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Alors que la 1ère partie portait sur l’étude taxonomique et biométrique des limnées peuplant les régions littorales, sublittorales et d’eaux profondes des lacs et autres étendues d’eau de Suisse romande et d’ailleurs —étude conduite dans le but de confirmer la réalité de l’adaptation des mollusques aux différents milieux avec lesquels ils interagissent—, la deuxième partie rapporte les résultats d’une expérience d’élevage en aquarium (durée 3 ans) et de mesure de caractéristiques biométriques de générations de différentes variétés de Limnaea stagnalis. Cette expérience a pour but de départager autant que faire se peut les accommodations phénotypiques, individuelles et non prédéterminées, de variétés de limnées colonisant différents milieux, du génotype héréditaire propres à chacune de ces variétés (c’est-à-dire de l’ensemble des phénotypes préadaptés ou non de chaque lignée pure et non pas mélangée de limnées dans chacun des milieux qu’elle est susceptible de peupler, que ce soit activement ou par accident), et de découvrir ainsi si les formes phénotypiques particulières observées dans les milieux lacustres appartiennent à des variétés héréditairement adaptées à ces milieux, ou bien sont seulement le résultat d’une accommodation développementale actuelle des individus ayant colonisé ces milieux lacustres, sans modifications de leur patrimoine génétique ni, donc, du génotype de la variété à laquelle chacun appartient (patrimoine et génétype qui prédétermineraient donc, si modification du patrimoine il y avait eu dans le passé) la forme finale typiques de ces organismes indépendamment du milieu colonisé).
Les résultats de cet élevage en aquarium (dans les conditions ou l’eau n’est pas agitée par quelque procédé mécanique) montre que, de manière très générale, les phénotypes d’individus appartenant à des variétés de limnées typiquement observées dans les milieux non-lacustres et lacustres se conservent lorsque ces individus et leurs descendants (jusqu’à 5 ou 6 générations) sont placés dans ces conditions artificielles (eau calme des aquarium), ce qui démontre la permanence des génotypes et donc le caractère héréditaire des variétés lacustres et non-lacustres utilisées dans l’expérience.
Cette expérience révèle en particulier et surtout l’existence de deux variétés héréditaires de Limneae stagnalis vivant sur le littoral, dont l’une dans des régions très exposées au vent du lac de Neuchâtel ainsi que d’autres lacs offrant les mêmes conditions de vie. Elevées en aquarium, plusieurs générations de cette variété se caractérise par la très forte contraction des coquilles, alors que les limnées vivant en nature dans des régions non lacustres (mares ou étangs) sont plus allongées (une expérience complémentaire, procédant par croisement puis ségrégation mendéliens de cette variété à forme très contractée avec une autre variété non lacustre et de forme très allongées, confirme le caractère héréditaire de cette très forte contraction des coquilles de la première, comme d’ailleurs de la forme très allongée de la seconde). Selon Piaget, cette très forte contraction (qui se conserve en aquarium) provient vraisemblablement de l’accommodation ancienne de générations de limnaea stagnalis au littoral lacustre très exposé aux vents, et plus précisément des efforts répétés de générations de ces mollusques pour s’agripper aux roches ou aux cailloux du littoral lorsque les eaux du lac sont agitées par les vents,efforts qui se traduisent par une modification de forme de leur coquille — une thèse qui sera au centre de la troisième et dernière partie de l’article dans laquelle sont présentées les différentes théories biologiques susceptibles de rendre compte de l’origine des variétés héréditaires de limnées lacustres.
Ce chapitre met en lumière la diminution progressive du "langage égocentrique », mais de manière différenciée selon les milieux dans lesquels les enfants verbalisent. Mais l’intérêt principal de ce chapitre publié dans la 3e édition de «Langage et pensée chez l’enfant» publiée en 1948 est qu’il permet de prendre connaissance de la progression de la notion piagétienne d’égocentrisme (dès lors différenciée avec insistance de la notion commune d’égoïsme) ainsi que de l’explication proposée par Piaget de la diminution voire de la disparition de l’égocentrisme intellectuel et de l’égocentrisme social (dont la diminution de l’égocentrisme verbal est un indice). Si la plus grande partie de ce chapitre semble avoir été rédigée au début des années trente et répond à des critiques formulées dans les années qui ont suivi la publication, en 1923, de la première édition de «Langage et pensée», les derniers paragraphes rattachent l’explication du dépassement de l’égocentrisme intellectuel et social à la découverte (par Piaget, vers la fin des années trente puis surtout dans les années 1940) des structures opératoires de l’intelligence — en d’autres termes de certains groupements et groupes d’opérations logico-mathématiques qui sous-tendent les activités et jugements intellectuels des enfants à partir de 6-7 ans environ.
