groupe pratique
"Il y a un état initial durant lequel l’espace consiste en groupes hétérogènes (chaque faisceau perceptif constitue un espace propre) et purement pratiques" (La construction du réel, p. 88).
"[Ces groupes] sont l’espace gustatif ou buccal..., l’espace visuel, ... et bien d’autres encore... Ils ne sont donc que pratiques, inconscients d’eux-mêmes, et ne comprenant pas le sujet comme tel" (id., p. 90).

Lors de ses travaux sur la construction du réel chez l'enfant, Piaget qualifiait de "pratiques" des structures partiellement isomorphes à un groupe mathématique que des mathématiciens comme Poincaré pouvaient reconnaître dans des phénomènes tels que les mouvements musculaires d'un organisme et les sensations correspondant à ces mouvements. Le regroupement que forment de tels phénomènes est le fait de systèmes neurophysiologiques ou infrapsychologiques, et, en tant que tel, il peut échapper (et il échappe normalement) à la conscience du sujet. Un tel groupe ne peut alors atteindre la stabilité propre aux groupes objectifs, apparaissant lors du sixième stade du développement de l’intelligence sensori-motrice, que lorsque des liens logiques sont établis, virtuellement ou réellement, entre les différents éléments regroupés par et dans la pensée encore attachée à l’action présente.

Ultérieurement, Piaget utilisera également le terme de "pratique" pour qualifier les groupes objectifs du sixième stade du développement sensori-moteur. Ce terme désignera alors le fait que les regroupements spatiaux auxquels procède le jeune enfant ont une portée toute pratique (le but du sujet est de résoudre des problèmes pratiques de déplacement, et non pas de construire une représentation spatiale).


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