sa "syllogistique" est basée sur l’étude des concepts tels que ceux d’homme, d’animal, d’être vivant, etc.). Bien que les recherches de Piaget débordent largement, du double point de vue biologique et logique, les travaux d’Aristote, il y a une parenté certaine entre les deux auteurs. Piaget a d’ailleurs été marqué par l’influence du philosophe grec lorsqu’il a élaboré ses premiers projets d’établir une "théorie biologique" de la connaissance. On trouve chez l’un comme chez l’autre un goût plus marqué pour l’observation minutieuse et l’étude systématique des phénomènes naturels (les activités logiques comprises) que pour la pure réflexion théorique. La philosophie, puis l’épistémologie, doivent en outre à Aristote une première détermination des catégories les générales de l’esprit que sont la substance, l’espace (ou le "lieu"), le temps, la quantité, la qualité, etc. Plusieurs fois remaniée et révisée au cours des siècles, cette distinction entre les catégories les plus générales guidera Piaget dans l’organisation de ses recherches sur la genèse des notions cognitives chez l’enfant et chez l’adolescent.

Parmi les ouvrages d’Aristote mentionnons "La physique", le livre sur "L’âme", "La mécanique", "L’histoire des animaux", "La métaphysique", "l’Ethique à Nicomaque", "La réthorique", etc.


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B

Bachelard Gaston
( 1884 - 1964 )
Physicien, philosophe et critique littéraire français
Comme Piaget et Ferdinand Gonseth, Bachelard fut l’élève de Brunschvicg, et il partage avec eux cette conception dynamique et résolument ouverte que leur maître a élaborée de la raison. Bachelard a cherché à montrer, à travers ses multiples études d’histoire des sciences, comment le savoir scientifique rompt avec la connaissance commune. Y accéder implique de véritables révolutions de la pensée par lesquelles celle-ci s’affranchit des obstacles propres au sens commun, qui l’empêchent de saisir la vraie nature, mathématique, de la réalité.
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Gaston Bachelard (1884-1964). Physicien, philosophe et critique littéraire français

Comme Piaget et Ferdinand Gonseth, Bachelard fut l’élève de Brunschvicg, et il partage avec eux cette conception dynamique et résolument ouverte que leur maître a élaborée de la raison. Bachelard a cherché à montrer, à travers ses multiples études d’histoire des sciences, comment le savoir scientifique rompt avec la connaissance commune. Y accéder implique de véritables révolutions de la pensée par lesquelles celle-ci s’affranchit des obstacles propres au sens commun, qui l’empêchent de saisir la vraie nature, mathématique, de la réalité. Ce que vise manifestement Bachelard à travers ses écrits profondément pédagogiques de philosophie des sciences, c’est arracher ses lecteurs à l’approche préscientifique, empirique et sensible, de la réalité, pour leur faire apprécier l’approche opposée, mathématisante. Pour Piaget au contraire, s’il y a bien rupture dans la progression des connaissances et de l’intelligence, cette rupture n’empêche pas une certaine continuité, une intégration du dépassé dans le dépassant. D’autre part, ce processus que Bachelard n’évoque que pour l’accès aux sciences les plus avancées, les plus arides, et certainement les plus harmonieuses, Piaget le découvre déjà dans des conduites et des connaissances beaucoup plus élémentaires, chez l’enfant, et par delà dans l’évolution du vivant.

Parmi les nombreuses publications de Bachelard mentionnons "Le nouvel esprit scientifique" (1934), "La poétique de la rêverie" (1960), "La philosophie du non" (1940), "L’activité rationaliste de la physique contemporaine" (1951).

http://www.gastonbachelard.org/fr/maj.htm


Baldwin James Mark
( 1861 - 1934 )
Baldwin est le premier des grands théoriciens de la psychologie génétique. Ses essais sur la genèse de la pensée logique et sur une "théorie génétique de la réalité" peuvent être considérés comme une étape importante dans l’histoire de cette discipline. Il a développé avant Piaget une psychologie génétique de l’intelligence basée sur une approche biologique.
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James Mark Baldwin (1861-1934). Psychologue et philosophe américain

Baldwin a une formation en philosophie et théologie. Attiré par la psychologie il se rend à Berlin où il bénéficie de l’enseignement de Wundt. En 1889 il enseigne la philosophie, métaphysique et la logique à Toronto et commence à étudier le développement de sa propre fille. En 1893 il obtient la chaire de psychologie à Princeton et y fonde un laboratoire. Il quitte les Etats Unis en 1908 pour une chaire à l’Ecole des Hautes Etudes à Paris.

Baldwin est le premier des grands théoriciens de la psychologie génétique. Ses essais sur la genèse de la pensée logique et sur une "théorie génétique de la réalité" peuvent être considérés comme une étape importante dans l’histoire de cette discipline. Il a développé avant Piaget une psychologie génétique de l’intelligence basée sur une approche biologique. Comme Piaget, il a plus particulièrement établi des liens étroits entre le problème biologique de l’évolution et de l’adaptation des espèces et le problème psychologique du développement de l’intelligence. La proximité des deux auteurs est ainsi grande, et Piaget n’a d’ailleurs pas manqué d’intégrer à sa conception de l’intelligence un certain nombre de concepts, tels que ceux d’accommodation et de réaction circulaire proposés par Baldwin dès la fin du dix-neuvième siècle, mais en les différenciant et en leur donnant une interprétation originale. Cette similitude entre les deux oeuvres s’explique en partie au moins par leur commun enracinement dans la philosophie évolutionniste de Spencer.

Ce qui sépare les deux auteurs est double et concerne autant le plan méthodologique de l’approche des phénomènes psychologiques que le plan théorique. Du point de vue méthodologique d’abord, Baldwin n’a jamais perçu l’intérêt de prendre une connaissance poussée des travaux de philosophie des sciences pour réaliser des études sur le développement de l’intelligence enfantine. Plus fasciné par la spéculation théorique que par la recherche empirique, il n’a de plus jamais réalisé cette étude psychogénétique systématique du développement des notions qui caractérise l’œuvre psychologique de Piaget. Les différences théoriques entre les deux auteurs sont également importantes. Alors que Piaget élaborera peu à peu une théorie constructiviste originale de la genèse de l’intelligence et des connaissances humaines, et qu’il tendra à enrichir les explications possibles de l’évolution biologique en généralisant cette théorie, Baldwin adoptera la théorie darwinienne de l’évolution biologique (la théorie de la sélection naturelle) en la transposant sur le terrain psychologique.

Baldwin a exposé ses idées dans plusieurs ouvrages dont "Handbook of psychology" (1889-1891, 2 vols), "Mental development in the child and the race" (1895), "Social and ethical interpretations in mental development: a study in social psychology" (1897), "The story of the mind" (1898), "Thought and things, a study of development and meaning of thought" (1906-1911) et "Genetic theory of reality" (1915).

Lien URL : http://www.brocku.ca/MeadProject/inventory5.html#sectB


Bergson Henri
( 1859 - 1941 )
Philosophe français
Auteur français le plus connu du début du vingtième siècle, Bergson a établi sa conception philosophique à partir d’une critique des sciences psychologiques et biologiques. Dans sa thèse sur les "données immédiates de la conscience", il réfute clairement l’associationnisme de son époque en affirmant que la vie intérieure ne peut pas être considérée comme une composition faite d’éléments discrets. Il ne peut y avoir d’états de conscience radicalement séparés. Le "courant de conscience" est incommensurable et ne peut être appréhendé que par démarche intuitive qui s’oppose à l’intelligence de façon radicale. L’intuition de la "durée créatrice" est le point central de sa philosophie.
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Henri Bergson (1859-1941). Philosophe français

Bergson a suivi la carrière classique d’un universitaire français: agrégé de philosophie en 1881, docteur ès lettres en 1889, professeur dans différents lycées de France avant d’enseigner à l’École Normale Supérieure en 1898, puis au Collège de France en 1900. Elu à l’Académie Française en 1914, le prix Nobel de littérature vient couronner ce trajet en 1928.

Auteur français le plus connu du début du vingtième siècle, Bergson a établi sa conception philosophique à partir d’une critique des sciences psychologiques et biologiques. Dans sa thèse sur les "données immédiates de la conscience", il réfute clairement l’associationnisme de son époque en affirmant que la vie intérieure ne peut pas être considérée comme une composition faite d’éléments discrets. Il ne peut y avoir d’états de conscience radicalement séparés. Le "courant de conscience" est incommensurable et ne peut être appréhendé que par un démarche intuitive – une "intuition métaphysique" - qui s’oppose à l’intelligence de façon radicale. L’intuition, ou l’instinct chez l’animal, peut saisir le temps de la conscience au contraire de l’intelligence statique qui selon lui immobilise l’objet. L’intuition de la durée est le point central de sa philosophie.

Bergson a profondément marqué Piaget dans les années où celui-ci a élaboré un programme de recherche qui sous-tendra la totalité de son œuvre. La lecture de "L’évolution créatrice" de Bergson que Piaget a faite vers l’âge de seize ans lui a permis à celui-ci de se passionner pour la philosophie comme il s’était passionné pour la biologie. Il trouvera chez Bergson non seulement une notion très riche, bien que non scientifique, de la vie, mais aussi un rapprochement entre les problèmes de l’évolution des connaissances et de l’évolution du vivant.

On retrouve la trace de l’influence du philosophe dans plusieurs conceptions piagétiennes, dont celles qui opposent l’instinct et l’intelligence, ou la mémoire-habitude et la mémoire-souvenir. L’analyse directe ("introspective") des "données immédiates de la conscience" réalisée par Bergson l’a conduit à une conception proche de celle développée à peu près dans les mêmes années par les créateurs de la "Gestaltpsychologie". Piaget a donc pu très tôt se faire une idée des faits de conscience comme étant des totalités originales comparativement aux phénomènes physiques. Pourtant, exception faite peut-être de la toute première prise de contact avec l’œuvre de Bergson, Piaget n’a jamais suivi le philosophe français dans l’interprétation antiscientifique qu’il proposait des phénomènes biologiques autant que psychologiques, ni adopté ses hypothèses créationnistes (la vie et la conscience comme "durée créatrice"). C’est comme "biologiste en herbe" qu’il a dès le départ abordé les faits psychologiques, et il ne dérogera jamais à cette approche, tout en évitant soigneusement toute réduction appauvrissante du psychologique au biologique. A la différence du créationnisme de Bergson, le constructivisme de Piaget est compatible avec l’approche scientifique des phénomènes vivants en général, psychologiques en particulier.

Quatre livres majeurs résument l’essentiel de l’oeuvre de Bergson. Sa thèse sur "Les données immédiates de la conscience" (1889), "Matière et mémoire" (1896), "L’évolution créatrice" (1907) et "Les deux sources de la morale et de la religion" (1932).


Bernard Claude
( 1813 - 1878 )
Physiologiste français
Claude Bernard est l’un des plus grands physiologistes du dix-neuvième siècle. Connu pour la description qu’il a donnée de la méthode expérimentale, il a par ailleurs réussi à dépasser l’opposition qui séparait alors les interprétations matérialistes et vitalistes de la vie. Il a su conçu la présence de mécanismes particuliers expliquant ce fonctionnement, et en particulier la présence de processus "d’équilibration", de "régulation" ou de "compensation" permettant de stabiliser certains paramètres (la chaleur par exemple) du milieu intérieur à l’organisme autour de valeurs nécessaires à la vie des cellules vivantes.
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Claude Bernard (1813-1878). Physiologiste français

Claude Bernard est l’un des plus grands physiologistes du dix-neuvième siècle. Connu pour la description qu’il a donnée de la méthode expérimentale, il a par ailleurs réussi à dépasser l’opposition qui séparait alors les interprétations matérialistes et vitalistes de la vie. S’il n’y a rien d’autre que des forces physico-chimiques à l’œuvre au sein d’un organisme vivant, la façon dont les processus physico-chimiques s’y composent est particulière. Les vitalistes avaient donc raison d’opposer la vie et la finalité qui s’y manifeste aux phénomènes purement physico-chimiques. Mais leur interprétation des caractéristiques propres aux êtres vivants faisait intervenir une force spéciale mystérieuse, le principe vital, qui s’apparentait trop à la "vertu dormitive" du médecin de Molière pour pouvoir emporter l’adhésion de la communauté scientifique. Les matérialistes avaient de leur côté historiquement raison de n’évoquer que des forces physico-chimiques, mais leur doctrine les empêchaient d’observer sans préjugés le fonctionnement de ces êtres. Claude Bernard a su au contraire pressentir la présence de mécanismes particuliers expliquant ce fonctionnement, et en particulier la présence de processus "d’équilibration", de "régulation" ou de "compensation" permettant de stabiliser certains paramètres (la chaleur par exemple) du milieu intérieur à l’organisme autour de valeurs nécessaires à la vie des cellules vivantes.

Claude Bernard ayant fortement marqué les lamarckiens français de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle, il n’y a pas de doute que le jeune Piaget sera imprégné de cette approche physiologique et fonctionnelle du vivant lorsqu’à son tour il s’interrogera sur l’adaptation des organismes à leur milieu.

Parmi les publications de Claude Bernard, mentionnons "l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale" (1875), ainsi que ses "Leçons sur les phénomènes de la vie, communs aux animaux et aux végétaux" (1877-1878).


Bertalanffy Ludwig von
( 1901 - 1972 )
Biologiste autrichien

Connu comme créateur de la théorie des systèmes, von Bertalanffy s’inscrit dans cette tradition de l’histoire de la biologie qui s’est toujours refusée à réduire le fonctionnement du vivant aux lois de la physico-chimie et a privilégié une approche "holistique" ou "organismique" des phénomènes vivants. Il est l’un des rares biologistes du vingtième siècle qui ait développé des thèses allant dans le sens d’un constructivisme biologique.
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Ludwig von Bertalanffy (1901-1972). Biologiste autrichien

Connu comme créateur de la théorie des systèmes, von Bertalanffy s’inscrit dans cette tradition de l’histoire de la biologie qui s’est toujours refusée à réduire le fonctionnement du vivant aux lois de la physico-chimie et a privilégié une approche "holistique" ou "organismique" des phénomènes vivants. Il est l’un des rares biologistes du vingtième siècle qui ait développé des thèses allant dans le sens d’un constructivisme biologique.

Pour Bertalanffy , on ne saurait rendre compte de faits tels que l’évolution des espèces en centrant son attention sur les briques de cette évolution, et en particulier sur les gènes. Héritière de l’ancienne conception de Weismann, la vision imposée par la génétique moderne (ou qu’elle imposait lorsque Bertalanffy a développé ses thèses dans les années vingt), est celle d’organismes comme agrégats de caractères déterminés par des agrégat de gènes localisés dans leurs cellules germinatives, sur lesquels agirait mécaniquement la sélection naturelle. Pour Bertalanffy, ce qui est au contraire premier est l’organisme en tant que système d’interactions de toutes ses composantes de niveau directement inférieur, qui elles-mêmes sont des totalités, et ainsi de suite jusqu’aux composantes du niveau le plus bas. Il convient donc de partir d’une théorie de la totalité et des organisations si l’on veut rendre compte des faits biologiques, dont l’évolution. Certes la génétique s’est détachée de la conception atomistique "un gène - un caractère" qui a marqué ses débuts, et les gènes sont conçus comme fonctionnant au sein d’un système. Mais pour comprendre l’évolution, il faut s’arracher à la seule considération de ce système et étudier les lois générales des organisations, telles qu’elles agissent au sein de l’organisme dans sa totalité. Ce sont elles qui, en définitive, imprimeraient une direction à une évolution aboutissant parfois à des impasses évolutives, et parfois à la réalisation de formes nouvelles et supérieures.

