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Précédée d’une nouvelle et plus brève introduction propre à la deuxième édition dans laquelle Piaget résume l’orientation et les résultats principaux, quelquefois incompris, de son « Traité de logique » de 1949 (réintitulé « Essai de logique opératoire » en 1972) et remercie J.-B. Grize qui a révisé la présentation de l’ouvrage, l’introduction à la première édition porte sur la nature de la science logique, sur son objet, son autonomie de méthode et sur ses rapports avec l’épistémologie, la psychologie (et la psychosociologie), et les mathématiques.
Entre autres observations et considérations, Piaget souligne la façon dont la logique s’est méthodologiquement rapprochée des mathématiques dès le milieu du XIXème siècle dans la mesure même où, inversement, elle s’est dissociée de l’analyse philosophico-psychologique du jugement et du raisonnement, en devenant de ce fait une discipline scientifique à part entière. La dissociation qui s’est produite alors entre la logique et la psychologie de par l’autonomisation de leur méthode respective n’implique cependant en rien une absence de correspondance possible entre leurs problèmes respectifs. A toute structure formelle et axiomatisée que construit le logicien correspond une structure réelle de pensée, que ce soit dans la pensée commune ou que ce soit dans la seule pensée du logicien. Et pour toute structure réelle de pensée qu’étudie par ses méthodes le psychologue, le psychosociologue ou le sociologue se pose le problème logique de sa formalisation.
Inversement, le rapprochement qui s’est produit entre les méthodes du logicien et celles du mathématicien n’implique en rien une réduction des structures mathématiques aux structures logiques. Aux yeux de Piaget, la relation entre la logique et les mathématiques est un cas particulier des relations d'assimilation réciproque qui peuvent se produire entre sciences voisines à la fois par leurs méthodes et leurs objets respectifs. Piaget rappelle à ce sujet les propres constats qu’il a été amené à établir quant à certaines différences importantes entre les objets des deux disciplines, et notamment ce qui caractérise les quantifications logiques, qui portent sur les rapports de parties à tout et de complémentarité, alors que les mathématiques considèrent également les relations quantitatives entre parties.
Dans la dernière partie de son introduction de 1949, Piaget, après une vigoureuse défense de la logique algébrique et de la méthode de formalisation face aux critiques que certains logiciens (en l’occurrence E. Goblot) lui adressaient au début du 20ème siècle, se distance cependant de la vision atomistique de l’activité de formalisation chez les logiciens (Russell, le premier Wittgenstein, et bien d'autres) de la première moitié du 20ème siècle, vision trop dépendante d’anciennes conceptions philosophiques et psychologiques, et qui lui paraît dépassée par l’approche structuraliste propre aux mathématiques, mais également à la psychologie ou encore à la linguistique contemporaines. Prenant le contre-pied de cette attitude atomistique, les chapitres suivants seront une illustration de l’importance primordiale accordée à l’analyse des structures dans l’étude formalisante de la logique des classes, des relations et des propositions, ainsi qu’à la mise en rapport des structures logiques ainsi dégagées avec celles propres aux ensembles mathématiques et au nombre.
Une première section de cette partie consacrée à l’examen des phénotypes en milieu naturel a pour objet les populations de Limnaea stagnalis vivant en milieu aquatique non lacustres (donc dans les mares, les étangs, les canaux, les fossés, etc.). Piaget y montre comment l’accommodation comportementale active de différentes variétés de limnées à différentes conditions de milieu (eaux plus ou moins stagnantes, nature plus ou moins accidentées des milieux aquatiques dans lequel les limnées se déplacent, etc.) agissent sur l’allongement ou la contraction de leur coquille lors du développement de ces mollusques. Cette analyse biométrique de populations de limnées vivant en milieu non lacustre ne permet toutefois pas de répondre à la question d’une modification non seulement du phénotype des individus observés, mais de leur génotype (c’est-à-dire des caractéristiques phénotypiques moyennes prédéterminées par le patrimoine héréditaire de chaque variété de lacustre).
Dans la deuxième section de cette première partie, ce seront cette fois les formes lacustres de Limnaea stagnalis qui seront soumises à une analyse biométrique, ce qui permettra de mettre en évidence l’existence de formes de Limnaea stagnalis à coquille plus contractée que l’on ne trouve pas dans les milieux non-lacustres (alors que toutes les formes observées en milieu non-lacustres existent en milieu lacustre). Ces observations ne permettent pas cependant pas à elles seules de déterminer si ces formes propres au milieu lacustre sont héréditaires ou non. Seules les expériences de culture en aquarium ainsi que de croisement mendélien des formes les plus typiques de limnées observées dans la première partie apporteront la preuve du caractère héréditaire de ces formes. Rapportées dans la deuxième partie de l’article, ces expériences ne permettront cependant à leur tour pas de se prononcer sur le mécanisme (lamarckien, darwinien ou autre) d’acquisition héréditaire de ces formes dont la première partie révèle le caractère adapté aux biotopes naturels dans lesquels vivent les différentes variétés de limnées. Seule la discussion conjointe des recherches de la première partie et de la deuxième apportera des éléments de réponse à cette question du mécanisme d’acquisition héréditaire de caractères individuellement acquis. Cette discussion sera l’objet central des conclusions de ce long article.
Comme dans le chapitre 3 et comme dans les chapitres suivants, si ce qui est au cœur du travail de Piaget est bien de dégager, par "modélisation logistique", une nouvelle forme algébrique plus complexe de compositions des opérations additives en jeu dans l'établissement d'une classification hiérarchique quelconque, le fait que Piaget s'appuie sur le travail effectif que peut réaliser le zoologue lorsqu'il construit une classification hiérarchique des formes vivantes permet au lecteur de "percevoir", au-delà des équations algébriques formelles, cette logique concrète propre à un certain niveau de développement ou d'évolution de la pensée humaine.
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