Fondation Jean Piaget

Langage et pensée


Si Piaget a commencé ses analyses de psychologie de l’enfant par l’étude des "fonctions du langage", des "types de conversation entre enfants", des "particularités de la compréhension verbale" ou encore des "questions" que posent les enfants, c’est vraisemblablement parce qu’il devait concevoir le langage comme un "reflet" de la pensée.

Etudier le langage a dû lui apparaître comme l’un des meilleurs moyens de connaître la pensée enfantine «et le rôle de la vie sociale dans le raisonnement» (JP23, avant-propos).

Et en un sens, cette conviction et les recherches qui la traduisent n’ont pas été complètement vaines puisqu’elles l’ont conduit à constater des formes d’utilisation du langage qualifiées alors d’égocentriques (Piaget n’a pas tardé à regretter l’usage d’un terme pouvant prêter à malentendu) et à suggérer déjà quelques thèses portant sur la mentalité et sur la logique enfantines. D’où la reconnaissance quasi instantanée de la valeur de Piaget dans la communauté psychologique des années vingt. Très tôt pourtant cette voie a été abandonnée. Les résultats des recherches sur la logique et la mentalité enfantines étaient suffisamment riches pour que Piaget n’ait plus éprouvé le besoin de s’interroger sur le vocabulaire des enfants, ou sur leurs habitudes de langage.

D’un autre côté, cette première publication sur le langage a pendant assez longtemps desservi son auteur dans la mesure où, d’une part, les faits qui y étaient présentés ne comportaient pas un fort degré de généralité, et d’autre part, elle a fait barrage aux questions de fond comme à la compréhension des thèses qui n’y étaient qu’esquissées.

En réalité, des résultats de recherche présentés dans cet ouvrage, aucun finalement ne sera intégré à la psychologie et à l’épistémologie génétiques, ce qui ne signifie pas qu’ils ne puissent contenir des suggestions pouvant être utiles au psychologue intéressé par la genèse du langage chez l’enfant.

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[…] Par opposition aux coordinations générales de l’action, d’où procèdent la logique, le nombre et l’espace, les actions particulières intervenant dans la construction des notions de temps, de vitesse et de force semblent contenir déjà ces réalités à titre d’expérience subjective: il existe une durée intérieure, une expérience kinesthésique de la vitesse et surtout un sentiment de la force musculaire propre, tandis que, si la logique et le nombre sont manifestement liés à notre activité, l’espace paraît plus éloigné de notre nature psychique que le temps. Il y a donc paradoxe à rattacher le temps à l’objet et l’espace au sujet, et il semblerait que dans une épistémologie génétique fondée sur l’analyse de l’action, le temps, la vitesse et la force dussent émaner directement de l’activité du sujet […]