Parmi les ouvrages de Bertalanffy citons "Les problèmes de la vie" (1949, trad. fr. 1961), et "Théorie générale des systèmes" (1968, trad. fr. 1973).


Binet Alfred
( 1857 - 1911 )
Psychologue français

Juriste de formation, intéressé par les sciences naturelles, Binet étudie les processus d’hypnose avec Charcot et aborde les domaines du raisonnement et de l’intelligence en s’attachant aux différences interindividuelles. Il devient directeur du laboratoire de psychologie physiologique à la Sorbonne. Mandaté par le ministère français de l’instruction publique, il a pour tâche d’élaborer des moyens de dépister les enfants retardés pour les orienter vers des écoles spécialisées. C’est dans ce contexte qu’il élabore avec Théodore Simon, dès 1905, des épreuves présentant des difficultés croissantes afin de mesurer l’intelligence. En 1908 les problèmes soumis aux enfants sont ordonnés en fonction de l’âge auquel ils sont réussis. Ces travaux ont jeté les premières bases d’une échelle de mesure de l’intelligence qui a connue une grande renommée et a été constamment réadaptée.
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Alfred Binet (1857-1911). Psychologue français

Juriste de formation, intéressé par les sciences naturelles, Binet étudie les processus d’hypnose avec Charcot et aborde les domaines du raisonnement et de l’intelligence en s’attachant aux différences interindividuelles. Il devient directeur du laboratoire de psychologie physiologique à la Sorbonne. Mandaté par le ministère français de l’instruction publique, il a pour tâche d’élaborer des moyens de dépister les enfants retardés pour les orienter vers des écoles spécialisées. C’est dans ce contexte qu’il élabore avec Théodore Simon, dès 1905, des épreuves présentant des difficultés croissantes afin de mesurer l’intelligence. En 1908 les problèmes soumis aux enfants sont ordonnés en fonction de l’âge auquel ils sont réussis. Ces travaux ont jeté les premières bases d’une échelle de mesure de l’intelligence qui a connue une grande renommée et a été constamment réadaptée.

Binet est le fondateur de la psychologie française de l’enfant. Bien qu’essentiellement connu pour ses travaux sur le diagnostic du développement, il est l’un des premiers psychologues à avoir réalisé des recherches expérimentales sur le fonctionnement de l’intelligence enfantine. Il est ainsi l’un des rares psychologues dont Piaget a pu, au début des années vingt, exploiter les travaux alors qu’il découvrait et transformait profondément la psychologie génétique de l’enfant. C’est pourtant moins par le résultat de ses recherches, au début liées à la conception associationniste alors dominante de l’intelligence, que par les épreuves créées pour diagnostiquer le niveau de développement intellectuel que Binet a contribué à la création de la psychologie génétique piagétienne. Détournées de leur fin par Piaget, certaines de ces épreuves ont pu faciliter la découverte des compétences logiques des enfants.

Quelques-unes des principales publications de Binet sont "La psychologie du raisonnement" (1886), "La psychologie des grands calculateurs" (1894) et "L’étude expérimentale du raisonnement" (1902), "L’âme et le corps" (1905) et "Les idées modernes sur les enfants" (1909; la réédition en 1973 de cet ouvrage chez Flammarion est préfacée par Piaget).


Boole Georges
( 1815 - 1864 )
Mathématicien et logicien britannique

Le mathématicien Boole a donné son nom à la nouvelle conception abstraite de l’algèbre issue de ses recherches sur les lois logiques de la pensée et sur l’établissement d’une théorie mathématique de la logique et des probabilités. Une "algèbre de Boole" désigne aujourd’hui un système constitué d’éléments quelconques, sur lesquels peuvent agir des opérations obéissant à des lois mathématiques précises (par exemple l’associativité) et dont le résultat fournit toujours un élément appartenant au système.
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Georges Boole (1815-1864). Mathématicien et logicien britannique

Le mathématicien Boole a donné son nom à la nouvelle conception abstraite de l’algèbre issue de ses recherches sur les lois logiques de la pensée et sur l’établissement d’une théorie mathématique de la logique et des probabilités. Une "algèbre de Boole" désigne aujourd’hui un système constitué d’éléments quelconques, sur lesquels peuvent agir des opérations obéissant à des lois mathématiques précises (par exemple l’associativité) et dont le résultat fournit toujours un élément appartenant au système. Cette nouvelle conception rend manifeste ce qui était déjà implicitement présent dans l’ancienne algèbre numérique: le primat des opérations sur les éléments sur lesquels elles agissent. Outre ce primat, l’essentiel dans la nouvelle notion d’algèbre, sont les lois décrivant les différentes façons dont les opérations d’un système considéré se composent entre elles.

Dans ses travaux d’algébrisation de la logique, Boole part d’éléments logiques tels que les classes, et des opérations correspondantes, qu’il va représenter d’une façon similaire à celle utilisée pour les nombres dans l’algèbre numérique (dans cet exemple, une classe quelconque sera représentée par x, une autre classe par y, et une opération telle que celle de l’addition de deux classes par le symbole de l’addition arithmétique). Cela fait, le mathématicien peut alors se détacher de la signification concrète des éléments considérés au départ pour en proposer des définition abstraites (ce qui compte en effet ce ne sont pas les éléments, mais les opérations et leurs lois de composition). Les lois de composition des opérations du système ainsi abstrait sont pourtant conçues de telle façon qu’elles reflètent les propriétés des opérations concrètes du domaine initialement considéré (les propriétés d’addition des classes ne sont pas toutes identiques à celles de l’addition numérique, etc.). Telle est, brièvement résumée, l’orientation générale de cette approche algébrique de la logique dont l’influence sur Piaget sera considérable. C’est elle en effet qui lui permettra de découvrir, mieux que Boole n’avait pu le faire, les opérations de pensée à partir desquelles des sciences comme la logique, mais aussi l’arithmétique, ont été construites.

Mentionnons, parmi les ouvrages de Boole, son "Analyse mathématique de la logique" (1847) et son "Enquête sur les lois de la pensée, sur lesquelles sont fondées les théories mathématiques de la logique et des probabilités" (1854).


Bourbaki Nicolas
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"Nicolas Bourbaki" est le nom que se sont donnés un groupe de mathématiciens français qui, dans la première moitié du vingtième siècle, ont cherché à édifier de manière axiomatique (et aussi anonyme!) la totalité des sciences mathématiques, cela non plus à partir de la logique, comme l’avaient tenté Frege et Russell, mais à partir de structures "mères", découvertes à la suite d’un travail d’analyse des multiples théories existantes: les structures algébriques, topologiques et les structures d’ordre.
Présentation élargie
Nicolas Bourbaki (groupe de mathématiciens français)

"Nicolas Bourbaki" est le nom que se sont donnés un groupe de mathématiciens français qui, dans la première moitié du vingtième siècle, ont cherché à édifier de manière axiomatique (et aussi anonyme!) la totalité des sciences mathématiques, cela non plus à partir de la logique, comme l’avaient tenté Frege et Russell, mais à partir de structures "mères", découvertes à la suite d’un travail d’analyse des multiples théories existantes: les structures algébriques, topologiques et les structures d’ordre. Le découpage ainsi introduit dans la réalité mathématique a conforté Piaget dans sa propre analyse des structures logico-mathématiques de la pensée de l’enfant, dans la mesure où une similitude partielle se dégage entre les découvertes mathématiques des Bourbaki et les découvertes du psychologue. L’étude psychogénétique a en effet abouti à identifier un savoir topologique élémentaire chez l’enfant, savoir précédant l’acquisition de structures opératoires dont la réversibilité est assurée soit par des opérations inverses, à la manière des structures algébriques, soit par l’existence d’opérations réciproques, dont les lois de fonctionnement sont similaires aux lois de composition décrites par les Bourbaki à propos des structures d’ordre.

Les Bourbaki ont publié sous le nom "d’Eléments de mathématique" une trentaine de fascicules de 100 à 300 pages réédités sous forme de 6 livres à partir de 1970. Les parties historiques des fascicules ont été reprises dans un ouvrage séparé et intitulé les "Eléments d’histoire des mathématiques" (1960).


Boutroux Emile
( 1845 - 1921 )
Philosophe français

Boutroux est l’auteur d’une thèse sur la contingence des lois de la nature (1874) dans laquelle il tire de l’examen critique des différentes sciences de la nature la conclusion que, contrairement à ce qu’affirmait le philosophe Spencer, les lois de la mécanique ne peuvent rendre compte du passage des phénomènes physiques aux phénomènes biologiques, puis de ceux-ci aux phénomènes psychologiques. Chaque palier est caractérisé par des faits dont les lois sont irréductibles aux lois propres aux paliers précédents, et les lois physiques elles-mêmes ne peuvent être réduites aux lois de la mécanique. Les lois de la nature sont donc essentiellement contingentes, et l’explication scientifique n’implique aucunement le déterminisme matérialiste et la négation de la liberté. Enfin, si les lois de la nature sont contingentes, alors il apparaît que l’évolution qui a conduit d’un niveau de réalité au suivant est véritablement créatrice de nouveautés.
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Emile Boutroux (1845-1921). Philosophe français

Boutroux est l’auteur d’une thèse sur la contingence des lois de la nature (1874) dans laquelle il tire de l’examen critique des différentes sciences de la nature la conclusion que, contrairement à ce qu’affirmait le philosophe Spencer, les lois de la mécanique ne peuvent rendre compte du passage des phénomènes physiques aux phénomènes biologiques, puis de ceux-ci aux phénomènes psychologiques. Chaque palier est caractérisé par des faits dont les lois sont irréductibles aux lois propres aux paliers précédents, et les lois physiques elles-mêmes ne peuvent être réduites aux lois de la mécanique. Les lois de la nature sont donc essentiellement contingentes, et l’explication scientifique n’implique aucunement le déterminisme matérialiste et la négation de la liberté. Enfin, si les lois de la nature sont contingentes, alors il apparaît que l’évolution qui a conduit d’un niveau de réalité au suivant est véritablement créatrice de nouveautés.

L’examen critique des sciences conduit ainsi Boutroux à rejoindre à la fois Kant sur la question de la possibilité de la liberté humaine, et Bergson sur le caractère créateur de l’évolution. Mais le grand intérêt du travail de Boutroux par rapport à celui de Bergson est que les conclusions du premier sont tirées d’une analyse critique des sciences, et non pas d’une "intuition métaphysique" incontrôlable.

En plus de la thèse de 1874, on peut encore citer "De l’idée de loi naturelle dans la science et la philosophie" (1895), "Etudes d’histoire de la philosophie" (1897) et "William James" (1911).


Bovet Pierre
( 1878 - 1965 )
Philosophe et psychologue suisse

Philosophe de formation et fondateur avec Claparède de l’institut Jean-Jacques Rousseau (future école, puis faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Genève), Pierre Bovet a été très tôt intéressé par la psychologie, et spécialement par la psychologie morale et religieuse. En examinant en 1908 les études expérimentales sur la pensée réalisées par les psychologues allemands de l’école de Würzburg (Marbe, Watt, K. Bühler, etc.), il avait en effet pu découvrir comment la conscience de l’obligation morale intervenait dans les réponses des sujets interrogés lors de ces recherches. Les travaux qu’il conduira à son tour sur le fonctionnement de la pensée, et dans lesquels il prend explicitement appui sur la philosophie de Kant, l’amènent à souligner le rôle qu’y jouent les actes de jugement, le sentiment du devoir, etc.
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Pierre Bovet (1878-1965). Philosophe et psychologue suisse

Philosophe de formation et fondateur avec Claparède de l’institut Jean-Jacques Rousseau (future école, puis faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Genève), Pierre Bovet a été très tôt intéressé par la psychologie, et spécialement par la psychologie morale et religieuse. En examinant en 1908 les études expérimentales sur la pensée réalisées par les psychologues allemands de l’école de Würzburg (Marbe, Watt, K. Bühler, etc.), il avait en effet pu découvrir comment la conscience de l’obligation morale intervenait dans les réponses des sujets interrogés lors de ces recherches. Les travaux qu’il conduira à son tour sur le fonctionnement de la pensée, et dans lesquels il prend explicitement appui sur la philosophie de Kant, l’amènent à souligner le rôle qu’y jouent les actes de jugement, le sentiment du devoir, etc. Dès lors, lorsque vers 1918 Piaget décide de se faire psychologue afin de résoudre de façon scientifique l’origine des formes et des normes de la pensée, il trouvera chez Bovet, qui connaissait bien ses parents, un conseiller précieux, car familier des deux domaines de la philosophie critique et de la psychologie scientifique dans lesquels le jeune biologiste sera à son tour impliqué.

De Bovet citons, en plus de sa thèse de 1902 sur "Le Dieu de Platon d’après la chronologie des dialogues", ses articles de 1909 sur "L’étude expérimentale du jugement et de la pensée", de 1910 sur "Les conditions de l’obligation de conscience: introduction à l’étude psychologie des faits moraux", ou encore de 1919 sur "Le sentiment religieux: étude de psychologie, ainsi que ses livres sur L’instinct combatif" (1917) et sur "Le sentiment religieux et la psychologie de l’enfant" (1925).


Bresson François
( 1921 - 1996 )
Psychologue français

Chimiste de formation, très tôt intéressé par les problèmes épistémologiques notamment par l’intermédiaire des travaux de cet autre chimiste et philosophe des sciences qu’était Emile Meyerson, François Bresson appartient au petit groupe des collaborateurs qui ont accompagné Piaget pendant les quelque vingt-cinq années où il a dirigé le Centre international d’épistémologie génétique fondé en 1955.
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Bresson François (1921-1996). Psychologue français

Chimiste de formation, très tôt intéressé par les problèmes épistémologiques notamment par l’intermédiaire des travaux de cet autre chimiste et philosophe des sciences qu’était Emile Meyerson, François Bresson appartient au petit groupe des collaborateurs qui ont accompagné Piaget pendant les quelque vingt-cinq années où il a dirigé le Centre international d’épistémologie génétique fondé en 1955.

Bresson était, avec Pierre Gréco, enseignant à l’école pratique des hauteurs études, à Paris. Tous deux ont énormément fait pour le développement de la psychologie scientifique française, et en particulier pour l’essor de la psychologie du développement. Vu sa formation scientifique très poussée (c’est sur la suggestion de Benoît Mandelbrot que Piaget l’a invité au Centre dans les années cinquante), et vu son activité d’enseignement en psychologie, il n’est pas étonnant que Bresson ait été, de tous les collaborateurs, l’un de ceux qui apportaient le plus grand soin à faire progresser à la fois le caractère expérimental des recherches psychologiques conduites au Centre et l’usage de modèles mathématiques novateurs et fouillés.


Brunschvicg Léon
( 1869 - 1944 )
Philosophe français
Professeur de philosophie à la Sorbonne, membre de l’Académie des sciences morales, Brunschvicg est l’une des figures marquantes de la philosophie française du début de ce siècle. Il a soutenu dans ses nombreux ouvrages une conception intellectualiste et rationaliste qui s’inscrit dans le prolongement des thèses de Platon, Descartes, Spinoza, et Kant, par la place accordée à l’intelligence mathématique comme source d’inspiration pour la résolution des problèmes philosophiques les plus généraux.
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Léon Brunschvicg (1869-1944). Philosophe français
Professeur de philosophie à la Sorbonne, membre de l’Académie des sciences morales, Brunschvicg est l’une des figures marquantes de la philosophie française du début de ce siècle. Il a soutenu dans ses nombreux ouvrages une conception intellectualiste et rationaliste qui s’inscrit dans le prolongement des thèses de Platon, Descartes, Spinoza, et Kant, par la place accordée à l’intelligence mathématique comme source d’inspiration pour la résolution des problèmes philosophiques les plus généraux.