Dans cette brève postface aux contributions rédigées par ses collègues de l'"école de Genève" à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, Piaget prend position par rapport aux différentes découvertes qui sont apparues dans le champ des recherches psychogénétiques. Si certaines de ces recherches (notamment celles sur les compétences précoces des bébés) révèlent des faits auxquels il ne s'attendait pas, ceux-ci ne valident pas la thèse prédéterministe des psychologues de l'école de Chomsky. Ils conduisent seulement à souligner davantage le lien entre l'inné et l'acquis, le premier pouvant préorienter le développement de schèmes non innés d'action ou de nouvelles compétences cognitives (voir à ce sujet, dans un texte disponible sur le site de la Fondation, la conception pluriconstructiviste proposée par Guy Cellérier, qui développe la solution esquissée dans cette postface par Piaget). Piaget s'arrête également dans cet article sur les recherches de psychologie sociale qui révèlent la portée des interactions sociales dans le développement cognitif. Il souligne enfin l'apport novateur des recherches sur la résolution de problèmes réalisées par Inhelder et ses collaborateurs, ainsi que des travaux de formalisation de la pensée naturelle réalisés par le logicien Henri Wermus (qui permettent de modéliser les implications signifiantes reliant les prédicats et non pas les propositions logiques, c'est-à-dire ces implications mentionnées dès son ouvrage de 1936 sur la Naissance de l'intelligence chez l'enfant, et qui ont fait l'objet de recherches réalisées au CIEG dans les années 1970 (voir JP87)).
Dans ce texte issu d’une conférence donnée en 1955 dans le cadre d’un colloque sur les structures mathématiques et les structures psychologiques, Piaget apporte une réponse à la question épistémologique suivante: les êtres ou éléments sur lesquels portent les structures mathématiques préexistent-ils à ces dernières ou sont-ils le produit des opérations composant ces structures (par ex. les nombres par rapport aux opérations arithmétiques), en ce sens du moins que ces opérations conféreraient à ces éléments leurs propriétés essentielles (à moins qu’elles ne les construisent…). Comme toujours, c’est vers l’étude du développement cognitif de l’enfant que Piaget se tourne pour trouver des indices en faveur de l’une ou l’autre thèse.
En outre Piaget montre comment trois types de structures fondamentales dégagées par les mathématiciens bourbakistes, les structures algébriques, d’ordre et de voisinage, ont leurs sources dans le «fonctionnement psychologique des opérations intellectuelles» (p. 25) et, pour les deux premières, dans les structures opératoires qui les sous-tendent. En s’appuyant sur les analyses conduites dans son Traité de logique de 1949 (JP49), il souligne également que le processus de synthèse ou de coordination entre les trois structures-mères des mathématiciens et qui, selon ces derniers, est constitutif de nouvelles structures mathématiques, trouve également un correspondant au niveau de la psychogenèse. Les opérations interpropositionnelles de la logique des propositions prennent la forme d’une «double structure de groupe et de réseau» résultant, elle aussi, de la synthèse des opérations de la logique des classes, avec la forme de réversibilité —l’inversion— qui leur est propre, et des opérations de la logique des relations, avec la forme de réversibilité —la réciprocité— qui leur est propre. En effet, la structure algébrique propre qui sous-tend les opérations interpropositionnelles (soit le groupe INRC) «incorpore les réciprocités», et le réseau que composent les mêmes opérations «admet des opérations inverses».
Enfin, dans ses conclusions, Piaget apporte quelques suggestions que l’enseignement des mathématiques peut tirer des liens précédemment exposés entre les travaux des mathématiciens sur les structures mathématiques et les recherches de psychologie génétique sur le développement des opérations logico-mathématiques chez l’enfant.
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