Félix-Alexandre le Dantec (1869-1917). Biologiste français

Collaborateur de l’Institut Pasteur, où il étudie le comportement biologique des organismes monocellulaires, chargé par Pasteur de fonder le laboratoire pour l’étude de la fièvre jaune au Brésil, chargé du cours d’embryologie générale à la Sorbonne dès 1899, le Dantec n’a jamais cessé au cours de sa brève carrière d’imaginer des théories générales de l’adaptation et de l’évolution des organismes. Il est ainsi l’auteur d’un grand nombre de publications largement diffusées et qui contiennent une foule de conceptions, le plus généralement spéculatives, sur ces deux phénomènes qui, un peu plus tard, retiendront l’attention du jeune Piaget.

Le Dantec était un ardent défenseur du lamarckisme en biologie, mais d’un lamarckisme résolument matérialiste et n’hésitant pas à emprunter au camp adverse des darwiniens certains de leur concepts les plus importants (dont ceux de lutte pour la vie et de sélection) pour les appliquer au fonctionnement des organismes individuels. Si Piaget se refusera à suivre le matérialisme du biologiste français, ainsi que les thèses très pessimistes qu’il tire de sa biologie en ce qui concerne la morale humaine, fondée selon lui sur "l’égoïsme, base de toute société" (titre de l’un de ses livres), il n’en retiendra pas moins certains concepts de base de sa biologie, dont celui d’assimilation. La vie pour Piaget comme pour le Dantec est essentiellement un processus d’assimilation, et c’est à partir de là que l’un comme l’autre s’efforceront d’élaborer des conceptions couvrant la quasi-totalité des phénomènes biologiques et psychologiques, à une nuance près qui est tout sauf négligeable: là où le Dantec n’a jamais cessé de spéculer, Piaget a passé la plus grande partie de son temps à rassembler des faits lui permettant de justifier, au moins sur le plan psychologique, ce rôle crucial de l’assimilation, qui lui a permis d’intégrer sans difficulté l’apriorisme kantien, alors entendu en un sens révisé et élargi. La référence à Le Dantec est restée importante tout au long de la construction de la théorie constructiviste piagétienne, comme le montre l'évocation par Piaget en 1975 encore (p. 29 de JP75) de l'équation fondamentale par laquelle le biologiste français définissait le vivant par opposition à la matière inerte.

Parmi les nombreux ouvrages de le Dantec, citons sa thèse sur "La digestion intracellulaire" (1893), "La matière vivante" (1895), "Théorie nouvelle de la vie" (1896), "Evolution individuelle et hérédité" (1898), "Lamarckiens et darwiniens" (1900), "Traité de biologie" (1903), "La crise du transformisme" (1910), "La stabilité de la vie. Etude énergétique de l’évolution des espèces" (1910), "L’égoïsme, base de toute société" (1911), "La science de la vie" (1912), et "Savoir! Considérations sur la méthode scientifique, la guerre et la morale" (1917).

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