Bien que l’œuvre piagétienne ne se conçoit pas en l’absence de celles d’auteurs tels que Bergson, Janet, Emile Meyerson et bien d’autres, Brunschvicg peut être considéré comme l’auteur qui a le plus marqué les thèses fondamentales de Piaget. Des notions aussi décisives que celles d’activité du sujet ou de construction du réel sont l’héritage direct des travaux philosophiques et épistémologiques de Brunschvicg. D’autre part, cet auteur est celui qui a fourni à Piaget certains de ses choix philosophiques de base qui donnent une partie de sa signification au constructivisme épistémologique. Complétée par de longues études historico-critiques sur les étapes de la philosophie des mathématiques, les rapports entre l’expérience humaine et la causalité physique ou encore le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale, l’analyse réflexive de l’activité intellectuelle a abouti à soutenir une forme d’idéalisme critique et d’immanentisme intellectuel, moral et religieux, qui est une adaptation des deux grandes doctrines de Platon et de Kant au développement des sciences mathématiques et physiques. Cette conception se retrouve chez Piaget, à quelques nuances près qui tiennent à l’ancrage disciplinaire des deux auteurs, l’un se voulant d’abord philosophe, l’autre biologiste, au sens le plus large du terme (qui inclut la psychologie). Aujourd’hui méconnu, Brunschvicg a compté parmi ses élèves non seulement Piaget, mais aussi Bachelard et Gonseth.

Parmi les nombreux ouvrages de Brunschvicg, citons, outre sa thèse sur "La modalité du jugement" (1897), "Spinoza et ses contemporains" (1894), "Introduction à la vie de l’esprit" (1900), "Les étapes de la philosophie mathématique" (1912), "L’expérience humaine et la causalité physique" (1922) et "Le progrès de la conscience dans la philosophie occidentale" (1927).

Plusieurs ouvrages de Brunschvicg sont téléchargeables ici


Bühler Karl
( 1879 - 1963 )
Psychologue autrichien
Karl Bühler appartient au courant de la psychologie de la pensée qui, conformément à la philosophie des actes de conscience dont il est issu, a fortement souligné le rôle des intentions, des orientations ou des "schèmes anticipateurs" de la conscience dans la structuration du contenu de cette même conscience. La pensée se caractérise selon lui par trois types différents basés sur la conscience des règles, la conscience des relations et la conscience de l’intention. Bühler est connu dans l’histoire de la psychologie pour avoir découvert "l’insight", qu’il appelait "Aha-Erlebnis", dans ses recherches sur la résolution de problème.
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Psychologue autrichien
Epoux de Charlotte Bühler, bien connue en psychologie de l’enfant, Karl Bühler appartient au courant de la psychologie de la pensée qui, conformément à la philosophie des actes de conscience dont il est issu, a fortement souligné le rôle des intentions, des orientations ou des "schèmes anticipateurs" de la conscience dans la structuration du contenu de cette même conscience.

Outre des intérêts pour la psychologie comparative et les processus de perception, Bühler s’attache particulièrement à l’étude du développement. Aimant théoriser par triade, il distingue trois étapes incarnées par les concepts d’instinct, d’habitude et d’intellect. De plus la pensée se caractérise selon lui par trois types différents basés sur la conscience des règles, la conscience des relations et la conscience de l’intention. Il privilégie des mécanismes de développement ancrés dans le biologique aux dépens de déterminations sociales du comportement.

K. Bühler est par ailleurs connu dans l’histoire de la psychologie pour avoir découvert "l’insight", qu’il appelait "Aha-Erlebnis", dans ses recherches sur la résolution de problème. Bühler s’est opposé à l’interprétation que les gestaltistes, et en particulier Köhler, ont fait de ce phénomène observé également dans les comportements intelligents des singes supérieurs. Alors que Köhler concevait l’insight comme une réorganisation du champ perceptif s’expliquant par des lois d’équilibre interne aux configurations de neurones, pour Bühler il s’agissait d’un processus d’intuition purement intellectuelle, et donc interne à la pensée.

"Die Geistige Entwicklung des Kindes" (1918), et "Umriss der Seelischen Entwicklung des Kindes" (1930) représentent ses contributions majeures à la psychologie de l’enfant.


Burt Cyril
( 1883 - 1971 )
Psychologue anglais

Après avoir complété ses études en psychologie, Burt séjourna quelque temps au laboratoire de Külpe à l’Université de Würzburg. En 1913 il fut engagé au London County Council pour identifier les enfants nécessitant une éducation spéciale ainsi que la sélection d’élèves particulièrement doués. Dans ce cadre il élabora un certain nombre de tests mentaux. Il poursuivit ce travail psychométrique jusqu’à sa nomination à l’Université de Londres où il occupa la chaire de Charles Spearman et où il a contribué au développement de techniques d’analyse factorielle permettant de mettre en évidence différents facteurs de l’intelligence complétant le fameux facteur G de Spearman (influencées par Francis Galton, les idées de Burt sont marquées par la croyance au rôle primordial des facteurs héréditaires, à l’origine des différences d’intelligence entre les individus).
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Cyril Burt (1883-1971). Psychologue anglais

Après avoir complété ses études en psychologie, Burt séjourna quelque temps au laboratoire de Külpe à l’Université de Würzburg. En 1913 il fut engagé au London County Council pour identifier les enfants nécessitant une éducation spéciale ainsi que la sélection d’élèves particulièrement doués. Dans ce cadre il élabora un certain nombre de tests mentaux. Il poursuivit ce travail psychométrique jusqu’à sa nomination à l’Université de Londres où il occupa la chaire de Charles Spearman et où il a contribué au développement de techniques d’analyse factorielle permettant de mettre en évidence différents facteurs de l’intelligence complétant le fameux facteur G de Spearman (influencées par Francis Galton, les idées de Burt sont marquées par la croyance au rôle primordial des facteurs héréditaires, à l’origine des différences d’intelligence entre les individus). A sa retraite en 1950 il continua durant 21 ans de publier des textes théoriques et d’exploiter les données recueillies durant sa carrière de chercheur. Sa réputation s’est trouvée ternie à la suite de la découverte, après sa mort, de la tricherie qui l’a conduit à décrire des données et inventer des sujets qui n’ont jamais existé.

Certains tests développés par Burt pour mesurer l’intelligence des enfants ont joué un rôle non négligeable dans la création par Piaget d’une psychologie génétique renouvelée. C’est en détournant ces tests de leur fin, et en procédant à une analyse qualitative des réponses des enfants qu’il interrogeait vers 1920 à Paris, que Piaget a pu réaliser ses premières découvertes sur la logique de la pensée enfantine.

"The measurement of mental capacities" (1927), "The backward child" (1937) et "The factors of the mind" (1940) résument l’essentiel de sa pensée.


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C

Cellérier Guy
( 1935 -      )
Biologiste et cybernéticien suisse

Licencié en droit et en biologie, docteur en psychologie avec une thèse remarquable sur l’épistémologie de la cybernétique, Cellérier a découvert Piaget à l’occasion d’une étude sur les fondements du droit international poursuivie en vue d’une thèse en philosophie juridique. Très vite captivé par l’épistémologie génétique, il deviendra l’un des plus proches collaborateurs de Piaget. Une bonne part de ses efforts de recherche vont consister à réinterpréter le mécanisme d’équilibration cognitive en des termes plus proches de ceux du darwinisme, mais sans que soient abandonnées les notions constructivistes propres à la thèse piagétienne. C’est vers une synthèse de la théorie piagétienne de l’équilibration et d’une théorie néo-darwinienne des processus évolutifs que tend l’effort théorique de Cellérier, synthèse réalisée au moyen des concepts de la cyberntique et de l’intelligence artificielle.
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Guy Cellérier (1935-). Biologiste et cybernéticien suisse

Licencié en droit et en biologie, docteur en psychologie avec une thèse remarquable sur l’épistémologie de la cybernétique, Cellérier a découvert Piaget à l’occasion d’une étude sur les fondements du droit international poursuivie en vue d’une thèse en philosophie juridique. Très vite captivé par l’épistémologie génétique, il deviendra l’un des proches collaborateurs de Piaget.

Excellent connaisseur à la fois de la biologie contemporaine, et spécialement de l’ensemble des théories de l’évolution issues de la révolution apportée par la biologie moléculaire (les travaux de Jacques Monod, etc.), mais aussi de la cybernétique et de l’intelligence artificielle qu’il a d’abord connue grâce à l’enseignement de Seymour Papert, Cellérier cherchera à reconstruire les thèses fondamentales du constructivisme de Piaget à partir de deux idées de base. La première est celle de l’importance de la fonction dans toutes les sciences du vivant: l’analyse fonctionnelle et les notions qui la concernent (la coordination des moyens et des fins, les régulations, la notion de schème, etc.) passent au premier plan par rapport aux analyses structurales que privilégiait Piaget. Quant à la seconde idée de base, elle concerne l’opposition entre le lamarckisme et le darwinisme, si importante dans l’élaboration de l’oeuvre piagétienne.

Contrairement à Piaget, qui pendant longtemps a quelque peu sous-estimé le caractère cybernétique et la complexité des explications darwiniennes contemporaines, Cellérier a toujours été convaincu qu’avec la sélection naturelle Darwin a mis le doigt sur un mécanisme de construction d’une portée très générale. Dès lors une bonne part de ses efforts de recherche vont consister à réinterpréter le mécanisme d’équilibration cognitive en des termes plus proches de ceux du darwinisme, mais sans que soient abandonnées les notions constructivistes propres à la thèse piagétienne. C’est ainsi vers une synthèse de la théorie piagétienne de l’équilibration et d’une théorie néo-darwinienne des processus évolutifs que tend l’effort théorique de Cellérier, synthèse réalisée au moyen des concepts de la cybernétique et de l’intelligence artificielle.

En plus de sa thèse sur "L’épistémologie de la cybernétique", dans laquelle sont classées et analysées les différents types de machines concevables selon l’hypothèse épistémologique adoptée au sujet de l’origine des connaissances (l’empirisme, le préformisme, etc.), et en plus de nombreux articles, Cellérier a publié sous le titre "Piaget" un ouvrage d’introduction à l’oeuvre psychologique et épistémologique de Piaget. Cellérier, Inhelder et leurs collaborateurs ont par ailleurs publié en 1992 "Le cheminement des découvertes chez l’enfant", dans lequel l’accent est mis sur le constructivisme psychologique, en complémentarité avec le constructivisme principalement épistémologique développé par Piaget.


Claparède Edouard
( 1873 - 1940 )
Psychologue suisse.

S’intéressant très tôt à la biologie et à la zoologie, Claparède entreprend des études de médecine couronnées par un doctorat en 1897. Parallèlement il s’oriente vers la psychologie et devient en 1904 directeur du laboratoire de psychologie à la faculté des sciences de l’université de Genève. Il y occupera la chaire de psychologie jusqu’à sa mort. Il crée en 1912 l’école des sciences de l’éducation (Institut J.-J. Rousseau). Ses intérêts ont été très divers au cours de sa carrière. Il aborde des questions de perception, de psychologie animale, de psychologie juridique (il étudie en détail les mécanismes du témoignage), de psychologie de l’enfant, de pédagogie, etc. Ses idées sont marquées par le concept de fonction adaptative issu de ses préoccupations biologiques qu’il applique à la vie mentale.
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Edouard Claparède (1873-1940). Psychologue suisse.

Sintéressant très tôt à la biologie et à la zoologie, Claparède entreprend des études de médecine couronnées par un doctorat en 1897. Parallèlement il s’oriente vers la psychologie et devient en 1904 directeur du laboratoire de psychologie à la faculté des sciences de l’université de Genève. Il y occupera la chaire de psychologie jusqu’à sa mort. Il crée en 1912 l’école des sciences de l’éducation (Institut J.-J. Rousseau). Ses intérêts ont été très divers au cours de sa carrière. Il aborde des questions de perception, de psychologie animale, de psychologie juridique (il étudie en détail les mécanismes du témoignage), de psychologie de l’enfant, de pédagogie, etc. Ses idées sont marquées par le concept de fonction adaptative issu de ses préoccupations biologiques qu’il applique à la vie mentale. S’opposant aux théories associationnistes, Claparède montre que l’intelligence est une fonction active d’adaptation aux situations nouvelles. Face à une situation inconnue le sujet procède à des tâtonnements qui l’orientent dans la recherche d’hypothèses à vérifier.

Claparède est l’un des deux ou trois psychologues qui ont profondément nourri la psychologie de Piaget, notamment par sa psychologie de l’enfant et par sa psychologie de l’intelligence. Il y a certes chez les deux auteurs une approche plus complémentaire qu’identique par rapport au développement ou au fonctionnement de l’intelligence, dans la mesure où Claparède insiste bien davantage sur la dimension fonctionnelle de l’intelligence que sur son organisation ou sa structure. Pourtant, en étudiant des processus comme la prise de conscience ou la résolution de problème, Claparède a abouti à des résultats que Piaget n’aura aucune peine à intégrer dans sa psychologie; ces processus sont en effet des composantes des mécanismes de construction cognitive.

Mais c’est peut-être surtout comme fondateur et comme directeur de l’Institut Jean-Jacques Rousseau que Claparède a pu jouer un rôle de tout premier plan par rapport aux activités de Piaget en psychologie. Non seulement il lui a offert dès 1921 une charge de chef de travaux à l’Institut qui lui a permis de pouvoir très rapidement réaliser de nombreuses recherches sur la genèse des notions scientifiques, mais de plus la notoriété de Claparède, ainsi que les très nombreux échanges qu’il avait avec les psychologues du monde entier, ont facilité une reconnaissance quasi immédiate de son jeune collègue, alors très vite considéré comme un leader en psychologie génétique de l’intelligence.

Les principaux ouvrages de Claparède sont "L’association des idées" (1903), "Psychologie de l’enfant et pédagogie expérimentale" (1909), "L’éducation fonctionnelle" (1931) et un mémoire portant sur "La genèse de l’hypothèse" (1933).

On trouve dans les Archives de la Radio Télévision Suisse Romande (RTSR) l’enregistrement d'une entretien dans lequel Piaget évoque brièvement, en plus de quelques souvenirs personnels, l’important apport de Claparède à la psychologie et à la pédagogie. Souvenirs de Piaget lors du centenaire de la naissance de Claparède


Comte Auguste
( 1798 - 1857 )
Mathématicien et philosophe français

Père de la sociologie française et auteur d’un impressionnant "Cours de philosophie positive" qui a profondément marqué la conception que bien des philosophes et des savants du dix-neuvième siècle se sont faite de la science, Comte est le fondateur du positivisme, doctrine. La science doit avoir pour seul objectif la découverte expérimentale des lois naturelles reliant spatialement et temporellement les phénomènes les uns aux autres. Comte est également l’auteur d’une classification linéaire des sciences qui fait reposer les sciences biologiques sur les sciences physico-chimiques, et celles-ci sur les sciences mathématiques conçues comme les plus abstraites et les plus générales.
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Auguste Comte (1798-1857). Mathématicien et philosophe français

Père de la sociologie française et auteur d’un impressionnant "Cours de philosophie positive" qui a profondément marqué la conception que bien des philosophes et des savants du dix-neuvième siècle se sont faite de la science, Comte est le fondateur du positivisme, doctrine qui, entre autres, consiste à fixer des barrières rigides à la science. Pour lui, toute tentative d’expliquer les phénomènes naturels relève de la métaphysique, c’est-à-dire d’une approche dépassée de la réalité (Comte distinguait trois étapes, religieuse, métaphysique et positive, dans la marche historique des connaissances). La science doit avoir pour seul objectif la découverte expérimentale des lois naturelles reliant spatialement et temporellement les phénomènes les uns aux autres. Comte est également l’auteur d’une classification linéaire des sciences qui fait reposer les sciences biologiques sur les sciences physico-chimiques, et celles-ci sur les sciences mathématiques conçues comme les plus abstraites et les plus générales.

