Fondation Jean Piaget

La systématique de la théorie des fondements

[p.58] La notion de « règles justes et invariables » est sans doute aussi ancienne que le droit lui-même, et leur existence a été affirmée ou postulée avec une très grande constance et une quasi unanimité jusqu'à une époque récente. Les opinions divergent cependant d'une manière tout aussi régulière et générale lorsqu'il s'agit de les découvrir et de les formuler. Pour les uns elles se trouvent dans le sujet, pour les autres dans le milieu, c'est-à-dire la société et même la nature elle-même dans certaines formulations anciennes d'inspiration théologique, pour d'autres encore dans des lois communes aux deux. Ces trois hypothèses, soit celle du primat du sujet, celle du primat du milieu, ou celle de l'indissociation du sujet et du milieu en engendrent six au total, selon que, pour chacune, la notion de justice est considérée comme absolue et indépendante des conditions matérielles et temporelles, ou au contraire comme évoluant avec l'histoire et selon les conditions particulières de la vie de chaque société. C'est sans contredit dans les types de l'explication biologique que se trouve le modèle le plus évocateur de cette situation et qui pourra ainsi nous servir de référence pour la discussion qui va suivre.

[p.59] Les relations entre l'organisme et le milieu ont donné lieu au cours de l'histoire de la biologie à des interprétations soit fixistes, soit évolutionnistes.



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La réalité vitale fondamentale n’est […] constituée ni par des structures intemporelles, soustraites à l’histoire ou la dominant comme le seraient des formes équilibrées d’organisation à conditions permanentes, ni par une succession historique d’aléas ou de crises comme le serait une suite de déséquilibres sans rééquilibrations, mais bien par des processus continus d’auto-régulations impliquant à la fois des déséquilibres et un dynamisme constant d’équilibration. […] c’est assez dire qu’à tous les niveaux et qu’il s’agisse de paliers historiques ou de degrés dans la hiérarchie d’une organisation, interviennent simultanément des facteurs exogènes, sources de déséquilibres mais aussi déclencheurs de « réponses », et des facteurs endogènes, sources de ces réponses et agents de l’équilibration.