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Précédé d’une table des matières et d’une introduction, cet article est composé de trois parties. La première partie de cet article présente les résultats de l’analyse taxonomique et biométrique des limnées vivant en milieu naturel. La deuxième a pour objet l’analyse morphogénétique des populations de limnées de différentes variétés vivant en aquarium réalisée dans le but de vérifier le caractère héréditaire des variétés de limnées observées dans la première partie. Enfin, la troisième et dernière partie, en plus d'examiner les effets du développement en aquarium, dans des conditions variées (eaux calmes, eaux artificiellement agitées), de jeunes limnées sur leurs comportements et la morphologie de leur coquille, présente un premier essai d’explication d’une possible "assimilation génétique" (JP67a) de formes nouvelles à l’origine individuellement acquises en conséquence d’une accommodation active de générations d’individus de certaines races, lors de leur développement dans des milieux offrant des conditions de vie particulière.
La table des matières, l’introduction ainsi que les trois parties principales composant cet article sont téléchargeables ICI (sous l'année 1929).
Ce très long article (plus de 200 pages!) est l’une des deux ou trois principales contributions empiriques de Piaget au problème de la possible transmission héréditaire des caractères individuellement acquis (de nouveaux résultats de recherche seront exposés dans JP65_5 permettant d’actualiser et d’approfondir les analyses et l’interprétation proposées en 1929).
Bien que se distançant des explications des biologistes lamarckiens, Piaget juge que l’hypothèse de l’hérédité de l’acquis proposée par Lamarck pour rendre compte de l’adaptation des espèces biologiques à leur milieu ne doit pas être définitivement écartée, ceci en dépit des nombreuses expériences de laboratoire faites sans succès à la fin du 19e siècle et au début du 20e pour en démontrer la véracité. Il propose d’aborder la question de l’hérédité de l’acquis en combinant l’étude taxonomique et biométrique de Mollusques vivant en milieu naturel aquatique (mares, lacs, etc.) —en particulier certaines variétés de Limnaea stagnalis— avec l’analyse biogénétique en laboratoire de générations de limnées confrontées à des modifications de milieu expérimentalement contrôlées entraînant des comportements appropriés et donc des transformations morphologiques de leur coquille lors de leur développement en aquarium. Une telle étude devrait permettre d’apporter des éléments de réponses aux deux questions suivantes: «peut-on assigner telle cause mécanique précise à l’apparition de ces variétés lacustres et quelles sont les relations génétiques qui unissent les variétés en question aux types de leurs espèces respectives?» Autrement dit, ces variétés lacustres que l’on observe en milieu naturel et qui sont à l’origine issues de formes non lacustres de Limnaea stagnalis sont-elles des races stables ou de simples accommodats qui reprendraient leurs formes d’origine en les transportant dans le biotope originel? A partir de ses propres observations et récoltes sur le terrain (plus de 80'000 exemplaires récoltés, complétés par de nombreux autres exemplaires récoltés par de nombreux naturalises suisses et étrangers!) et de ses expériences de laboratoire, Piaget croit pouvoir trouver des indices corroborant l’hypothèse lamarckienne, mais ceci sans pour autant admettre une action directe du milieu sur l’évolution des formes biologiques (il faudra toutefois attendre les années 1950 et 60 pour que Piaget, reprenant cette question des mécanismes susceptibles d’expliquer l’adaptation des espèces biologiques à leur milieu, aboutisse à une explication sinon pleinement convaincante, du moins suffisamment précisée dans la mesure où elle s’appuiera sur l’essor de la cybernétique et de l’étude mathématique des systèmes auto-organisateurs, ainsi que sur sa propre théorie de l'équilibration développée à partir des années 1950 pour expliquer la genèse des structures cognitives).
Pour comprendre l'usage que Piaget fait de la modélisation "logistique" dans son analyse des structures opératoires de la pensée, on lira avec profit l'introduction à "Classes, relations et nombres. Essai sur les groupements de la logistique et sur la réversibilité de la pensée" (1942), disponible dans les "Extraits".
Cet ouvrage appartient à la trilogie des travaux consacrés par Piaget à la genèse de l'intelligence sensori-motrice, à la construction des catégories de l'objet, de l'espace, de la causalité et du temps, ainsi qu'à la formation de la fonction sémiotique chez l'enfant entre 0 et 2 ans environ. Comme les études sur La naissance de l'intelligence chez l'enfant (1936) et La formation du symbole chez l'enfant (1945), celle consacrée à La construction du réel chez l'enfant contient un grand nombre d'observations par Piaget des conduites de ses propres enfants, systématiquement recueillies et cataloguées avec l'aide de son épouse. S'y trouvent également développées de puissantes considérations théoriques qui révèlent comment les catégories kantiennes de la pensée s'enracinent dans les conduites sensori-motrices au moyen desquelles le jeune enfant agit sur son monde, le transforme et s'y adapte.