Tout en admettant lui aussi que seule la science et ses précurseurs dans le développement de l’intelligence humaine peuvent être source de connaissances objectives, Piaget rejettera toute attitude positiviste conduisant à délimiter par avance le champ des phénomènes susceptibles d’être connus, ainsi qu’à nier l’existence d’une véritable explication des phénomènes. En ce qui concerne la classification des sciences établie par Comte, Piaget, tout en s’appuyant en partie sur l’analyse comtienne des rapports entre les sciences, s’opposera cependant à sa conception linéaire en lui substituant la notion de cercle des sciences et en suggérant l’idée de deux mouvements contraires de réduction des sciences les unes par rapport aux autres.

Parmi les principaux ouvrages de Comte, outre son "Cours de philosophie positive" (6 volumes, 1839-1842), citons le "Discours sur l’esprit positif" (1844), le "Système de politique positive" (1852-1854) et le "Catéchisme positiviste" (1852).


Cope Edward
( 1840 - 1897 )
Paléontologiste et naturaliste américain

Cope est l’un des plus importants chefs de fil du néo-lamarckisme dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Il est en particulier le premier à avoir insisté sur le rôle que peuvent jouer le comportement conscient et l’adaptation active des organismes à leur milieu dans l’évolution des formes biologiques (la "cinétogenèse").
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Edward Drinker Cope (1840-1897). Paléontologiste et naturaliste américain

Cope est l’un des plus importants chefs de fil du néo-lamarckisme dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Il est en particulier le premier à avoir insisté sur le rôle que peuvent jouer le comportement conscient et l’adaptation active des organismes à leur milieu dans l’évolution des formes biologiques (la "cinétogenèse"). Cope a proposé une explication totalement spéculative et pour le moins audacieuse de la façon dont cette adaptation active de lorganisme peut diriger l’évolution des espèces. Selon lui, la conscience est présente dès les formes les plus primitives de vie. Les efforts conscients produits par l’organisme pour s’adapter à son milieu se traduisent d’abord dans le protoplasme des cellules impliquées par ses mouvements, puis dans celui des cellules germinales. Il s’ensuit une modification du patrimoine héréditaire, ou du "plasma germinatif", qui constitue alors le "souvenir inconscient" de ce qui était au départ composé des mouvements adaptatifs conscients des organismes.

Cope a présenté sa conception de l’évolution dans son ouvrage: "The primary factors of organic evolution" (1904).


Cournot Antoine-Augustin
( 1801 - 1877 )
Philosophe et mathématicien français

Longtemps méconnu, Cournot (1801-1877) peut-être considéré comme l’un des pionniers de cette école française de philosophie critique des sciences qui a énormément marqué la formation de la pensée de Piaget. Publié en 1861, son "Traité de l’enchaînement des idées fondamentales dans les sciences et dans l’histoire" relève typiquement de cette épistémologie historico-critique que développeront au début du vingtième siècle des auteurs comme Brunschvicg ou Meyerson.
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Antoine-Augustin Cournot (1801-1877). Philosophe et mathématicien français

Longtemps méconnu, Cournot (1801-1877) peut-être considéré comme l’un des pionniers de cette école française de philosophie critique des sciences qui a énormément marqué la formation de la pensée de Piaget. Publié en 1861, son "Traité de l’enchaînement des idées fondamentales dans les sciences et dans l’histoire" relève typiquement de cette épistémologie historico-critique que développeront au début du vingtième siècle des auteurs comme Brunschvicg ou Meyerson. D’autre part la définition du hasard que propose Cournot à la suite de ses recherches sur le calcul des probabilités sera celle-là même que reprendra Piaget près d’un siècle plus tard. Selon cette définition le hasard ne serait rien d’autre que la rencontre de séries causales indépendantes, comme l’illustre l’exemple tragico-comique de la tuile tombant sur la tête d’un passant.

Parmi ses principaux ouvrages, citons, en plus du "Traité sur l’enchaînement des idées", "Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses" (1838), les "Considérations sur la marche des idées dans les temps modernes" (1872), ainsi que "Matérialisme, vitalisme, rationalisme" (1875).


Coutagne Georges
( 1854 - 1928 )
Biologiste, spécialiste en malacologie et en génétique, Georges Coutagne, participe au courant français soutenant la thèse néo-lamarckienne de l'hérédité des caractères acquis. Ce qui ne l'a pas empêché de vérifier les lois mendéliennes de transmission des caractères héréditaires dans ses travaux expérimentaux sur les Vers à soie.

Couturat Louis
( 1868 - 1914 )
Philosophe et mathématicien français

Après des études universitaires en mathématiques au cours desquelles il a suivi les enseignements de Jules Tannery ,de Henri Poincaté, de Emile Picard et de Camille Jordan, les préoccupations d’ordre philosophique de Couturat l’amenèrent à soutenir en 1896 une thèse sur l’infini mathématique dans laquelle il affirme, contre le criticisme kantien, l’existence de l’infini actuel. Membre important de l'école française de philosophie et d'histoire des sciences du début du vingtième siècle, Couturat se caractérise par la place qu’il accorde à la logique mathématique dans ses travaux.
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Louis Couturat (1868-1914). Philosophe et mathématicien français

Après des études universitaires en mathématiques au cours desquelles il a suivi les enseignements de Jules Tannery, de Henri Poincaté, de Emile Picard et de Camille Jordan, les préoccupations majeures d’ordre philosophique et mathématique de Couturat l’amenèrent à soutenir en 1896 une thèse sur l’infini mathématique dans laquelle il affirme, contre le criticisme kantien, l’existence de l’infini actuel. Bien que membre de cette école française de philosophie des sciences qui a profondément marqué la formation de la pensée de Piaget, Couturat s’en distingue par la place qu’il accorde à la logique mathématique dans ses travaux. L’attention portée à cette discipline le conduit à faire connaître aux savants et philosophes de langue française les importantes recherches réalisées à la fin du dix-neuvième siècle par les logiciens allemands, anglais ou italiens (en France, la logique ne rencontre qu’un faible succès, à l’opposé des recherches mathématiques). Il suit ainsi de près, et expose dans des articles et des ouvrages tout à la fois profonds et de lecture relativement aisée, d’abord le développement de l’algèbre logique, puis l’essor du courant logiciste chez Russell. Couturat a ainsi soutenu au début du vingtième siècle une forme leibnizienne puis platonicienne de rationalisme tendant à nier le rôle de l’activité du sujet dans la constitution des êtres logico-mathématiques. Bien que Piaget ne suivra pas Couturat sur ce point, il a énormément bénéficié de l’effort réalisé par le philosophe français pour exposer avec clarté les progrès de la logique mathématique.

En plus de sa thèse sur "L’infini mathématique" (1896), trois ouvrages sont à retenir dans la production scientifique de Couturat: "La logique de Leibniz" (1901), "l’Algèbre de la Logique" (1905) et "Les principes des mathématiques" (1905).


Cuénot Lucien
( 1866 - 1951 )
Naturaliste et biologiste français

Cuénot fait partie de ce petit nombre de biologistes qui ont redécouvert les lois de Mendel au début du vingtième siècle. Il appartient aussi au courant du mutationnisme en biologie : les nouvelles espèces naissent des anciennes grâce à des mutations pouvant aller dans toutes les directions. La sélection naturelle a pour seul effet de supprimer les mutations non viables, ou d’affiner les nouveaux caractères qui surgissent brusquement. Mais Cuénot reconnaît que le mutationnisme ne peut à lui seul expliquer certaines adaptations complexes. Pour rendre compte de ces dernières, il évoque, sans chercher à en préciser davantage la notion, l’intervention d’une intelligence interne au vivant et capable de guider les mutations.
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Lucien Cuénot (1866-1951). Naturaliste et biologiste français

Cuénot fait partie de ce petit nombre de biologistes qui ont redécouvert les lois de Mendel au début du vingtième siècle. Il appartient aussi au courant du mutationnisme en biologie : les nouvelles espèces naissent des anciennes grâce à des mutations pouvant aller dans toutes les directions. La sélection naturelle a pour seul effet de supprimer les mutations non viables, ou d’affiner les nouveaux caractères qui surgissent brusquement. Mais Cuénot reconnaît que le mutationnisme ne peut à lui seul expliquer certaines adaptations complexes. Pour rendre compte de ces dernières, il évoque, sans chercher à en préciser davantage la notion, l’intervention d’une intelligence interne au vivant et capable de guider les mutations.

Des publications de Cuénot, mentionnons son article de 1902 sur "La loi de Mendel et l’hérédité de la pigmentation chez les souris", ainsi que son livre sur "La genèse des espèces animales" (2e éd. 1921).


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D

le Dantec Félix-Alexandre
( 1869 - 1917 )
Biologiste français

Collaborateur de l’Institut Pasteur, où il étudie le comportement biologique des organismes monocellulaires, chargé par Pasteur de fonder le laboratoire pour l’étude de la fièvre jaune au Brésil, chargé du cours d’embryologie générale à la Sorbonne dès 1899, le Dantec n’a jamais cessé au cours de sa brève carrière d’imaginer des théories générales de l’adaptation et de l’évolution des organismes. Il est ainsi l’auteur d’un grand nombre de publications largement diffusées et qui contiennent une foule de conceptions, le plus généralement spéculatives, sur ces deux phénomènes.
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Félix-Alexandre le Dantec (1869-1917). Biologiste français

Collaborateur de l’Institut Pasteur, où il étudie le comportement biologique des organismes monocellulaires, chargé par Pasteur de fonder le laboratoire pour l’étude de la fièvre jaune au Brésil, chargé du cours d’embryologie générale à la Sorbonne dès 1899, le Dantec n’a jamais cessé au cours de sa brève carrière d’imaginer des théories générales de l’adaptation et de l’évolution des organismes. Il est ainsi l’auteur d’un grand nombre de publications largement diffusées et qui contiennent une foule de conceptions, le plus généralement spéculatives, sur ces deux phénomènes qui, un peu plus tard, retiendront l’attention du jeune Piaget.

Le Dantec était un ardent défenseur du lamarckisme en biologie, mais d’un lamarckisme résolument matérialiste et n’hésitant pas à emprunter au camp adverse des darwiniens certains de leur concepts les plus importants (dont ceux de lutte pour la vie et de sélection) pour les appliquer au fonctionnement des organismes individuels. Si Piaget se refusera à suivre le matérialisme du biologiste français, ainsi que les thèses très pessimistes qu’il tire de sa biologie en ce qui concerne la morale humaine, fondée selon lui sur "l’égoïsme, base de toute société" (titre de l’un de ses livres), il n’en retiendra pas moins certains concepts de base de sa biologie, dont celui d’assimilation. La vie pour Piaget comme pour le Dantec est essentiellement un processus d’assimilation, et c’est à partir de là que l’un comme l’autre s’efforceront d’élaborer des conceptions couvrant la quasi-totalité des phénomènes biologiques et psychologiques, à une nuance près qui est tout sauf négligeable: là où le Dantec n’a jamais cessé de spéculer, Piaget a passé la plus grande partie de son temps à rassembler des faits lui permettant de justifier, au moins sur le plan psychologique, ce rôle crucial de l’assimilation, qui lui a permis d’intégrer sans difficulté l’apriorisme kantien, alors entendu en un sens révisé et élargi. La référence à Le Dantec est restée importante tout au long de la construction de la théorie constructiviste piagétienne, comme le montre l'évocation par Piaget en 1975 encore (p. 29 de JP75) de l'équation fondamentale par laquelle le biologiste français définissait le vivant par opposition à la matière inerte.

Parmi les nombreux ouvrages de le Dantec, citons sa thèse sur "La digestion intracellulaire" (1893), "La matière vivante" (1895), "Théorie nouvelle de la vie" (1896), "Evolution individuelle et hérédité" (1898), "Lamarckiens et darwiniens" (1900), "Traité de biologie" (1903), "La crise du transformisme" (1910), "La stabilité de la vie. Etude énergétique de l’évolution des espèces" (1910), "L’égoïsme, base de toute société" (1911), "La science de la vie" (1912), et "Savoir! Considérations sur la méthode scientifique, la guerre et la morale" (1917).


Darwin Charles-Robert
( 1809 - 1882 )
Naturaliste anglais

Darwin est généralement, et avec raison, rangé parmi les rares savants dont les travaux et les conceptions ont bouleversé l’image de l’homme dans la nature. Il a été en effet le premier à accumuler sur une large échelle les indices empiriques confortant l’idée évolutionniste, et surtout il est le premier à avoir adopté une explication entièrement naturelle de l’évolution. Cette explication repose pour l’essentiel sur la thèse de la sélection naturelle selon laquelle l’adaptation parfois extraordinaire des êtres vivants au milieu dans lesquels ils vivent découle des avantages qu’ont les organismes héréditairement dotés de façon purement contingente d’une capacité légèrement supérieure de survivre et de se reproduire dans les conditions imposées par les ressources limitées offertes par ce milieu.
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Charles-Robert Darwin (1809-1882). Naturaliste anglais

Darwin est généralement, et avec raison, rangé parmi les rares savants dont les travaux et les conceptions ont bouleversé l’image de l’homme dans la nature. Même s’il a été précédé par le naturaliste et biologiste français Lamarck, qui, dès le début du dix-neuvième, a soutenu la thèse de l’évolution des espèces, Darwin a été en effet le premier à accumuler sur une large échelle les indices empiriques confortant l’idée évolutionniste, et surtout il est le premier à avoir adopté une explication entièrement naturelle de l’évolution (alors que Lamarck réservait encore une place dans cette évolution à une notion de "plan de la nature" laissant supposer l’existence d’un créateur extérieur). Cette explication repose pour l’essentiel sur la thèse de la sélection naturelle selon laquelle l’adaptation parfois extraordinaire des êtres vivants au milieu dans lesquels ils vivent découle des avantages qu’ont les organismes héréditairement dotés de façon purement contingente d’une capacité légèrement supérieure de survivre et de se reproduire dans les conditions imposées par les ressources limitées offertes par ce milieu.

Même si Piaget se refusera toujours à admettre la sélection naturelle comme mécanisme explicatif principal de l’évolution et de l’adaptation des êtres vivants, il est évident que son œuvre est pour une part le résultat du bouleversement apporté par le naturaliste anglais à l’image que l’homme se faisait de sa place dans la nature, ou, en d’autres termes, de la thèse, qui diffusera alors très vite, de l’existence d’une véritable transformation des espèces.

Parmi les nombreux ouvrages de Darwin mentionnons, en plus de celui, célèbre, sur "L’origine des espèces" (1859), "La descendance de l’homme et la sélection sexuelle" (1871) et "L’expression des émotions chez l’homme et les animaux" (1873).

