Fondation Jean Piaget

Le constructivisme en biologie


Lorsque, à la fin des années vingt, Piaget a pour la première fois présenté l’hypothèse d’un tertium entre le lamarckisme et le darwinisme, tertium incluant la thèse lamarckienne, alors adaptée, de l’hérédité des caractères acquis, il n’avait pas encore une conception très claire et très avancée de la façon dont l’intelligence et les connaissances progressent chez l’enfant. De ce côté là, ce n’est en effet qu’à partir de la fin des années trente que des mécanismes vont être envisagés pour expliquer la progression des formes intellectuelles au cours de la psychogenèse. Mais aussitôt que Piaget sera capable de proposer une conception constructiviste du développement cognitif, son approfondissement progressif aura des effets sur les spéculations contrôlées auxquelles il se livre en ce qui concerne le mécanisme de la formation des espèces.

En plus de la tentative de montrer par de longues enquêtes sur le terrain l’existence d’un passage des adaptations biologiques individuelles aux adaptations héréditaires, la progression des idées biologiques de Piaget se fera à son tour dans la direction d’un constructivisme qui, de façon spéculative, introduit sur le plan de l’évolution des espèces des sortes de mécanismes précurseurs de ceux constatés dans le domaine de la construction des formes cognitives.

L’exposé de ce constructivisme biologique relevant du chapitre sur la biologie de Piaget, contentons-nous ici de souligner dans quel esprit l’auteur conduira de nouvelles recherches sur l’adaptation et l’évolution de certaines variétés de limnées, mais aussi sur les sédums. L’auteur ne croit pas qu’il puisse exister des preuves expérimentales permettant de démontrer une fois pour toutes la vérité ou la fausseté d’une théorie (JP29_1, p. 498, doc. 14). Partageant sur ce point la thèse de Duhem, il est convaincu que la seule chose que peut faire l’expérience, c’est de rendre une théorie plus plausible par rapport à une autre. En 1976, les faits recueillis seront à ses yeux toujours insuffisants pour trancher entre des positions qui restent toutes spéculatives (JP76).

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[…] Par opposition aux coordinations générales de l’action, d’où procèdent la logique, le nombre et l’espace, les actions particulières intervenant dans la construction des notions de temps, de vitesse et de force semblent contenir déjà ces réalités à titre d’expérience subjective: il existe une durée intérieure, une expérience kinesthésique de la vitesse et surtout un sentiment de la force musculaire propre, tandis que, si la logique et le nombre sont manifestement liés à notre activité, l’espace paraît plus éloigné de notre nature psychique que le temps. Il y a donc paradoxe à rattacher le temps à l’objet et l’espace au sujet, et il semblerait que dans une épistémologie génétique fondée sur l’analyse de l’action, le temps, la vitesse et la force dussent émaner directement de l’activité du sujet […]