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On trouvera également dans ce chapitre une analyse épistémologique très éclairante de la notion d’histoire (histoire de la formation des Alpes par exemple), ou encore de la genèse de l’induction expérimentale et des raisonnements inductifs, ces dimensions de la pensée physique découlant elle aussi de la rencontre de séries causales indépendantes (selon l’explication que A.A. Cournot donnait de la notion de hasard).
Enfin, les dernières pages portent sur les limitations du déterminisme absolu, c’est-à-dire sur le nécessaire recours au déterminisme statistique dans la physique moderne (en particulier avec la thermodynamique et abstraction faite de la physique quantique qui sera l’objet du chapitre 7). Ce recours inévitable de la physique moderne au déterminisme statistique trouve-t-il ses raisons dans les seules limitations de la connaissance humaine, ou au contraire dans une réalité physique qui serait elle-même, in fine, de nature probabiliste? Pour Piaget, une seule chose est certaine, si l’on prend en considération l’essor des différentes parties de la physique classique (et donc sans encore envisager les réponses apportées par la microphysique quantique): que l’usage du principe de déterminisme absolu ou au contraire du déterminisme statistique dépend du niveau d’observation des phénomènes étudiés (ce qui à un certain niveau présente une trop grande complexité pour être saisi par le déterminisme « absolu » et ses instruments de déduction peut être à un autre niveau saisi par le déterminisme statistique et ses instruments de calcul, eux aussi tout à fait rationnel). Mais encore une fois, les conclusions que l’on peut tirer en se plaçant sur l’un ou l’autre de ces deux niveaux ne disent rien du caractère fondamentalement déterministe (au sens absolu) ou non de la réalité physique ultime.
(Réponse à un article d'Arnold Reymond dans lequel celui-ci discutait le texte de Piaget sur "Immanence et transcendance" publié en 1928.)
Les précisions apportées dans cette réponse relativement à l'immanentisme philosophique que Piaget adopte à la suite de son maître Brunschvicg sont importantes non seulement pour la question de l'immanentisme religieux auquel il se rallie, mais pour la compréhension de la conception piagétienne de l'universalité et de l'atemporalité de la raison. L'immanentisme, le fait que la pensée humaine découvre et ne puisse découvrir qu'à travers son propre développement et fonctionnement cette universalité et cette atemporalité, n'implique pas que les valeurs et les normes de la raison puissent être identifiées à l'humain en tant qu'être existant dans l'espace et dans le temps. Pour Piaget, juger que les valeurs de la raison, puissent disparaître avec l'anéantissement de l'être humain et, ajoutons, de tout autre être existant qui soit capable de raison, serait émettre une absurdité. Cette prise de position vaut pour les vérités logico-mathématiques; elle éclaire le jugement d'atemporalité que Piaget formulera à propos de la pensée parvenue à maturité, dans son chapitre d'introduction à l' Introduction à l'épistémologie génétique (JP50).
Arnold Reymond répondra à son tour à celui qui fut son élève en se disant heureux de la convergence entre leur vue respective sur la question de la foi religieuse, mais tout en soulignant qu'il ne peut se rallier complètement à la solution immanentiste adoptée par Piaget.
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