Lien URL: http://www.aboutdarwin.com/


Dedekind Richard
( 1831 - 1916 )
Mathématicien allemand

Elève de Gauss, dont il édite le traité sur la théorie des nombres, professeur à partir de 1857 au Polytechnicum de Zürich, Dedekind est l’un des mathématiciens qui a profondément fait progresser la science mathématique dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle en s’intéressant au problème des fondements de la mathématique, et en particulier de la théorie des nombres.
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Richard Dedekind (1831-1916). Mathématicien allemand

Elève de Gauss, dont il édite le traité sur la théorie des nombres, professeur à partir de 1857 au Polytechnicum de Zürich, Dedekind est l’un des mathématiciens qui a profondément fait progresser la science mathématique dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle en s’intéressant au problème des fondements de la mathématique, et en particulier de la théorie des nombres. En 1872 il publie un article sur les rapports entre le continu et les nombres irrationnels dans lequel il propose une nouvelle définition de ces derniers, basée sur la notion de coupure. Introduite dans l’ensemble des nombres rationnels, une coupure permet de distinguer le sous-ensemble des nombres plus petits ou égaux à l’élément faisant coupure, du sous-ensemble formé par les nombres plus grands. Chaque nombre rationnel établit une telle coupure. Mais des coupures peuvent également être introduites par cette même définition sans qu’il n’y corresponde aucun nombre rationnel. Ces coupures sont dites alors irrationnelles.

En 1888 le mathématicien allemand publie un second article plus fondamental encore dans lequel il apporte une définition du nombre entier naturel basée sur cette notion d’ensemble que, de son côté, Cantor, ami de Dedekind et créateur de la théorie de ensembles, développe pour en faire la base de toute la mathématique. Le titre original de l’article de 1888 est "Was sind ou was sollen die Zahlen?" (traduit en français par "Nature et signification des nombres").

Lien URL: http://www-history.mcs.st-andrews.ac.uk/Mathematicians/Dedekind.html


Descartes René
( 1596 - 1650 )
Philosophe et mathématicien français

Comme Platon, Aristote et Kant, Descartes appartient à ce petit groupe de savants et philosophes qui, non seulement ont profondément marqué l’évolution des sciences et de la philosophie, mais ont également plus ou moins directement contribué à la formation de la pensée du jeune Piaget, et dont les thèses éclairent la psychologie et l’épistémologie génétiques du savant suisse.
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Ren Descartes (1596-1650). Philosophe et mathématicien français

Comme Platon, Aristote et Kant, Descartes appartient à ce petit groupe de savants et philosophes qui, non seulement ont profondément marqué l’évolution des sciences et de la philosophie, mais ont également plus ou moins directement contribué à la formation de la pensée du jeune Piaget, et dont les thèses éclairent la psychologie et l’épistémologie génétiques du savant suisse.

Bien que Descartes soit l’auteur d’une conception épistémologique, l’innéisme philosophique, auquel Piaget ne se ralliera pas, ses réflexions l’ont entraîné à mettre en lumière de façon particulièrement claire l’activité du sujet au sein de la pensée. Lorsque, trois siècles après le philosophe, Piaget utilisera la notion de sujet, ce sont bien les méditations cartésiennes et la découverte du fameux "je pense" qui donneront partiellement sens à cet usage. Par ailleurs les travaux d’algèbre et de gométrie réalisés par le philosophe, et les réflexions méthodologiques qu’il a développées à leur propos, l’ont conduit à montrer l’importance des opérations du mathématicien dans la résolution des problèmes mathématiques. Là encore il est vraisemblable que l’usage par Piaget de la notion d’opération soit en partie éclairé par l’approche originale de la géométrie adoptée par Descartes, et qui met au premier plan le "faire", l’activité productrice.

Parmi les publications de Descartes, citons, à côté du fameux "Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité à travers les sciences" (1637), le texte tout aussi important sur la "Géométrie", de 1637 également, dans lequel l’auteur crée la géométrie analytique en mettant en correspondance la science euclidienne de l’espace et l’algèbre numérique.

Lien URL: http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Rene_Descartes


Duhem Pierre
( 1861 - 1916 )
Physicien, historien et philosophe des sciences français

Comme historien des sciences, Duhem a réalisé d’importants travaux sur l’évolution de la cosmologie et de la physique, de Platon à Copernic. Adoptant sans réserve le catholicisme, une grande partie de ses études d’histoire et de philosophie des sciences ont pour but de soutenir une conception de la connaissance scientifique qui soit en accord complet avec l’enseignement de l’église. Duhem a été ainsi conduit à adopter une forme radicale de conventionnalisme selon laquelle les principes de base d’une science sont de pures conventions, sans portée de réalité.
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Pierre Duhem (1861-1916). Physicien, historien et philosophe des sciences français

Comme historien des sciences, Duhem a réalisé d’importants travaux sur l’évolution de la cosmologie et de la physique, de Platon à Copernic. Adoptant sans réserve le catholicisme, une grande partie de ses études d’histoire et de philosophie des sciences ont pour but de soutenir une conception de la connaissance scientifique qui soit en accord complet avec l’enseignement de l’église. Duhem a été ainsi conduit à adopter une forme radicale de conventionnalisme selon laquelle les principes de base d’une science sont de pures conventions, sans portée de réalité.

Anticipant sur certains travaux récents de philosophie des sciences, Duhem a par ailleurs soutenu la thèse selon laquelle il n’existe pas en science d’expérience cruciale permettant de vérifier ou d’invalider définitivement une théorie scientifique. La science peut bien privilégier une explication plutôt qu’une autre en ce qui concerne un ensemble de phénomènes (comme par exemple les mouvements des corps célestes); mais l’hypothèse qu’elle adopte (en l’occurrence l’hypothèse copernicienne du mouvement de la terre autour du soleil) ne peut prétendre décrire ce qu’est réellement la réalit étudiée.

Il n’y a pas de doute que les analyses entreprises par Duhem contiennent une large part de vérité, et Piaget lui-même utilisera dans ses recherches sur l’adaptation des limnées l’argument de l’impossibilité de réaliser des expériences cruciales permettant de trancher définitivement entre deux théories contradictoires (en ce cas, le lamarckisme et le darwinisme). Mais la façon dont le philosophe français nie toute portée de réalité aux hypothèses scientifiques le fait tomber dans le même piège que certains hommes d’église du quinzième siècle (le cardinal Bellarmin notamment), dont la bienveillance envers Copernic ne les a pas empêchés de minimiser ou d’ignorer la portée de ses travaux. La conception conventionnaliste et dévalorisante de la science adoptée par Duhem le conduit à minimiser à son tour l’importance des découvertes d’Einstein et à se méprendre sur leur signification.

Parmi les nombreuses publications de Duhem, mentionnons son "Traité élémentaire de mécanique chimique fondée sur la thermodynamique" (1897-1899), son "Evolution de la mécanique" (1903), ses "Etudes sur Léonard de Vinci" (1903-1913), et surtout son imposant "Système du monde, histoire des doctrines cosmologiques, de Platon à Copernic", dont sept volumes sur douze ont été rédigés (1913-1916).

Lien URL: http://www-history.mcs.st-andrews.ac.uk/Biographies/Duhem.html


Duncker Karl
( 1903 - 1940 )
Psychologue allemand

Duncker étudia la psychologie avec Max Wertheimer et Wolfgang Köhler à l’université de Berlin où il soutint sa thèse en 1929. Fuyant le nazisme, il émigre en 1936 à Cambridge avant de partir aux Etats Unis où il enseigne jusqu’à sa mort. Lié autant à l’Ecole de la Gestalt qu’à celle de Würzburg, ses intérêts furent très divers. S’il aborda des questions de perception, de motivation, etc., sa contribution principale réside dans l’étude de la structure et de la dynamique des processus de résolution de problèmes. Il emprunte à Köhler l’idée d’insight comme restructuration des expériences antérieures, et propose le concept de fixité de la pensée qui décrit l’incapacité des sujets à trouver des solutions à des problèmes nouveaux.
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Karl Duncker (1903-1940). Psychologue allemand

Duncker étudia la psychologie avec Max Wertheimer et Wolfgang Köhler à l’universit de Berlin où il soutint sa thèse en 1929. Fuyant le nazisme, il émigre en 1936 à Cambridge avant de partir aux Etats Unis où il enseigne jusqu’à sa mort.

Lié autant à l’Ecole de la Gestalt qu’à celle de Würzburg, ses intérêts furent très divers. S’il aborda des questions de perception, de motivation, etc., sa contribution principale réside dans l’étude de la structure et de la dynamique des processus de résolution de problèmes. Il emprunte à Köhler l’idée dinsight comme restructuration des expériences antérieures, et propose le concept de fixité de la pensée qui décrit l’incapacité des sujets à trouver des solutions à des problèmes nouveaux. Membre de ce mouvement de psychologie de la pensée que Piaget discute dans plusieurs de ses écrits (en particulier dans sa "Psychologie de l’intelligence", de 1947) et dans les "Causeries" reproduites sur ce cédérom, Duncker est, avec Selz, l’un des précurseurs du paradigme de "l’information processing theory" qui a vu le jour aux Etats-Unis au milieu des années cinquante (avec les travaux de A. Newell et de H. Simon notamment).

Parmi les ouvrages de Duncker, mentionnons "Zur Psychologie des Produktiven Denkens" (1935) ("psychologie de la pensée productive"), dans lequel l’auteur propose une fine analyse des mécanismes mentaux de résolution de problèmes.


Durkheim Emile
( 1858 - 1917 )
Philosophe et sociologue français

Philosophe de formation, Durkheim a largement contribué à l’essor de la sociologie scientifique. Tout en s’inscrivant dans la lignée intellectuelle de Comte et de Spencer, Durkheim s’est efforcé de doter la sociologie de méthodes scientifiques d’analyse des faits sociaux (son étude sur le suicide, le recours qu’il y fait aux statistiques, sa classification des formes de suicides, sa recherche des causes sociales de ce phénomène individuel tragique, ont servi de modèle au développement ultérieur de la sociologie).
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Emile Durkheim (1858-1917). Philosophe et sociologue français

Philosophe de formation, Durkheim a largement contribué à l’essor de la sociologie scientifique. Tout en s’inscrivant dans la lignée intellectuelle de Comte et de Spencer, Durkheim s’est efforcé de doter la sociologie de méthodes scientifiques d’analyse des faits sociaux (son étude sur le suicide, le recours qu’il y fait aux statistiques, sa classification des formes de suicides, sa recherche des causes sociales de ce phénomène individuel tragique, ont servi de modèle au développement ultérieur de la sociologie).

Par ailleurs, en opposition à l’approche psychologisante de Tarde, il a cherché à clairement séparer la réalité sociologique de la réalité psychologique au moyen de notions telles que celles de vie collective, de représentation sociale ou de conscience sociale. Ses recherches sur les faits moraux l’ont entraîné à une interprétation sociale de l’origine des normes morales. Le sentiment d’obligation n’est ainsi, selon lui, que la conséquence du poids que font peser la société et son autorité morale sur l’individu. Plus généralement la société serait la source de l’ensemble des règles de la raison auxquelles se soumettent les individus. De même l’universalité des concepts et l’accord des esprits qui en résulte auraient leur source dans le caractère collectif de ces concepts. Dès lors, lorsque dans les années vingt Piaget cherchera dans l’étude psychogénétique l’explication de l’origine des formes et des normes rationnelles, il ne pourra pas ignorer les thèses antipsychologiques de Durkheim à ce sujet, ce d’autant qu’elles sont alors adoptées par un nombre important de chercheurs en sciences sociales, dont Lévy-Bruhl.

Mentionnons parmi les écrits de Durkheim sa thèse, "De la division du travail social" (1893), ses "Règles de la méthode sociologique" (1894), "Le suicide, étude de sociologie" (1897), ainsi que "Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912).

Liens URL:
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Emile_Durkheim
http://atheisme.free.fr/Biographies/Durkheim.htm
http://durkheim.itgo.com/biography.html


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E

Einstein Albert
( 1879 - 1955 )
Physicien allemand, puis suisse

Père de la théorie de la relativité, Einstein est probablement non seulement l’un des deux ou trois plus grands savants du vingtième siècle, mais le plus populaire. Il doit certes une partie de cette popularité à ces engagements sociaux et politiques. Mais ce sont avant tout les impacts que la découverte de la relativité physique a eus à la fois sur le monde de la science et sur ses applications, bénéfiques ou non, qui assurent au physicien allemand, naturalisé suisse en 1901, sa grande popularité. Pourtant, alors qu’une théorie telle celle de Darwin sur la transmission des espèces n’offre pas de véritable difficulté de compréhension, il en va autrement des découvertes d’Einstein. Ce sont les concepts généraux les plus familiers à l’esprit humain adulte, à savoir le temps et l’espace, qui sont alors fondamentalement modifiés par elles.
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Albert Einstein (1879-1955). Physicien allemand, puis suisse

Père de la théorie de la relativité, Einstein est probablement non seulement l’un des deux ou trois plus grands savants du vingtième siècle, mais le plus populaire. Il doit certes une partie de cette popularité à ces engagements sociaux et politiques. Mais ce sont avant tout les impacts que la découverte de la relativité physique a eus à la fois sur le monde de la science et sur ses applications, bénéfiques ou non, qui assurent au physicien allemand, naturalisé suisse en 1901, sa grande popularité. Pourtant, alors qu’une théorie telle celle de Darwin sur la transmission des espèces n’offre pas de véritable difficulté de compréhension, il en va autrement des découvertes d’Einstein. Ce sont les concepts généraux les plus familiers à l’esprit humain adulte, à savoir le temps et l’espace, qui sont alors fondamentalement modifiés par elles.

Contrairement à ce qui s’est passé avec les révolutions copernicienne et darwinienne, la résistance rencontrée par Einstein auprès d’un bon nombre de physiciens et de philosophes aussi brillants que Bergson n’est pas le résultat d’un choc entre science et religion. Elle est purement intellectuelle et tient au fait que le sens commun a toutes les peines du monde à déconstruire le cadre apriori laborieusement acquis au cours de la psychogenèse. La profondeur conceptuelle du remaniement intellectuel auquel ont abouti les travaux scientifiques et les réflexions d’Einstein fournit ainsi la raison pour laquelle ceux-ci ont eu un impact important sur la psychologie et l’épistémologie génétiques, et d’ailleurs déjà sur les études de philosophie des sciences conduites par les précurseurs de Piaget, dont Brunschvicg. La déconstruction à laquelle s’est livrée le physicien permet de mieux comprendre la construction des notions classiques d’espace et, surtout, de temps.

Dans plusieurs de ses écrits (par ex. à la page 45 du 2e volume de sa monumentale Introduction à l'épistémologie génétique), Piaget rappelle d'ailleurs le conseil qu'Einstein lui avait donné (en 1928, lors d'une rencontre à Davos) d'entreprendre l'étude du développement des notions de temps et de vitesse chez l'enfant afin de vérifier s'il n'y aurait pas chez celui-ci comme dans la nouvelle physique relativiste une certaine primauté de la notion de vitesse sur celle de temps…

Les deux écrits originaux sur les théories de la relativité restreinte et de la relativité généralisée datent, l’un de 1905, et l’autre de 1916. En plus de ses écrits de physique, Einstein a publié de nombreuses essais tentant de vulgariser pour un public plus ou moins étendu les concepts de la relativité à des non-physiciens. Mentionnons parmi eux, "La théorie de la relativité restreinte et générale" (1916, traduit en français en 1976), "L’évolution des idées en physique" (rédigé en collaboration avec L. Infeld, publié en français en 1963 et constamment réédité) et enfin "La relativité" (trad. fr. 1956).

