conservation
"La conservation constitue une condition nécessaire de toute activité rationnelle" (La genèse du nombre chez l’enfant, p. 6).

La conservation est une caractéristique attribuée à une certaine réalité (une classe logique par exemple), ou à une propriété d’une certaine réalité (la longueur d’une tige par exemple), celle de ne pas varier en dépit des transformations subies par cette réalité (qui peut être un objet de pensée).

La notion de conservation est importante à la fois du point de vue du fonctionnement de la pensée scientifique et de celui de la pensée commune. Sur le plan de la science, l’histoire et la philosophie des sciences ont amplement démontré comment le progrès des explications physico-chimiques est étroitement lié à la découverte de nouveaux principes de conservation.

La raison de ce lien est simple. Elle tient au fait que ces explications font intervenir des équations décrivant les relations entre les résultats des transformations (des différentes propriétés) des phénomènes étudiés. Or qui dit équation dit du même coup que quelque chose se conserve à travers les transformations induites par les opérations utilisées dans l’équation. Une analyse plus précise de ces équations (par exemple celles qui décrivent les lois de la physique relativiste) montre que ce qui se conserve peut être considéré comme l’invariant d’un groupe de transformations (le groupe de Lorenz dans le cas de cet exemple).

Réalisées par Piaget et ses collaborateurs, les analyses psychogénétiques de la pensée de l’enfant et de l’adolescent confirment très largement cette interprétation des raisons pour lesquelles les conservations jouent un rôle si important dans l’histoire des sciences physico-chimiques, et d’ailleurs aussi mathématiques (géométriques notamment). Elles permettent de préciser pourquoi il en va ainsi. Les préopérations de la pensée n’acquièrent leur pleine stabilité et leur pleine efficacité intellectuelles (leur capacité d’organiser le réel, de l’expliquer et de l’anticiper) que lorsqu’elles se regroupent en structure et acquièrent ainsi ces propriétés de réversibilité, d’associativité et parfois de commutativité, qui expliquent cette stabilité et cette efficacité.


© Fondation Jean Piaget 2018 - Mise à jour: 4 juin 2018