Bärbel Inhelder (1913-1997). Psychologue

Née le 15 avril 1913 à Saint-Gall (Suisse), Bärbel Inhelder a fait ses études à la faculté des lettres et à l’institut des sciences de l’éducation de l’université de Genève. Elle fut l’élève puis la principale collaboratrice de Piaget, avec lequel elle a publié de nombreux ouvrages sur la genèse de la pensée et de l’intelligence chez l’enfant.

Reçue Docteur en philosophie en 1943, avec une importante étude sur les déficiences de l’intelligence chez l’enfant mentalement retardé, Bärbel Inhelder a acquis une réputation internationale grâce, non seulement, aux travaux réalisés avec Piaget, mais aussi à l’originalité de ses recherches personnelles, et notamment à l’attention qu’elle a portée aux composantes psychologiques du fonctionnement intellectuel de la pensée enfantine. Bärbel Inhelder a également toujours eu le souci d’ouvrir les travaux de l’école genevoise aux découvertes et aux conceptions propres aux autres courants de la psychologie du vingtième siècle. En raison de cette exigence d’ouverture, elle a d’abord tissé des liens personnels avec des savants étrangers tels que les Bühler, S. Escalona ou encore avec les initiateurs de la "révolution cognitiviste" aux Etats-Unis (G. Miller, J. Bruner et H. Simon notamment); puis elle a joué un rôle décisif dans le virage pris par les recherches réalisées à Genève à partir des années septante, qui ont placé au centre du questionnement les problèmes du fonctionnement psychologique et des mécanismes de développement.

Dotée d’une très vaste culture scientifique, philosophique et littéraire, elle a très tôt saisi l’importance de la psychologie et de l’épistémologie génétiques pour la connaissance de l’homme, de ses fonctionnements et dysfonctionnements psychologiques. Sans jamais négliger le lien consubstantiel qui unit la psychologie génétique et l’épistémologie génétique, et tout en participant de la manière la plus directe à la découverte des structures et des notions de l’intelligence opératoire, elle a voué une attention toute particulière à la dimension fonctionnelle des activités cognitives. Sans jamais nier la place des structures dans le développement intellectuel humain, dans la découverte desquelles elle a tenu un rôle de premier plan (notamment par les nombreuses situations expérimentales qu’elle a créées pour les révéler), elle s’est interrogée dès son fameux article de 1954 intitulé « Les attitudes expérimentales de l’enfant et de l’adolescent » sur les façons dont le sujet, enfant ou adolescent, utilise ou actualise ses notions et opérations mentales dans des contextes d’expérimentation ou de résolution de problèmes. Chez elle, l’intérêt pour le sujet psychologique était plus constant que chez Piaget, dont l’intérêt allait le plus souvent au pôle purement épistémique de l’activité humaine. Cette attention constante pour le fonctionnement compris dans toute sa complexité s’exprime le plus librement dans les recherches sur l’apprentissage opératoire réalisées à la fin des années soixante et au début des années septante, puis surtout dans les recherches sur le cheminement des découvertes. Dans ces dernières, elle n’hésite pas, avec ses collaborateurs, à suivre dans tous ses méandres la construction des représentations et des procédures variées utilisées par les sujets lorsqu’ils sont confrontés à des problèmes pour lesquels ils ne possèdent pas de solution toute faite.

Bärbel Inhelder n’avait pas la plume facile. Cela ne l’a pas empêché de rédiger, en plus des écrits publiés avec Piaget, un grand nombre d’autres textes scientifiques, le plus souvent en collaboration avec ses élèves ou ses propres assistants ou collègues. Ceux-ci ont tous pu apprécier ses qualités à la fois scientifiques et humaines. Son extraordinaire perspicacité psychologique, ses talents maïeutiques, ses « hum » et ses regards qui en disaient long, elle ne les destinait pas seulement aux nombreux enfants qu’elle interrogeait, ou plutôt avec lesquels elle dialoguait, mais aussi à tous ceux qui furent assez audacieux pour se lancer dans des aventures intellectuelles dont elle pressentait la richesse. Nul doute que Piaget lui-même a été enrichi par les talents d’une collaboratrice qui a ainsi largement payé sa dette auprès du fondateur de la psychologie et de l'épistémologie génétique.

Parmi ses nombreuses publications, en plus des ouvrages de psychologie génétique qu’elle a rédigés avec Piaget, citons "Le diagnostic du raisonnement chez les débiles mentaux" (1943), "Le raisonnement expérimental de l’adolescent" (1952), "Les attitudes expérimentales de l’enfant et de l’adolescent" (1954), "Apprentissage et structures de la connaissance" (1974, avec H. Sinclair et M. Bovet), "Naissance de l’intelligence chez l’enfant Baoulé de Côte d’Ivoire" (1978, avec P. Dasen, M. Lavallée et J. Retschitzki).

Lien URL: http://archivespiaget.ch/fr/les-archives/b-inhelder/index.html

© Fondation Jean Piaget 2017 - Mise à jour: 9 septembre 2017