Liens URL:
http://www.albert-einstein.org/.index2.html
http://www.westegg.com/einstein/
http://www.alberteinstein.info/


Etienne Ariane
( 1935 - 2010 )
Ethologue suisse

Ariane Etienne a étudié la psychologie et la philosophie à Munich avant de poursuivre ses études à l'Institut des Sciences de l'Education à Genève. Assistante de Piaget et d'Inhelder dès 1958, elle participe aussi à des travaux avec Ajuriaguerra en psychiatrie et Posternak en physiologie. Elle va ensuite se perfectionner en neurophysiologie expérimentale à l'Université de Michigan durant une année, ce qui lui permet d'être acceptée en 1961 au Max Planck Institut für Verhaltensphysiologie à Seewiesen (Allemagne), où elle travaille sous la direction de Konrad Lorenz lui-même, puis d'Erich Von Holst, et finalement du zoologiste Horst Mittelstaedt. Elle commence chez celui-ci une thèse sur la perception de la proie chez les libellules, qu'elle soutiendra à Genève en 1965. À Cambridge pour quelques années, elle s'intéresse à la permanence de l'objet chez le poussin. Engagée à la demande de Piaget pour enseigner l'éthologie, Ariane Etienne revient à Genève en 1972 et est nommée professeure en 1976. Elle s'intéresse désormais à des questions relatives à l'orientation spatiale. Relatifs à des mécanismes peu discutés parmi les psychologues, ses travaux ont pris du relief quand des travaux d'autres équipes, notamment en neurobiologie, ont mis en évidence l'importance cognitive de ces mécanismes, dans le courant des années 90.
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Ethologue suisse

Ariane Etienne a étudié la psychologie et la philosophie à Munich avant de poursuivre ses études à l'Institut des Sciences de l'Education à Genève. Assistante de Piaget et d'Inhelder dès 1958, elle participe aussi à des travaux avec Ajuriaguerra en psychiatrie et Posternak en physiologie. Elle va ensuite se perfectionner en neurophysiologie expérimentale à l'Université de Michigan durant une année, ce qui lui permet d'être acceptée en 1961 dans l'institut le plus prestigieux d'étude du comportement animal de cette époque, le Max Planck Institut für Verhaltensphysiologie à Seewiesen (Allemagne), où elle travaille sur les Anatidés (canards) sous la direction de Konrad Lorenz lui-même, avant de passer sous l'aile d'Erich Von Holst, et finalement du zoologiste Horst Mittelstaedt. Elle commence chez celui-ci une thèse sur la perception de la proie chez les libellules, qu'elle soutiendra à Genève en 1965. Engagée à la demande de Piaget pour y enseigner l'éthologie, elle va cependant passer d'abord quelques années à Cambridge, dans l'unité de Pat Bateson, où elle s'intéresse à la permanence de l'objet chez le poussin, avant de revenir définitivement à Genève en 1972. En 1976, Ariane Etienne est nommée professeure, le laboratoire d'Ethologie est pleinement opérationnel, et ses travaux sur la permanence chez le hamster la mènent fortuitement à s'intéresser à des questions relatives à l'orientation spatiale; c'est cela qui deviendra le domaine d'étude unique du laboratoire jusqu'à sa fermeture en 2001. Relatifs à des mécanismes peu discutés parmi les psychologues, les travaux de l'équipe Etienne sur l'orientation spatiale, restés d'abord marginaux, ont pris du relief quand des travaux d'autres équipes, notamment en neurobiologie, ont mis en évidence l'importance cognitive de ces mécanismes, dans le courant des années 90.

En effet, durant ces années, son équipe a en particulier réalisé des travaux sur un mécanisme d'orientation peu décrit et initialement peu étudié : l'intégration du chemin (ou intégration du trajet), à savoir la capacité que beaucoup d'animaux (y compris l'humain) ont, lors d'un trajet, de calculer, de manière automatique et inconsciente, leur position sur la base de leurs mouvements. Etudier ce mécanisme dans les années 80 était très novateur, car peu de chercheurs en avaient réalisé l'importance. Ce n'est que plus tard, à mesure que des recherches faites par d'autres, notamment en neurobiologie, mettaient de plus en plus en évidence le rôle majeur de ce mécanisme dans l'orientation et la mémoire spatiale, que les études strictement comportementales d'Ariane Etienne ont pris tout leur sens, et ont donné lieu à des publications dans des revues prestigieuses.

Passionnée par la recherche (au point qu'elle avait fait construire à ses frais, dans les sous-sols de sa maison, une réplique en plus petit du laboratoire universitaire, animalerie comprise), Ariane Etienne n'en néglige pas pour autant l'enseignement. Elle jouera un rôle de pionnière en introduisant dans ses cours, outre l'éthologie classique, et les questions issues de son propre domaine de recherche, des concepts d'écologie comportementale et de sociobiologie, tout à fait à l'avant-garde dans le domaine de l'éthologie, alors que ces idées novatrices peinent à s'imposer dans les milieux francophones des études biologiques du comportement, et encore plus parmi les sciences humaines.

Lien URL vers le groupe d'enseignement et de recherche en éthologie créé par Ariane Etienne à l'Université de Genève. Le visiteur peut y découvrir la Liste de ses publications.


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F

Flournoy Théodore
( 1845 - 1920 )
Médecin et psychologue suisse

Flournoy est, avec son neveu Edouard Claparède, celui qui, dès la fin du dix-neuvième siècle, a donné à la psychologie genevoise une renommée internationale. Ami de William James, lecteur de Kant, qu’il enseigne, passionné d’histoire et de philosophie des sciences, il est le premier occupant d’une chaire de psychologie expérimentale existant au sein d’une faculté des sciences, et crée le laboratoire de psychologie de l’université de Genève, où Claparède prendra sa succession en 1904.
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Théodore Flournoy (1845-1920). Médecin et psychologue suisse

Flournoy est, avec son neveu Edouard Claparède, celui qui, dès la fin du dix-neuvième siècle, a donné à la psychologie genevoise une renommée internationale. Ami de William James, lecteur de Kant, qu’il enseigne, passionné d’histoire et de philosophie des sciences, il est le premier occupant d’une chaire de psychologie expérimentale existant au sein d’une faculté des sciences, et crée le laboratoire de psychologie de l’université de Genève, où Claparède prendra sa succession en 1904.

Flournoy a peu écrit comparativement à son neveu, et surtout à Piaget. Mais son premier essai en psychologie, "Métaphysique et psychologie" l’a tout de suite fait connaître à l’étranger. Il y proposait une élégante solution du problème posé par le rapport entre psychologie et physiologie – le parallélisme comme simple hypothèse de travail –, qui sera ultérieurement reprise et révisée par Piaget. Il y proposait aussi des préceptes méthodologiques qui lui ont permis d’aborder, avec une grande ouverture d’esprit, mais avec prudence, l’étude des phénomènes paranormaux (dont le spiritisme, auquel s’intéressait également vivement W. James).

Flournoy est surtout connu en histoire de la psychologie pour la monographie qu’il a consacrée à une médium, dont il a réussi à expliquer les comportements sans aucune hypothèse supranormale. L’analyse qu’il fait de ses comportements est proche des analyses de Janet et de Freud. Comme celui-ci, Flournoy a l’idée d’un inconscient dynamique et créateur, aussi manifestera-t-il une certaine sympathie pour la psychanalyse.

En ce qui concerne les rapports de Flournoy et de Piaget, le plus frappant est peut-être la commune position qu’ils adoptent quant au rapport entre la psychologie et la critique de la connaissance. Il y a place pour tous deux, d’un côté pour une approche psychologique des faits de connaissance, et de l’autre pour une analyse logique, sans qu’il soit possible de réduire la seconde à la première. Ces quelques considérations suffisent à montrer les liens pouvant exister entre Flournoy et Piaget.

Parmi les écrits de Flournoy on mentionnera, en plus de "Métaphysique et psychologie" (1889), "Des Indes à la planète Mars" (1900), "La philosophie de William James" (1911), "Esprits et médiums" (1911) et "L’idée centrale de la critique de la raison pure" (publié en 1885 dans les "Archives de psychologie").


Forel François-Alphonse
( 1841 - 1912 )
Médecin, naturaliste et géographe suisse

Professeur de zoologie et anatomie comparée à l'Université de Lausanne de 1875 à 1895, Forel se consacre ensuite à la recherche en créant une nouvelle discipline scientifique, la limnologie, dont l'objet est l'étude comparative des lacs. Intéressé par la question du peuplement des lacs par les espèces à partir de l’époque glaciaire, Forel a adopté dans ses travaux la thèse lamarckienne de la transmission héréditaire des caractères individuellement acquis.
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François-Alphonse Forel (1841-1912). Médecin, naturaliste et géographe suisse

Professeur de zoologie et anatomie comparée à l'Université de Lausanne de 1875 à 1895, Forel se consacre ensuite à la recherche en créant une nouvelle discipline scientifique, la limnologie, dont l'objet est l'étude comparative des lacs. Ses recherches portent en particulier sur la faune profonde les lacs, dont le Léman. Forel est l’un des biologistes qui a fortement influencé les travaux de malacologie du jeune Piaget. L’un des problèmes qui a intéressé cet auteur est en effet celui du peuplement des lacs par les espèces à partir de l’époque glaciaire. Contrairement au fixisme de Paul Godet, directeur du musée d’histoire naturelle de Neuchâtel auprès de qui Piaget a fait ses premiers pas en sciences naturelles, Forel a soutenu dans ses travaux la thèse évolutionniste, et plus particulièrement l’hypothèse lamarckienne de la transmission héréditaire des caractères originellement acquis lors de l’adaptation individuelle des organismes à leur milieu.

Parmi les ouvrages de F.-A. Forel, citons "La faune profonde de lacs suisses" (1885) et "Le Léman" (1892-1902).


Fouillée Alfred
( 1838 - 1912 )
Philosophe français

Auteur d’un grand nombre d’ouvrages, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Fouillée a adopté une métaphysique idéaliste originale, en prenant le contre-pied du matérialisme soutenu par bon nombre de savants de la fin du dix-neuvième siècle, et en réinterprétant les phénomènes étudiés par les différentes sciences de la nature, les sciences humaines incluses. Puisant une partie de son inspiration dans la monadologie et le dynamisme leibniziens, Fouillée soutient la thèse selon laquelle les idées sont des forces en ce sens qu’elles agissent, à différents niveaux et de façon de plus en plus conscientes, sur l’évolution de la réalité (la société incluse).
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Alfred Fouillée (1838-1912). Philosophe français

Auteur d’un grand nombre d’ouvrages, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Fouillée a adopté une métaphysique idéaliste originale, en prenant le contre-pied du matérialisme soutenu par bon nombre de savants de la fin du dix-neuvième siècle, et en réinterprétant les phénomènes étudiés par les différentes sciences de la nature, les sciences humaines incluses. Puisant une partie de son inspiration dans la monadologie et le dynamisme leibniziens, Fouillée soutient la thèse selon laquelle les idées sont des forces en ce sens qu’elles agissent, à différents niveaux et de façon de plus en plus conscientes, sur l'évolution de la réalité (la société incluse).

Si l’application de la thèse des "idées-forces" à la réalité physique paraît être dictée par un pur souci métaphysique, son application aux phénomènes biologiques (neuronaux), psychologiques et sociologiques est loin d’être stérile, puisqu’elle a conduit son auteur, d’une part, sur le plan biologique, à anticiper d’une certaine façon la thèse aujourd’hui reconnue d’une logique des neurones, et, d’autre part, sur le plan psychologique et sociologique, à prêter une grande attention aux nombreux phénomènes dans lesquels le comportement des individus et des sociétés dépend d’activités intellectuelles pouvant être étudiées au moyen de méthodes scientifiques.

Par la vigueur avec laquelle, tout en acceptant le rôle primordial de l’expérience dans l’établissement des connaissances scientifiques, Fouillée s’est opposé à toute réduction de la vie psychologique à la matière physique, ainsi que par sa métaphysique, il a facilité l’élaboration par le jeune Piaget d’une première conception, certes largement spéculative, des phénomènes psychologiques, mais qui contient déjà l’affirmation d’un lien étroit entre la notion d’équilibre et celle de norme logique. Par son impact sur Piaget, l’oeuvre de Fouillée conforte ainsi l’idée de la philosophie comme matrice des sciences, c’est-à-dire comme génératrice de thèses susceptibles d’être adoptées puis transformées par des recherches mettant en œuvre une méthodologie proprement scientifique (la méthode psychogénétique en l’occurrence).

Parmi les ouvrages principaux de Fouillée, on retiendra "La philosophie de Platon" (1869), "Le devenir de la métaphysique fondée sur l’expérience" (1889), "L’évolutionnisme des idées-forces" (1889) et "La psychologie des idées-forces" (1893).


Fraisse Paul
( 1911 - 1996 )
Psychologue français

Après près de deux ans passé dans un noviciat de Jésuites (de 1928 à 1930), Fraisse a reçu une licence en philosophie et en philosophie scolastique aux facultés catholiques de Lyon et de Grenoble. Alors qu’il n’avait pas encore abandonné l’idée d’être prêtre, il fut envoyé à l’Institut de philosophie de Louvain dans le but de se spécialiser en psychologie expérimentale. C’est là, auprès d’Albert Michotte, un des grands spécialistes des recherches en perception dont il devint un collaborateur privilégié en même temps qu’il poursuivait ses études et accumulait les matériaux d’une thèse qu’il soutiendra en 1945, que Fraisse trouva sa vraie vocation. La vigueur avec laquelle il s’engagera dans ce domaine le fera très vite remarquer par Henri Piéron, alors à la tête de la psychologie expérimentale française. Vers la fin de la deuxième guerre mondiale, il est nommé directeur adjoint de Piéron à l’Ecole pratique des hautes études. En 1952 il succède à ce dernier, et prend la tête d’un laboratoire où seront formés les futurs spécialistes français de la psychologie expérimentale.
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Paul Fraisse (1911-1996). Psychologue français

Après près de deux ans passé dans un noviciat de Jésuites (de 1928 à 1930), Fraisse a reçu une licence en philosophie et en philosophie scolastique aux facultés catholiques de Lyon et de Grenoble. Alors qu’il n’avait pas encore abandonné l’idée d’être prêtre, il fut envoyé à l’Institut de philosophie de Louvain dans le but de se spécialiser en psychologie expérimentale. C’est là, auprès d’Albert Michotte, un des grands spécialistes des recherches en perception dont il devint un collaborateur privilégié en même temps qu’il poursuivait ses études et accumulait les matériaux d’une thèse qu’il soutiendra en 1945, que Fraisse trouva sa vraie vocation. La vigueur avec laquelle il s’engagera dans ce domaine le fera très vite remarquer par Henri Piéron, alors à la tête de la psychologie expérimentale française. Vers la fin de la deuxième guerre mondiale, il est nommé directeur adjoint de Piéron à l’Ecole pratique des hautes études. En 1952 il succède à ce dernier, et prend la tête d’un laboratoire où seront formés les futurs spécialistes français de la psychologie expérimentale.

Hormis le fait d’avoir imprimé à la psychologie française une forte orientation expérimentale et d’avoir complètement détaché la psychologie française de la philosophie (ce qui en France n’était pas une mince affaire!), Fraisse a réalisé d’importantes recherches, dont celles sur la perception du temps qui l’entraîna dans une polémique amicale avec Piaget. Tout en admettant la thèse selon laquelle la maîtrise opératoire du temps exige bien le genre de coordinations des successions et des intervalles mis en évidence par l’école genevoise, Fraisse montre par ailleurs que l’estimation de la durée peut dépendre de bien plus de critères que celui de la vitesse, à ses yeux trop privilégiée par Piaget. Selon le psychologue français, elle dépend également de l’espace parcouru, de la quantité de changement produits, des efforts accomplis, etc. Piaget se rangera à son tour en partie aux thèses de Fraisse, mais en soulignant le fait que la considération de chacun de ces critères doit faire chaque fois intervenir un rapport à la vitesse pour que naisse une estimation temporelle, et que c’est faute de savoir coordonner convenablement ce rapport que les jeunes enfants se trompent sur les durées en jeu dans les situations temporelles auxquelles on le confronte.

