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Ce chapitre d’un livre qui s’inscrit en complément des premières recherches de Piaget sur le développement de la logique de l’enfant vise à cerner le fonctionnement et les fonctionsdu langage et de la communication à travers une étude systématique des propos spontanés observés et catalogués pendant un mois chez deux enfants de 6 ans ½ fréquentant la Maison des Petits (institution préscolaire associée à l’Institut Jean-Jacques Rousseau à Genève dans lequel Piaget avait été récemment engagé à titre de chef de travaux). Complétée par d’autres données recueillies une année plus tard chez l’un des deux enfants, l’analyse de leur production langagière observées lors d’activités librement choisies par chacun d’eux a permis de mettre en évidence la forte proportion, à l’âge de 6 ½ ans encore, de pensées verbalisées mais «non communicables» à autrui, par rapport à la proportion bien plus faible observée à 7 ½ ans. Près de la moitié des productions émises par chacun des deux enfants étaient en effet de type «égocentrique», en d’autres termes sans considération de ce que les autres enfants pouvaient entendre des propos émis (les pensées « non communicables » sont composées des formes « autistiques » ou non-dirigées de pensées, ainsi que des formes égocentriques, plus contrôlées). Piaget observe également que parmi les productions verbales, rares sont, toujours à 6 ans ½, celles cherchant soit à convaincre les autres enfants au moyen d’une argumentation, soit à leur fournir le pourquoi d’un phénomène (ce type de productions étant plus fréquents lors des échanges enfant-adulte).
Hormis les quelques premières statistiques prudemment exposées dans ce chapitre, ce dernier est intéressant en ce qu’il contient une description de différents types de productions verbales observées chez les enfants de la Maison des Petits: répétitions inconscientes de propos tenus par autrui, simples monologues accompagnant l’action, sans fonction sociale, monologues à la cantonade ou « collectifs » (comme les désigne Piaget), informations adaptées, questions, prières, menaces, etc. Selon leurs caractéristiques respectives, ces différents types de productions se répartissent soit en langage égocentrique, soit en langage socialisé (spontané ou non), c’est-à-dire tenant compte du récepteur du message énoncé.
Pour conclure, notons que, quand bien même cette recherche sur les fonctions du langage, comme d’ailleurs celles exposées dans les autres chapitres de ce livre, est périphérique par rapport aux questions qui sont au coeur de la psychologie génétique de Piaget, elle n’en demeurera pas moins tout au long de son oeuvre l’une des composantes importantes de la théorie générale du développement cognitif à laquelle aboutiront l’ensemble des recherches piagétiennes, leur auteur n’ayant jamais cessé de soutenir le rôle nécessaires des échanges intellectuels, et donc du langage, dans la genèse de la pensée et des opérations logiques, ces dernières étant en retour condition de la progression du langage, instrument de ces échanges.
Sans que Piaget ne nie l'existence de comportements non intentionnels d'imitation susceptibles d'être acquis par des mécanismes tels que le dressage ou l'apprentissage conditionné, ce qui intéresse ici l'auteur est donc essentiellement la genèse de la toute première ébauche de conduite intentionnelle d'imitation, et ce qu'il cherche à montrer dans ce premier chapitre est la façon dont, à ses débuts, cette conduite s'inscrit dans le simple prolongement des caractères circulaire et accommodateur propres aux schèmes d'assimilation sensori-moteurs. En ce sens, la conduite d'imitation est directement liée à la genèse de l'intelligence sensori-motrice, la progression ulltérieure de celle-ci fournissant à l'imitation les instruments permettant au bébé non plus seulement d'imiter les actions d'autrui qu'il sait déjà produire lui-même (ce qu'il fait au stade 3), mais, comme le révéleront les observations des stades 4 à 6 présentées dans les chapitres deux et trois, de coordonner de manière appropriée les schèmes déjà acquis pour produire le comportement imitant une action plus ou moins complexe n'appartenant pas au répertoire de ces schèmes, ou encore pour produire des mouvements invisibles de son visage imitant les mouvements du visage d'autrui. Ce n'est qu'alors que naîtra véritablement la fonction ou la conduite spécialisée d'imitation…
Voilà une image résumant l'essentiel de la structure des premières imitations:
1° Le bébé produit et entend (stade 2) ou sait produire (stade 3) un son; 2° autrui produit le même son; 3° ce dernier est assimilé par le bébé au schème sensori-moteur (à la boucle sensori-motrice) qu'il possède déjà; 4° le schème déjà activé (stade 2) ou susceptible d'être activé (stade 3) l'est à nouveau…
Ce document contient l’introduction d'un très long article (plus de 200 pages!), qui est l’une des deux ou trois principales contributions expérimentales et théoriques de Piaget au problème de la possible transmission héréditaire des caractères individuellement acquis (de nouveaux résultats de recherche seront exposés et discutés dans JP65_5 et JP67a, qui permettront à l’auteur de réviser et approfondir l’explication proposées dans les conclusions du texte de 1929).
Précédée d’une table des matières, cette introduction expose la problématique et la méthodologie de cette recherche. Piaget y annonce clairement qu’il compte relancer "les discussions relatives à l’influence du milieu sur le patrimoine héréditaire" des espèces, qui "en sont aujourd’hui à point mort", et donc la question (sinon la réponse) lamarckienne de "l’hérédité de l’acquis".
Ce document contient la troisième et dernière partie du long article de 1929 portant sur "L’adaptation de la Limnaea stagnalis aux milieux lacustres de Suisse romande".
Une première section a pour objet un étude expérimentale approfondie de la "psychologie des limnées", c’est-à-dire des transformations et des acquisitions de comportements observées chez ces animaux selon les variations naturelles ou artificiellement créées de milieux dans lesquels elles vivent. Cette étude vise plus particulièrement à vérifier l’hypothèse selon laquelle des comportements nés en réaction à certaines caractéristiques du milieu (en l’occurrence une eau en aquarium artificiellement agitée provoquant le renforcement d’un réflexe d’agrippement) entraînent mécaniquement, chez de jeunes limnées en développement, une forte contraction de leur coquille comparativement à de jeunes limnées de même race élevées en eau non artificiellement agitée.
Une fois expérimentalement confirmée cette hypothèse au départ suggérée par les observations en milieu naturel, Piaget revient sur la thèse principale qui motive sa recherche sur l’adaptation de la Limnaea stagnalis, à savoir que les variétés héréditaires de limnées rencontrées dans certaines régions lacustres trouvent leur origine dans ces transformations mécaniquement induites sur les coquilles de certaines races de limnées non lacustres à la suite des modifications adaptatives actives de leur comportement aux conditions propres à ces régions lacustres (modifications qui peuvent s’accompagner d’un choix devenant préférentiel pour les conditions de vie ayant indirectement induit la naissance de ces variétés).
Si les observations en milieu naturel comme l’élevage en aquarium de certaines variétés de limnées tendent à conforter la thèse lamarckienne de "l’hérédité de l’acquis", il reste cependant à trouver une explication acceptable de ce passage des accommodations individuelles de limnées à une adaptation non plus individuelle mais héréditaire des nouvelles races, et c’est ce à quoi Piaget s’essaie dans la deuxième section de cette ultime partie de son article — dernière section dans laquelle il discute à cet effet les différentes solutions classiquement proposées au problème de l’origine et de la transformation des espèces.
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