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Dans ce texte rédigé en réponse à des critiques qui lui ont été adressées au sujet de l’égocentrisme des jeunes enfants, Piaget précise ce qu’il entend par cette notion. Il distingue très clairement celle-ci de la conception commune qui identifie égocentrisme et égoïsme (ce dernier impliquant une conscience et une valorisation excessive du soi). Par égocentrisme, Piaget a foncièrement en vue le fait qu’un jeune enfant s’ignore soi-même et ne parvient dès lors pas à instaurer des relations de réciprocité avec autrui, ou à se concevoir comme une réalité prenant place parmi les autres réalités qui lui font face, et qui offrent des perspectives autres que la sienne. En bref, la forme d’égocentrisme que Piaget attribue aux jeunes enfants est foncièrement et d’abord de nature épistémique (due au manque de décentration du sujet); de là résulte une sorte d’égocentrisme social aussi bien que cognitif dans le rapport que le jeune enfant entretient avec autrui ou avec la réalité physique (d’où ces formes primitives de causalité que sont les explications dynamiques, artificialistes, finalistes, etc.). Par ailleurs, si Piaget a étudié l’évolution d’une forme encore plus particulière d’égocentrisme, à savoir l’égocentrisme verbal, laquelle diminue avec l’âge, et s’il reconnaît que cette forme d’égocentrisme est plus ou moins présente chez les jeunes enfants selon les milieux dans lesquels ils sont observés, il n’en reste pas moins que cette forme d’égocentrisme reste pour lui un indice valable — mais un indice seulement, de l’égocentrisme épistémique, intellectuel et social de la pensée encore immature du jeune enfant.
A noter enfin que ce texte de 1933 et qui a donc été rédigé quelque deux ans avant la découverte des structures opératoires de l’intelligence, contient une information biographique intéressante: Piaget y annonce qu’il est en train de rédiger un ouvrage sur «le jeu et la pensée symbolique» chez l’enfant, ouvrage qui sera finalement publié en 1945 sous le titre «La formation du symbole chez l’enfant», et qui complète avec un décalage de quelques années les deux ouvrages sur «La naissance de l’intelligence» (1936) et «La construction du réel chez l’enfant» (1937).
Ceci est un des rares textes où Piaget se prononce sur des questions en lien avec l'esthétique (ici le problème de l'éducation artistique). Un autre texte dans lequel Piaget se prononce sur la question de l'esthétique est Recherche, sorte de roman autobiographique publié en 1918 et dont toute une partie annonce ses futures travaux en psychologie et en épistémologie (JP18).
On trouvera aussi de brèves considérations sur les sentiments esthétiques dans l'ouvrage de 1954 sur les rapports entre le développement de l'affectivité et de l'intelligence chez l'enfant (JP54) ou encore dans les interviews qu'il a pu donner et dans lesquels il est parfois question de ses rapports avec la vie artistique, la musique ou à la littérature, etc. (voir par exemple "Conservations libres avec Jean Piaget", de J.C. Bringuier).
En ce qui concerne le bref texte sur l'éducation artistique publié en 1954, il est judicieux de se souvenir que lorsque Piaget se prononce sur le terrain de la pédagogie, il ne considère pas ses propos comme relevant de la recherche scientifique à proprement parler, mais de ce que ses propres enquêtes de psychologie génétique suggèrent quant aux solutions à apporter à des problèmes se posant sur le terrain de l'éducation. Piaget a plus d'une fois insisté sur le fait que les suggestions ainsi avancées devraient faire l'objet de recherche de pédagogie expérimentale! (La question pourrait par exemple être posée de savoir si l'interruption assez générale de l'inventivité du jeune enfant ne découle pas également de l'entrée dans l'âge de raison, entrée qui est elle-même la conséquence du développement intellectuel de l'enfant, ou encore de l'évolution de sa personnalité en lien avec sa socialisation…)
Dans ce livre, Piaget examine les étapes qui conduisent le jeune enfant à utiliser la représentation dans ses activités intellectuelles et ludiques, et donc la naissance de la fonction symbolique. La représentation repose sur la possibilité d'utiliser des signifiants complètement différenciés du signifié (imitations différées, images mentales ou encore signes arbitraires tels que les expressions langagières), permettant de représenter un objet, une action ou une situation alors même que ceux-ci ne sont pas actuellement perçus, que ce soit directement ou indirectement (au moyen d'indices). Piaget montre ici le rôle essentiel de l'accommodation et de l'imitation dans le genèse de la fonction symbolique
Mais cet ouvrage sur la formation du symbolique contient aussi de précieuses indications sur les étapes qui précèdent l'apparition de la pensée opératoire chez l'enfant — et ceci grâce au recueil que Piaget a pu faire quelques années auparavant des premières conduites d'intelligence représentative observées chez ses propres enfants avec l'aide de sa femme. Il complète ainsi dans une certaine mesure l'examen des stades de développement de la pensée opératoire tel qu'il est exposé dans, notamment, "La genèse du nombre chez l'enfant" (JP41b) et "Le développement des quantités physiques chez l'enfant" (JP41a). L'étude sur "La formation du symbole chez l'enfant" offre ainsi le grand intérêt de permettre la synthèse entre la première conception de l'intelligence représentative proposée par Piaget dans les années 1920 et le début des années trente, et la nouvelle conception issue de la découverte des structures opératoires dans la deuxième moitié des années 1930.
On relèvera enfin que cet ouvrage contient également un examen critique des thèses de la psychanalyse en lien avec la pensée symbolique. Si Piaget reconnaît les faits mis à jour par Freud (mais aussi Adler, Jung, etc.) et les prend en compte dans sa propre conception de la pensée symbolique, il montre comment les notions de pensée, de mémoire, de conscience et d'inconscient, de refoulement, de complexe (d'Œdipe), etc., doivent être reconsidérées à la lumière des découvertes de la psychologie génétique. On trouvera à ce sujet un usage tout à fait éclairant et peut-être encore non suffisamment exploité de la notion de schème affectif (étant entendu par ailleurs que tout schème contient une dimension affective et non seulement des dimensions perceptive, pratique et cognitive, par schème affectif il faut entendre tout schème spécialisé sous-tendant le fonctionnement de conduites particulières, notamment interindividuelles, dans lequel la dimension affective prend un poids particulièrement important).
Texte d'un exposé donné dans le cadre d'un colloque international sur "apprentissage et mémoire" (Rome, 1967) au cours duquel Piaget a sommairement présenté quelques-uns des résultats des recherches conduites avec B. Inhelder et H. Sinclair sur les rapports entre la transformation des souvenirs et le développement de l'intelligence opératoire. On relèvera en particulier la distinction que Piaget propose ici entre la mémoire de récognition (retrouver parmi des dessins celui qui représente le mieux une réalité précédemment perçue, par exemple une sériation de baguettes formant une sorte de M), la mémoire de reconstitution (reconstituer cette même réalité au moyen d'objets dont elle était composée) et la mémoire d'évocation (reproduire cette réalité au moyen d'un dessin ou d'une description verbale), ou encore le fait que si le développement de l'intelligence opératoire peut se traduire par une amélioration du souvenir, des régressions peuvent également se produire sous l'action de conflits cognitifs propres à certaines étapes intermédiaires de ce développement. De manière générale, les résultats observés confortent la thèse que la mémoire évocatrice (la mémoire du passé) est une activité largement intellectuelle et (re)constructrice, dépendante de l'évolution des schèmes moteurs et représentatifs.
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