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Cette version électronique d'un ouvrage publié en 2000 présente une vue synoptique de l'ensemble des recherches que Piaget a dirigé au Centre international d'épistémologie génétique, de 1968 à 1979, c'est-à-dire pendant la toute dernière période de développement de son oeuvre. Alors que, de 1920 à 1967 environ, c'est l'étude des stades de développement de l'intelligence et des grandes catégories de la connaissance qui a été au coeur de ses travaux, la dernière décennie de recherches a pour l'essentiel été consacrée à l'examen des principaux mécanismes de construction de l'intelligence et des connaissances (en particulier l'abstraction réfléchissante, la généralisation complétive ou constructive, et l'équilibration majorante).
Une première version d'un résumé d'ensemble de cette dernière décennie de recherche a été publiée en 1998 dans le Bulletin de psychologie vol. 51, pp. 343- 375.
La version définitive, plus complète (et qui contient un glossaire de notions destiné à faciliter la lecture), a été rédigée et publiée dans le cadre et dans la série des Cahiers du Service de la recherche en éducation du Canton de Genève (Suisse). C'est une version électronique de cette dernière rédaction que nous mettons en ligne sur le site de la Fondation Jean Piaget. Cette version électronique est toutefois bridée (elle ne peut être que lue sur l'écran, sans possibilité de copie ni d'impression) et contient quelques défauts (mineurs) de mise en page. Pour toute personne qui souhaite disposer de la version imprimée sous forme de livre, celle-ci peut être commandée par internet sur le site du SRED (Cahier n° 7, année 2000).
Cet article résume des recherches alors en cours ou en préparation sur l'évolution du possible et du nécessaire et présente des conclusions très importantes pour l'épistémologie constructiviste (opposée à l'épistémologie préformiste en vogue dans les années 1970). En plus de rappeler comment les trois modalités du possible, du réel et du nécessaire se différencient et se coordonnent tout au long du développement cognitif de l'être humain, Piaget y montre comment différentes formes de possibles (et notamment les possibles hypothétiques et les possibles exigibles), ainsi que le nécessaire (sous la forme des pseudo-nécessités fréquentes aussi bien chez l'enfant qu'en histoire des sciences) interviennent (dans un sens positif ou dans un sens négatif) dans la construction de nouvelles connaissances et de systèmes logico-mathématiques de plus en plus puissants. Un lien est par ailleurs établi entre le genèse du possible et du nécessaire et les notions de schème procédural (lié à la réussite, c'est-à-dire à la composition pratique des actions en vue d'atteindre un but) et les schèmes présentatifs (visant la compréhension et portant sur les objets réels ou conceptuels et leurs propriétés). Enfin, un lien est également établi entre la création de nouveaux possibles (hypothétiques ou exigibles) ouvrant la voie à de nouvelles connaissances, et le mécanisme de variation-sélection générateur des transformations biologiques.
Physicien de formation, excellent connaisseur de l'épistémologie des sciences, Ascher a travaillé de manière régulière au CIEG pendant les dernières années de recherches dirigées par Piaget, puis pendant les 2 ultimese années du Centre dirigées par Gil Henriques, après le décès de Piaget.
Quant aux invariants transformationnels, ils ont leur source dans l'action elle-même en tant que celle-ci n'entraîne pas seulement une assimilation d'un objet au schème d'action concerné, mais une modification ou une transformation de cet objet. Cette activité de transformation (et non pas simplement de comparaison), ainsi que les coordinations que le sujet est amené à introduire entre les transformations qu'il fait subir aux objets, sont à la source des structures opératoires et des invariants de transformation qu'impliquent nécessairement leur fermeture opérationnelle (comme l'illustre la construction des notions de conservation des quantités physiques et logico-mathématiques étudiées en épistémologie et en psychologie génétiques).
Mais ces deux familles d'activité assimilatrice et comparative, d'un côté, et de transformation, de l'autre, ne se développent pas sans que des liens s'établissent entre elles. L'application de l'activité comparative aux structures opératoires donnera en particulier naissance, au niveau de la science mathématique, à la théorie des structures mathématiques. Et en sens inverse, l'application des transformations opératoires (et des structures qu'elles composent) aux activités comparatives productrices des morphismes conduira dans les années 1940-1950 à la théorie mathématique des catégories. Par ailleurs, Henriques prend appui sur les résultats des enquêtes psychogénétiques exposées dans "Morphismes et catégories" pour souligner que de tels liens croisés entre activités de comparaison et leurs produits, d'un côté, et les activités de transformation et leurs produits, de l'autre, peuvent déjà se produire lors de la psychogenèse de la pensée opératoire chez l'enfant et l'adolescent.
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