Fraisse fera par ailleurs oeuvre de pionnier en psychologie expérimentale en utilisant l’un des premiers, dès la fin des années cinquante, la mesure du temps de perception comme moyen pour apprécier la complexité des opérations mentales de traitement de l’information intervenant par exemple dans des épreuves de reconnaissance d’objets, de mots ou de dessins.

Outre de nombreux articles, Fraisse a publié sa thèse sur les conduites temporelles en 1958, sous le titre "Psychologie du temps". Il a aussi dirigé, avec Piaget, la publication du "Traité de psychologie expérimentale", dont la première édition est parue en 1963.


Frege Gottlob
( 1848 - 1925 )
Philosophe et mathématicien allemand

Premier auteur à avoir élaboré un calcul logique complet des propositions, Frege a réalisé d’importantes recherches sur les fondements de l’arithmétique et sur la création d’une langue totalement artificielle permettant d’exprimer sans ambiguïté les concepts logiques et mathématiques. Son œuvre est l’une des sources principales de la logique contemporaine en raison de la rigueur formelle très grande qu’il a ainsi introduite dans cette discipline. Frege a donné, avant Russell, une définition du nombre réduisant celui-ci à la notion de classe logique.
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Gottlob Frege (1848-1925). Philosophe et mathématicien allemand

Premier auteur à avoir élaboré un calcul logique complet des propositions, Frege a réalisé d’importantes recherches sur les fondements de l’arithmétique et sur la création d’une langue totalement artificielle permettant d’exprimer sans ambiguïté les concepts logiques et mathématiques. Son œuvre est l’une des sources principales de la logique contemporaine en raison de la rigueur formelle très grande qu’il a ainsi introduite dans cette discipline. Frege a donné, avant Russell, une définition du nombre réduisant celui-ci à la notion de classe logique.

Contrairement à d’autres mathématiciens tels que Dedekind, Frege est aussi l’un des philosophes des mathématiques qui a marqué la plus forte opposition à toute tentative de lier le problème du fondement des mathématiques au problème de l’acquisition des concepts mathématiques par la pensée naturelle (certaines pages de son ouvrage sur les fondements de l’arithmétique font apparaître un mépris de toute étude des anciennes étapes de l’arithmétique qui laisse songeur). Adoptant une interprétation platonicienne des êtres mathématiques, il était hors de question pour lui que ceux-ci puissent être produits par la pensée ou tirés d’une quelconque expérience.

Frege est également connu pour avoir clairement distingué le sens d’un signe et la réalité extérieure que ce signe "dénote", ainsi que le concept et la réalité qui lui correspond (pour reprendre un exemple bien connu, le concept de chien ne mord pas). Les clarifications apportées par Frege, Russell et d’autres auteurs de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième aux notions de base de la logique et des mathématiques ont notablement simplifié les recherches de psychologie et d’épistémologie génétiques en permettant de bien délimiter les questions théoriques, et en offrant un cadre précis d’analyse des conduites et des réponses logico-mathématiques des enfants interrogés. Cet apport important n’implique pas que Piaget ait accepté les thèses épistémologiques de ces auteurs. Ses recherches psychogénétiques l’ont au contraire entraîné à montrer la part essentielle d’activité du sujet qui intervient dans la constitution des êtres logico-mathématiques.

Parmi les publications de Frege, citons ses "Fondements de l’arithmétique" (1884), ainsi qu’un recueil de plusieurs articles importants paru aux Editions du Seuil en 1971 sous le titre "Ecrits logiques et philosophiques".

Liens URL:
http://www.bibmath.net/bios/index.php?action=affiche&quoi=frege
http://www-history.mcs.st-andrews.ac.uk/Biographies/Frege.html


Freud Sigmund
( 1856 - 1939 )
Neurologue, psychiatre et psychanalyste

Par ses découvertes et par sa création de la psychanalyse, Freud a profondément bouleversé la connaissance du psychisme humaine et mis en question la prédominance du sujet conscient dans l'explication des conduites et de leurs mobiles. A ses yeux, la sexualité et le désir inconscient - la libido - déterminent pour une large part le devenir humain.
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Sigmund Freud (1856-1939). Neurologue, psychiatre et psychanalyste

A la suite d’études de médecine et de neurologie, Freud a suivi les enseignements de Charcot et Bernheim, qui tous deux insistaient sur l’origine psychologique de certaines pathologies mentales. Ses travaux sur l’hystérie, son expérience clinique et l’analyse qu’il entrepris de ses propres états mentaux, l’ont conduit à modifier profondément la notion d’être humain en montrant, grâce à une méthode originale, la psychanalyse, comment l’inconscient psychique détermine l’action et la pensée humaines. L’étude psychanalytique de phénomènes tels que les rêves ou les associations d’idées lui a ainsi permis de dégager quelques-unes au moins des lois par lesquelles les représentations inconscientes se lient les unes aux autres, et de mettre en évidence l’existence de mécanismes tels que le refoulement.

Contrairement à d’autres psychologues qui ont été rebutés par l’importance accordée par Freud aux pulsions ou aux désirs sexuels, ou par la place qu’il accorde à l’inconscient dans le fonctionnement psychologique, Piaget a porté un intérêt constant à la psychanalyse et pour lui il y avait peu de doute que la plupart des faits découverts par cette méthode avaient une valeur assez générale. Il n’a d’ailleurs pas manqué de s’inspirer des propriétés attribuées par Freud à l’inconscient (l’importance d’une pensée dégagée du souci de la non-contradiction, la non-intervention des "lois" ou des contraintes spatio-temporelles, une forme de causalité archaïque, etc.) pour étudier les caractères de la pensée du jeune enfant, retrouvant souvent des traits proches de ceux décrits par le psychanalyste. Néanmoins la méthode génétique, plus expérimentale, adoptée par Piaget et son intérêt beaucoup plus aiguisé pour l’épistémologie des sciences, l’ont conduit à révéler plus profondément que Freud la nature des processus de la pensée logique et prélogique. Cet éclairage jeté par Piaget sur l’organisation et le fonctionnement de la pensée de l’enfant et de l’adolescent, ainsi que des composantes psychologiques de l’intelligence sensori-motrice, lui ont permis en retour de suggérer aux psychanalystes de se débarrasser d’une conception périmée, empruntée à la doctrine associationniste, des mécanismes de formation des idées.

Citons, parmi ses nombreux ouvrages, "Etudes sur l’hystérie" (1895, rédigé avec Breuer), "L’interprétation des rêves" (1900), "Trois essais sur la sexualité" (1905), "Introduction à la psychanalyse" (1916), et "L’avenir d’une illusion" (1948).


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Garcia Rolando
( 1919 -      )
Physicien et philosophe des sciences

. Physicien de formation, élève de Carnap en 1946-1947, puis de Reichenbach entre 1947 et 1952, Rolando Garcia est l’un des auteurs qui a participé de la façon la plus étroite aux travaux du Centre international d’épistémologie génétique à la fin des années soixante puis dans les années septante. La rencontre qu’il a faite de Piaget, alors qu’il travaillait à Genève dans le cadre de l’organisation mondiale de météorologie, a complètement modifié la conception néo-positiviste de la science acquise auprès de Carnap et de Reichenbach. Il ne lui a fallu que quelques mois pour prendre conscience de la portée des recherches de psychologie génétique dans la résolution des problèmes épistémologiques.
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Rolando Garcia (1919-). Physicien et philosophe des sciences

. Physicien de formation, élève de Carnap en 1946-1947, puis de Reichenbach entre 1947 et 1952, Rolando Garcia est l’un des auteurs qui a participé de la façon la plus étroite aux travaux du Centre international d’épistémologie génétique à la fin des années soixante puis dans les années septante. La rencontre qu’il a faite de Piaget, alors qu’il travaillait à Genève dans le cadre de l’organisation mondiale de météorologie, a complètement modifié la conception néo-positiviste de la science acquise auprès de Carnap et de Reichenbach. Il ne lui a fallu que quelques mois pour prendre conscience de la portée des recherches de psychologie génétique dans la résolution des problèmes épistémologiques.

Si Garcia a joué un rôle non négligeable dans les travaux du Centre international d’épistémologie portant sur la causalité physique, c’est avant tout lors de sa collaboration avec Piaget, d’abord sur le problème des mécanismes communs entre psychogenèse et sociogenèse, puis sur le problème d’une logique des significations, qu’il a pu infléchir le programme de l’épistémologie génétique. Depuis les travaux d’histoire des sciences incorporés dans "l’Introduction de 1950 à l’épistémologie génétique", Piaget avait pratiquement délaissé toute tentative de prendre appui sur l’étude de l’évolution des sciences pour résoudre des problèmes d’épistémologie, pour ne plus considérer que l’apport des recherches psychogénétiques. En découvrant dans le contexte de l’histoire de la géométrie, puis de l’histoire de la physique, une certaine similarité de transformation cognitive par rapport à celle que Piaget et Inhelder avaient pu mettre en évidence dans les travaux sur la progression de la représentation spatiale et de la géométrie spontanée chez l’enfant, Garcia a favorisé la réapparition d’un intérêt poussé pour l’histoire des sciences chez Piaget, ainsi que pour les informations qu’elle est capable d’apporter en ce qui concerne les mécanismes de construction cognitive. De même la profonde connaissance acquise en logique auprès d’auteurs tels que Carnap et Reichenbach a permis à Garcia d’insister, avec d’autres collaborateurs du Centre, auprès de Piaget pour qu’il reconsidère la logique de l’enfant et de l’adolescent en mettant en pleine lumière l’importance des liens logiques entre significations (les implications, les négations, les conjonctions et les disjonctions signifiantes notamment).


Goblot Edmond
( 1858 - 1935 )
Philosophe et logicien français

Goblot a abordé des problèmes essentiellement épistémologiques en s'interrogeant à partir de ses travaux de logique sur le fondement des mathématiques. Quelle part y joue la raison et la réalité physique? Comment expliquer la fécondité des mathématiques, à savoir la capacité de construire des structures et des relations nouvelles? La déduction découle d'hypothèses posées au préalable et prend alors un caractère de nécessité impliquée dans la succession des opérations. La fécondité des mathématiques repose sur un travail de construction guidé par la raison mais s'appuyant en partie sur les données du réel.
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Edmond Goblot (1858-1935). Philosophe et logicien français

Goblot a abordé des problèmes essentiellement épistémologiques en s'interrogeant à partir de ses travaux de logique sur le fondement des mathématiques. Quelle part y joue la raison et la réalité physique? Comment expliquer la fécondité des mathématiques, à savoir la capacité de construire des structures et des relations nouvelles? La déduction découle d'hypothèses posées au préalable et prend alors un caractère de nécessité impliquée dans la succession des opérations. La fécondité des mathématiques repose sur un travail de construction guidé par la raison mais s'appuyant en partie sur les données du réel.

Goblot appartient à ce groupe de philosophe français des sciences qui ont influencé Piaget dans les années décisives où celui-ci mettait en place les bases conceptuelles de sa théorie de l’intelligence. L’intérêt de Goblot pour les activités logiques de la pensée ont contrebalancé le refus de toute considération psychologique dans les questions de logique, refus lié au logicisme de B. Russell, diffusé et soutenu en France par L. Couturat.

Ses principaux ouvrages sont son Traité de Logique (1918) et le Système des Sciences (1922).


Gödel Kurt
( 1906 - 1978 )
Mathématicien et philosophe austro-hongrois puis américain

Professeur à l’Institute for Advanced Studies de Princeton à partir de 1953, Gödel a profondément marqué la notion de réalité mathématique en démontrant deux théorèmes fondamentaux qui, simultanément, limitent la toute puissance accordée dans le passé à la mathématique comme branche sur laquelle tout l’édifice des sciences rationnelles était supposé pouvoir se fonder de manière définitive, et lui ouvrent des perspectives nouvelles en y insufflant l’idée d’une construction future illimitée de systèmes mathématiques de plus en plus puissants.
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Kurt Gödel (1906-1978). Mathématicien et philosophe austro-hongrois puis américain

Professeur à l’Institute for Advanced Studies de Princeton à partir de 1953, Gödel a profondément marqué la notion de réalité mathématique en démontrant deux théorèmes fondamentaux qui, simultanément, limitent la toute puissance accordée dans le passé à la mathématique comme branche sur laquelle tout l’édifice des sciences rationnelles était supposé pouvoir se fonder de manière définitive, et lui ouvrent des perspectives nouvelles en y insufflant l’idée d’une construction future illimitée de systèmes mathématiques de plus en plus puissants.

La mathématique était dans le passé conçue comme la science des vérités éternelles; cette idée subsiste, mais à condition de relativiser la portée des vérités acquises à chaque étape de construction de la réalité mathématique, et surtout à condition de compléter l’idée d’éternité ou plutôt d’atemporalité liée à la notion de mathématique par une idée de création continue qui dépasse de loin ce que les anciens mathématiciens et philosophes (Kant inclus) pouvaient imaginer, puisque cette création porte sur le fondement même sur lequel sont basées les vérités reconnues de la mathématique.

Les deux théorèmes qui ont bouleversé la conception de la mathématique portent sur l’incomplétude des systèmes mathématiques (hormis les plus élémentaires, qui ne suffisent pas à fonder l’arithmétique), et sur l’impossibilité de prouver la consistance de ces systèmes (dont l’arithmétique), sauf en utilisant des systèmes plus puissants, qu’il s’agit dès lors de créer (ou de découvrir), et dont la consistance ne peut alors à son tour être prouvée que par la découverte de systèmes encore plus puissants, et ainsi de suite.

Il est évident que Piaget trouvera dans les résultats de Gödel un soutien majeur à la théorie constructiviste de la connaissance qu’il développait par ailleurs en étudiant la genèse des notions scientifiques chez l’enfant et l’adolescent. Gödel apporte une sorte de confirmation mathématique à la thèse constructiviste (notons pourtant, sans nous y arrêter, que la découverte de Gödel n’invalide pas forcément une conception platonicienne des mathématiques). Le psychologue généticien apporte de son côté des éclaircissements sur les processus par lesquels la pensée de l’enfant et de l’adolescent, sinon la pensée du mathématicien professionnel actuel, construit de nouveaux êtres mathématiques (comme le système des opérations numériques à partir des systèmes opératoires agissant les uns sur les classes, et les autres sur les relations logiques asymétriques). Les deux démarches sont complémentaires et essentielles pour toute théorie de l’intelligence et de la connaissance.

Les deux théorèmes de Gödel sont exposés, et le premier formellement démontré, dans un article paru en 1931: "Über formal unentscheidbare Sätze der Principia Mathematica und verwandter Systeme I".