Dans le deuxième chapitre de ce petit ouvrage qui regroupe les leçons données en 1942 au Collège de France, Piaget caractérise l'"acte d'intelligence" comme consistant essentiellement à regrouper des opérations logiques (classer, sérier, etc.) selon certaines structures similaires à la structure de groupe propre aux opérations numériques élémentaires. Cette caractérisation lui permet de reprendre à son compte certaines thèses de la Denkpsychologie allemande, et notamment l'évocation du rôle des "totalités et des organisations d'ensemble dans le travail de la pensée", mais en y ajoutant la découverte, par la psychologie génétique, des opérations logiques dans le fonctionnement de la pensée de l'enfant à partir de 6-7 ans. Grâce à cette approche psychogénétique, le fonctionnement de cette pensée n'est plus conçue comme le pur et simple reflet de lois logiques, s'imposant à elle (ainsi que le soutenait le jeune Bertrand Russell), mais dont l'origine reste inexpliquée. L'étude psychogénétique permet au contraire de montrer comment le groupement des opérations, source des normes logiques de la pensée, se caractérise par un type d'équilibre tout à la fois stable, mobile et réversible qui lui est propre, et qui est lui-même issu d'un processus d'équilibration sur lequel Piaget reviendra dans les chapitres suivants.
Notons également que, si l'étude psychogénétique de l'intelligence a permis la découverte de regroupements d'opérations ou de "systèmes opératoires d'ensemble" orientant la pensée de l'enfant à partir de 6-7 ans, l'étude "logistique" de ces totalités opératoires a conduit Piaget à en proposer une schématisation formelle révélant leur proximité par rapport aux structures découvertes par les mathématiciens dans leur propre schématisation algébrique des théories arithmétiques (et géométriques). Cette découverte sur le plan de la science logique de structures parentes des structures reconnues en arithmétique et en géométrie va conduire Piaget à jeter un regard en partie critique sur la logistique classique (sur laquelle il s'appuie certes dans sa propre schématisation de la pensée logique de l'enfant) en en soulignant l'approche trop exclusivement atomistique des entités formalisées, en d'autres termes, la trop grande absence de considération des totalités que composent ces entités, totalités dont seule l'approche structurale (au sens mathématique du terme) permet de dégager les lois. Piaget insiste d'autant plus sur cet aspect de totalité que les recherches psychogénétiques ont montré qu'une opération logique n'est jamais acquise isolément.
En définitive, pour Piaget, contrairement à Russell ou à la Denkpsychologie, c'est la logique qui est le miroir de la logique, plutôt que l'inverse (puisque, selon lui, la logique est avant tout une entreprise d'axiomatisation, de schématisation ou de formalisation de la pensée logique – et plus généralement logico-mathématique – telle qu'elle fonctionne chez l'individu ou dans les échanges entre les individus ayant atteint un niveau d'équilibre intellectuel tout à la fois mobile et stable, car réversible.
Les dernières pages de ce chapitre sont consacrées à une brève présentation des différentes opérations logiques et infralogiques (dans le cas où il s'agit non pas de classer des objets ou de les sérier, mais, entre autres choses, de décomposer et recomposer un objet) découvertes dans la pensée de l'enfant (addition et multiplication de classes ou de relations asymétriques, substitutions de classes ou de relations équivalentes, etc., ou encore, sur le plan infralogique, emboîtement de parties dans un tout, ou inversement partition d'un tout, etc.), ainsi qu'aux 16 groupements propres à chacune de ces opérations de base (par exemple groupement des additions — et soustractions — de classes, groupement des additions — et soustractions — de relations asymétriques, etc.) et dont la schématisation ou description formelle permet de dégager les propriétés de structure (composabilité, associativité, réversibilité, etc.). Piaget y rappelle aussi la thèse selon laquelle les opérations numériques élémentaires dont est capable l'enfant à partir de 6-7 ans sont ou peuvent être conçues comme le produit de la fusion des opérations de classification et de sériation (les premières réunissant les objets à dénombrer, les secondes permettant de les ordonner et, donc, de les énumérer sans les confondre…).
En conclusion, Piaget souligne que la conception de la pensée logique présentée dans ces pages permet de concilier le caractère de nécessité attaché aux opérations logiques avec leur caractère constructif (tel qu'il avait été reconnu par le logicien français E. Goblot). Mais il reste à expliquer comment l'enfant parvient à cette forme de pensée logique qu'il partage avec l'adulte, ce que à quoi va s'atteler Piaget dans la suite de ce petit livre, en montrant comment le développement de l'intelligence "aboutit nécessairement à l'équilibre" propre aux différents systèmes d'opérations logiques décrits dans le présent chapitre.
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