Guy Cellérier (1935-). Biologiste et cybernéticien suisse

Licencié en droit et en biologie, docteur en psychologie avec une thèse remarquable sur l’épistémologie de la cybernétique, Cellérier a découvert Piaget à l’occasion d’une étude sur les fondements du droit international poursuivie en vue d’une thèse en philosophie juridique. Très vite captivé par l’épistémologie génétique, il deviendra l’un des proches collaborateurs de Piaget.

Excellent connaisseur à la fois de la biologie contemporaine, et spécialement de l’ensemble des théories de l’évolution issues de la révolution apportée par la biologie moléculaire (les travaux de Jacques Monod, etc.), mais aussi de la cybernétique et de l’intelligence artificielle qu’il a d’abord connue grâce à l’enseignement de Seymour Papert, Cellérier cherchera à reconstruire les thèses fondamentales du constructivisme de Piaget à partir de deux idées de base. La première est celle de l’importance de la fonction dans toutes les sciences du vivant: l’analyse fonctionnelle et les notions qui la concernent (la coordination des moyens et des fins, les régulations, la notion de schème, etc.) passent au premier plan par rapport aux analyses structurales que privilégiait Piaget. Quant à la seconde idée de base, elle concerne l’opposition entre le lamarckisme et le darwinisme, si importante dans l’élaboration de l’oeuvre piagétienne.

Contrairement à Piaget, qui pendant longtemps a quelque peu sous-estimé le caractère cybernétique et la complexité des explications darwiniennes contemporaines, Cellérier a toujours été convaincu qu’avec la sélection naturelle Darwin a mis le doigt sur un mécanisme de construction d’une portée très générale. Dès lors une bonne part de ses efforts de recherche vont consister à réinterpréter le mécanisme d’équilibration cognitive en des termes plus proches de ceux du darwinisme, mais sans que soient abandonnées les notions constructivistes propres à la thèse piagétienne. C’est ainsi vers une synthèse de la théorie piagétienne de l’équilibration et d’une théorie néo-darwinienne des processus évolutifs que tend l’effort théorique de Cellérier, synthèse réalisée au moyen des concepts de la cybernétique et de l’intelligence artificielle.

En plus de sa thèse sur "L’épistémologie de la cybernétique", dans laquelle sont classées et analysées les différents types de machines concevables selon l’hypothèse épistémologique adoptée au sujet de l’origine des connaissances (l’empirisme, le préformisme, etc.), et en plus de nombreux articles, Cellérier a publié sous le titre "Piaget" un ouvrage d’introduction à l’oeuvre psychologique et épistémologique de Piaget. Cellérier, Inhelder et leurs collaborateurs ont par ailleurs publié en 1992 "Le cheminement des découvertes chez l’enfant", dans lequel l’accent est mis sur le constructivisme psychologique, en complémentarité avec le constructivisme principalement épistémologique développé par Piaget.

© Fondation Jean Piaget 2017 - Mise à jour: 9 septembre 2017