Liens URL:
http://kgs.logic.at/index.php?id=23
http://www-history.mcs.st-andrews.ac.uk/Mathematicians/Godel.html


Godet Paul
( 1836 - 1911 )
Naturaliste neuchâtelois

Ami de la famille Piaget et directeur du musée d’histoire naturelle de Neuchâtel, Paul Godet appartient à ce groupe de savants neuchâtelois qui ont favorisé l’essor de l’histoire naturelle dans leur canton. Son père était lui-même lié au grand naturaliste Louis Agassiz et était un spécialiste de la flore du Jura. La biographie de Paul Godet nous apprend qu’enfant, celui-ci accompagnait son père dans ses excursions botaniques et qu’il récoltait lui-même des mollusques. Cette activité sera le point de départ du travail qui l’occupera toute sa vie: la faune conchyliologique suisse.
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Paul Godet (1836-1911). Naturaliste neuchâtelois

Ami de la famille Piaget et directeur du musée d’histoire naturelle de Neuchâtel, Godet a joué un rôle important dans la formation de la pensée du jeune Piaget. Celui-ci lui doit une bonne part de son goût pour les sciences naturelles. Godet appartient en effet à ce groupe de savants neuchâtelois qui ont favorisé l’essor de l’histoire naturelle dans leur canton. Son père était lui-même lié au grand naturaliste Louis Agassiz et était un spécialiste de la flore du Jura. La biographie de Paul Godet nous apprend qu’enfant, celui-ci accompagnait son père dans ses excursions botaniques et qu’il récoltait lui-même des mollusques. Cette activité sera le point de départ du travail qui l’occupera toute sa vie et dont il transmettra le flambeau au jeune Piaget: la faune conchyliologique suisse. Lorsqu’en 1907 le jeune Piaget demande au directeur du musée l’autorisation de consulter ses collections, il ne sait pas que cette démarche est le point de départ de la grande aventure intellectuelle qui le conduira de l’étude des mollusques vers celle de l’intelligence enfantine et des connaissances scientifiques. De Godet ne subsistera alors chez le psychologue, mais c’est essentiel, que ce goût de l’observation et de la classification si caractéristique des chercheurs qui prennaient à cœur l’essor de l’ancienne histoire naturelle.

Parmi les publications de Godet, mentionnons les "Notes sur les Anodontes du lac de Neuchâtel" (1862), le "Catalogue des Mollusques du canton de Neuchâtel et des régions limitrophes" (1908) et le "Catalogue des Mollusques de la Suisse" (manuscrit donné à la Société helvétique des sciences naturelles).


Gonseth Ferdinand
( 1890 - 1975 )
Mathématicien et philosophe suisse

Professeur de mathématiques à l'Université de Berne puis à l'Ecole polytechnique de Zürich, Ferdinand Gonseth appartient, avec Piaget et Bachelard, à ce groupe d’élèves de Brunschvicg qui ont su développer dans un sens original sa conception de la science comme produit d’une raison créatrice, mais aussi de la raison elle-même comme création permanente. Ses intérêts de recherche portaient non seulement sur la question des fondements des mathématiques et notamment de la géométrie, mais également sur la pédagogie des mathématiques. Il est l'auteur d'une conception, l'idonéisme, qui insiste sur la part intuitive du fonctionnement de la pensée mathématique.
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Ferdinand Gonseth (1890-1975). Mathématicien et philosophe suisse

Gonseth appartient, avec Piaget et Bachelard, à ce groupe d’élèves de Brunschvicg qui ont su développer dans un sens original sa conception de la science comme produit d’une raison créatrice, mais aussi de la raison elle-même comme création permanente. Ses intérêts de recherche portaient non seulement sur la question des fondements des mathématiques et notamment de la géométrie, mais également sur la pédagogie des mathématiques. Il est l'auteur d'une conception, l'idonéisme, qui insiste sur la part intuitive du fonctionnement de la pensée mathématique.

Plus philosophe et pédagogue que savant, Gonseth s’est peu intéressé aux racines biologiques et psychologiques de la science. Contrairement à Piaget, il a constamment insisté sur le caractère indissociable de la science et d’une philosophie qu’il voulait "ouverte". Ce qu’il cherche à mettre en évidence dans ses travaux de philosophie de la mathématique, c’est la présence de l’intuition aux avant-postes de cette discipline. Sa notion d’axiomatique, sur laquelle Piaget s’appuie en partie dans ses travaux de logique, est à l’antipode de celle que la majorité des mathématiciens alors adoptent. Les axiomes ne sont pas des fondements, ce sont des produits provisoires d’une cristallisation de l’intuition.

Quant à la mathématique elle-même, comme Brunschvicg et contrairement à Piaget, Gonseth la conçoit comme interagissant avec l’expérience de la réalité. Mais à l’opposé de son maître, qui, du point de vue de la psychologie de l’intelligence, avait sur ce point une vision plus aigüe du rôle des activités du sujet dans l’organisation de l’expérience, Gonseth a pu proposer une définition de la mathématique comme "science de l'objet quelconque" qui paraît à certains égards voisine du positivisme de Comte ou de l’empirisme de Spencer. Mais il y a par ailleurs dans la "philosophie ouverte" de Gonseth un aspect "aérien" non contrebalancé par l'aspect "terrien" que l’on trouve au contraire tant chez Piaget que chez Brunschvicg, qui tous deux, tout en insistant sur le caractère constructif ou créateur de l’activité mathématique n’en rappellent pas moins pour autant l’enracinement pratique et biologique de celle-ci, et donc de la vérité mathématique.

Parmi les écrits de Gonseth citons "Les fondements des mathématiques" (1926), "Les mathématiques et la réalité" (1936) et "Le problème du temps, essai sur la méthodologie de la recherche" (1964), mais aussi un bref article de 1946 dont il est co-auteur avec Piaget (voir JP46d).

Lien URL: http://www.logma.ch/afg/


Gréco Pierre
( 1927 - 1988 )
Psychologue français

Brillamment reçu à l’agrégation de philosophie, Pierre Gréco appartient au petit groupe de très proches collaborateurs non genevois de Piaget qui ont accompagné celui-ci tout au long de l’aventure du Centre international d’épistémologie génétique. Tous ceux qui l’ont connu ont pu apprécier son humour et sa grande finesse d’esprit et de langage. Gréco a été l’assistant de Piaget dès 1952, dans le cadre des cours de psychologie que celui-ci donnait à la Sorbonne. Dans les années qui suivent la création du Centre, en 1955, il participera de la manière la plus étroite aux recherches qui y sont entreprises, d’abord celles sur l’apprentissage des structures logiques élémentaires, puis celles sur la genèse des conduites numériques. Les écrits qu’il rédige pour les Etudes d’épistémologie génétique sont de véritables modèles pour la recherche en psychologie génétique dans la mesure où, plus que tout autre, Gréco parvient à allier un questionnement épistémologique et psychologique fécond et subtil avec une méthodologie très rigoureuse d’enquête empirique. Dès le milieu des années soixante, il se consacrera de plus en plus à l’enseignement qu’il donne à l’Ecole pratique des hautes études à Paris, ce qui ne l’empêchera nullement de garder d’étroits contacts avec les chercheurs genevois.
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Pierre Gréco (1927-1988). Psychologue français

Brillamment reçu à l’agrégation de philosophie, Pierre Gréco appartient au petit groupe de très proches collaborateurs non genevois de Piaget qui ont accompagné celui-ci tout au long de l’aventure du Centre international d’épistémologie génétique. Tous ceux qui l’ont connu ont pu apprécier son humour et sa grande finesse d’esprit et de langage. Gréco a été l’assistant de Piaget dès 1952, dans le cadre des cours de psychologie que celui-ci donnait à la Sorbonne. Dans les années qui suivent la création du Centre, en 1955, il participera de la manière la plus étroite aux recherches qui y sont entreprises, d’abord celles sur l’apprentissage des structures logiques élémentaires, puis celles sur la genèse des conduites numériques. Les écrits qu’il rédige pour les Etudes d’épistémologie génétique sont de véritables modèles pour la recherche en psychologie génétique dans la mesure où, plus que tout autre, Gréco parvient à allier un questionnement épistémologique et psychologique fécond et subtil avec une méthodologie très rigoureuse d’enquête empirique. Dès le milieu des années soixante, il se consacrera de plus en plus à l’enseignement qu’il donne à l’Ecole pratique des hautes études à Paris, ce qui ne l’empêchera nullement de garder d’étroits contacts avec les chercheurs genevois.

Si Gréco est l’un des rares chercheurs en psychologie génétique qui connaissait et pouvait exposer sans les déformer les thèses psychologiques et épistémologiques de Piaget, il possédait par ailleurs un esprit critique lui permettant de ne pas ignorer les difficultés soulevées par la théorie classique du développement cognitif telle qu’elle ressort des travaux des années quarante et cinquante.

L’attention première portée par Piaget à la mise en évidence des structures opératoires l’avait conduit à laisser dans l’ombre les questions théoriques liées à des problèmes tels que celui des décalages horizontaux. Pourquoi, par exemple, les enfants résolvent-ils plus tard les épreuves de conservation du poids par rapport à celle de la substance? Certes Piaget et Inhelder suggéraient des pistes pour répondre à ce type de question dans leurs travaux classiques sur la genèse des principes de conservation chez les enfants. Mais en raison de la priorité accordée à la problématique de la genèse des structures opératoires, ces pistes restaient alors en friche.

Gréco a très tôt souligné lintérêt qu’il y aurait à se pencher sur les questions de signification des contenus, puisque c’est à ce niveau que l’on devrait pouvoir trouver des explications plus complètes au problème des décalages. D’un autre côté, il a également très tôt suspecté que le recours aux modèles de groupement et de groupe pour rendre compte des compétences logiques des enfants devrait être reconsidéré, dans la mesure où des structures autres que celles détectées dans les recherches classiques pourraient intervenir dans la résolution par l’enfant des problèmes intellectuels rencontrés lors de son développement. Piaget lui-même a d’ailleurs admis cette nécessaire ouverture lorsque, sous la pression de Garcia, il a fini par engager des recherches sur la logique des significations.

Cependant c’est dès ses recherches sur le nombre réalisées au centre dans les années cinquante que Gréco avait manifesté une ouverture par rapport aux anciennes analyses structurales. Sa découverte du "nombre-quotité", sorte d’intermédiaire entre le nombre empirique ou perceptif des enfants les plus jeunes, et le nombre comme quantité opératoire, construit par les enfants de sept-huit ans environ, en est l’illustration. Mais si Gréco avait su garder son esprit critique par rapport aux thèses classiques de la psychologie et de l’épistémologie génétiques, ce n’était pas pour adopter les thèses des multiples écoles néo-piagétiennes qui ont fleuri un peu partout dès les années septante. La préface au livre de J. Bideaud sur "Logique et bricolage" (1988) manifeste une ironie et une causticité sans réserve face à des tentatives souvent trop sommaires de dépasser les lacunes de la psychologie génétique classique.


Grize Jean-Blaise
( 1922 - 2013 )
Philosophe et logicien suisse

Membre du petit groupe de collaborateurs non genevois qui ont participé très régulièrement aux travaux du Centre d’épistémologie génétique, fortement intéressé par tout ce qui concerne le fonctionnement de la logique naturelle et l’activité discursive, Grize est l’un des rares logiciens qui aient pleinement assimilé les travaux de logistique opératoire. Il a d’ailleurs contribué de la manière la plus directe au développement de cette dernière, non seulement en rédigeant d’importantes études théoriques liées au problème de la filiation logique des structures opératoires, mais aussi en acceptant de se charger de la réédition, en 1972, du "Traité de logique opératoire" que Piaget avait publié en 1949. La création en 1969 du Centre de recherches sémiologiques de l’université de Neuchâtel l’a conduit par la suite à développer une logique naturelle en lien avec les travaux de linguistique et les théories de l’argumentation.
Présentation élargie
Jean-Blaise Grize (1922- ). Philosophe et logicien suisse

Membre du petit groupe de collaborateurs non genevois qui ont participé très régulièrement aux travaux du Centre d’épistémologie génétique, fortement intéressé par tout ce qui concerne le fonctionnement de la logique naturelle et l’activité discursive, Grize est l’un des rares logiciens qui aient pleinement assimilé les travaux de logistique opératoire. Il a d’ailleurs contribué de la manière la plus directe au développement de cette dernière, non seulement en rédigeant d’importantes études théoriques liées au problème de la filiation logique des structures opératoires, mais aussi en acceptant de se charger de la réédition, en 1972, du "Traité de logique opératoire" que Piaget avait publié en 1949. Pour y parvenir il fallait non seulement maîtriser l’art de la modélisation logique, ce qui ne posait aucun problème à Grize, mais, chose plus difficile, il fallait avoir assimilé ce que Piaget pouvait bien entendre par ces fameuses structures, et il fallait pouvoir se détacher de la conception alors dominante des objets de la science logique telle que l’avaient imposée Frege et Russell au début du vingtième siècle (mais Grize y était préparé par sa connaissance de la philosophie des sciences de Gonseth, très critique par rapport à cette conception).

Cette tâche accomplie, Grize s’est ensuite orienté vers le développement d'une logique naturelle basée sur une analyse logique de l’argumentation, qui perçait déjà dans ses travaux sur le raisonnement réalisés au Centre international d’épistémologie génétique, en y apportant le souci de ne pas négliger le rôle actif du sujet. En lien avec cette orientation, il a créé en 1969 le Centre de recherches sémiologiques de l’université de Neuchâtel.

Enfin, il faut souligner le caractère toujours pédagogique de ses écrits. L’argumentation n’est pas seulement chez lui un objet priviligié d’étude, mais aussi un art dans lequel il excelle et qui sert à exposer avec clarté les thèses discutées ou proposées.

[On trouve dans les Archives de la Radio Télévision Suisse Romande (RTSR) l’enregistrement d'un entretien dans lequel, entre autres travaux et anecdotes présentés y compris par Piaget lui-même, J.B. Grize évoque brièvement le sens à la fois scientifique et philosophique de l’oeuvre de Piaget. Travaux et anecdotes.]


Guyau Jean-Marie
( 1854 - 1888 )
Philosophe français

Beau-fils d’Alfred Fouillée, Guyau a, en dépit d’une mort précoce, laissé derrière lui une œuvre importante qui contient de profonds essais de philosophie morale (voisins de ceux de Nietzche), ainsi qu’une étude sur la genèse de l’idée de temps qui s’inscrit dans le programme tracé par Spencer pour le développement d’une psychologie génétique.
Présentation élargie
Jean-Marie Guyau (1854-1888). Philosophe français

Beau-fils d’Alfred Fouillée, Guyau a, en dépit d’une mort précoce, laissé derrière lui une œuvre importante qui contient de profonds essais de philosophie morale (voisins de ceux de Nietzche), ainsi qu’une étude sur la genèse de l’idée de temps qui s’inscrit dans le programme tracé par Spencer pour le développement d’une psychologie génétique.

C’est surtout par ses thèses sur la morale que Guyau a contribué à la formation de la pensée de Piaget. Le philosophe français a développé sur ce terrain la notion d’une morale sans obligation ni sanction, basée sur ce qui lui apparaissait le caractère le plus essentiel de la vie, son extraordinaire fécondité. Plus généralement il y a dans la vie une source d’expansion naturelle, une prodigalité, qui ne se traduit pas seulement sur le plan moral par un altruisme et une bonté naturelle, mais également sur le plan intellectuel par le besoin d’aller toujours de l’avant dans la marche de l’esprit, et de créer sans cesse de nouvelles idées. Il y a ainsi chez Guyau une soif et une idéalisation d’une vie capable de vaincre la mort, que l’on retrouvera chez le jeune Piaget qui, lui aussi, après des périodes de doute parfois intense, choisira la vie comme raison d’existence.

Parmi les publications de Guyau citons "Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction" (1885), "L’irréligion de l’avenir, étude de sociologie" (1887) et enfin "La genèse de l’idée de temps" (1890).


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[…] Le temps psychologique immédiat, c’est […] tout simplement, si l’on procède par élimination des reconstitutions intellectuelles, le temps de l’action en cours. Ce n’est […] pas le temps du rêve, de la rêverie ou de l’évocation spontanée des souvenirs, dans lequel le moi se replie loin de l’univers pour vivre des états en réalité dérivés et secondaires, qui tendent même à la pathologie sitôt que l’individu n’en est plus maître […], mais le temps de l’action actuelle, dans lequel le moi se construit lui-même, par le seul fait qu’il façonne les choses ou les autres personnes.